À propos d’un document de propagande du Front national sur la question de l’école

jeudi 17 octobre 2013
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Communiqué Émancipation (69)

Faire prévaloir la méthode syllabique d’apprentissage de la lecture, réintroduire la chronologie en histoire, réaffirmer l’enseignement disciplinaire de plus en plus mis à mal au nom de “l’interdisciplinarité” ou de la polyvalence, revaloriser les langues anciennes et vivantes...

Dans son appel au “redressement de l’école”, signé “Collectif Racine”, publié dans Le Figaro le 2 mai 2013, puis republié début octobre en invitation à une conférence), le Front National récupère de façon opportuniste des questions soulevées depuis belle lurette par nombre d’enseignants, de parents, et d’élèves, et il les reprend de manière caricaturale.

Opportuniste ? Car si le FN prétend s’inscrire dans un débat qui n’est pas nouveau, s’il critique “un demi-siècle de contre-réformes”, il formule des “propositions” seulement en terme de modification des “contenus et pratiques d’enseignement”, et passe sous silence les réformes de structure qui sont indissociables.

Un exemple, c’est la réforme Fillon (à partir de 2005), qui a mis en place des heures “transdisciplinaires”, des heures d’“accompagnement personnalisé”, des heures de “enseignement d’exploration”, qui ont affaibli les enseignements disciplinaires, réduit le nombre d’heures d’enseignements et augmenté les inégalités entre les établissements. Ainsi, un bachelier de filière scientifique en 2013 a eu plus d’1/10 d’heures de moins en disciplines scientifiques (math, physique-chimie, SVT) qu’un bachelier en 2010 ; aujourd’hui, 30% des heures d’enseignement (la “DHG”) sont réparties de façon différentes selon les établissements scolaires. Un autre exemple : l’un des objectifs de la réforme des rythmes dans le primaire, qui est indissociable de la loi Peillon sur l’école, est de retirer nombre de disciplines (histoire, sciences,...) du programme scolaire pour les reléguer à des activités “périscolaires” que seules les riches communes pourront se payer.

Combattre pour de meilleurs enseignements à l’école, c’est donc commencer par exiger l’abrogation des lois Fillon et Peillon (donc de la réforme des rythmes scolaires). Le FN quant à lui inscrit ses “propositions” dans le cadre des réformes passées et en cours. Car il veut aller plus loin encore : il veut faire pire.

Ainsi, quand le FN veut repenser la “différenciation des filières”, il veut, en fait, une école plus brutalement sélective : le FN s’en prend au “collège unique” (qui n’a jamais vraiment existé), appelle de ses vœux une “orientation précoce”, un développement de l’apprentissage … alors que la réforme Peillon s’avère doucereuse : le « tri » des élèves se fait par des parcours “individualisés”, des stages en entreprise dès la 6ème. Pour Peillon, l’apprentissage doit être développé, qui concernera essentiellement les enfants des milieux populaires. Les plus chanceux ou les plus riches auront droit au « bac- 3 – bac+3 ». Pour le FN, (selon son programme présidentiel), c’est dès 14 ans que l’apprentissage devra commencer.

Le FN parle aussi d’une “réhabilitation véritable des voies technologiques et professionnelles”. C’est un poncif de tous les discours des ministres de l’enseignement... Mais ce dont ne parle pas le FN, c’est que cela imposerait des moyens matériels, la défense des diplômes nationaux... et une augmentation substantielle des salaires des ouvriers et techniciens. Ainsi, le FN ne s’oppose pas à la destruction du BTS, diplôme national, car cela accroîtra la concurrence entre les travailleurs et fera baisser le “coût” du travail (comprenez leur salaire). Défendre les voies technologiques et le BTS implique de commencer par exiger l’abrogation des réformes qui les ont mis à mal.

La laïcité et la pédagogie selon le FN

La démagogie du FN consiste aussi à tenter de s’approprier la défense de la laïcité. Or, il commence par en détourner le sens (comme Peillon avec sa Charte) en prétendant que la laïcité serait la neutralité politique. Or, la laïcité, c’est la séparation de l’Église et de l’État.

Mais le Front national veut préserver l’enseignement privé : le FN souhaite “une réforme en profondeur du système, dans le respect des spécificités de l’enseignement privé sous contrat et hors contrat”. Les enfants des beaux quartiers pourront donc rester dans les écoles privées subventionnées par l’État et les “pauvres” dans les écoles publiques. C’est ce que le FN appelle “l’égalité et l’équité républicaine” !

Passons sur la violence scolaire qui, pour le FN, serait due à une “culture laxiste de l’excuse et de la permissivité” ! Cela évite de parler des suppressions de postes (CPE, surveillants-étudiants, bourrage de classes). De toute façon, pour le FN, il ne s’agit surtout pas de remplacer un seul des 80 000 postes supprimés sous Sarkozy.

Peut être espère-t-il régler tous les problèmes par les miracles de la pédagogie qu’il prétend imposer. Car pour le FN, une seule « pédagogie » est possible : “le cours magistral” et la “verticalité de la transmission”. Le caractère caricatural de cette affirmation témoigne de l’ignorance des méthodes pédagogiques en cours, et de l’ignorance des débats que les enseignants mènent à partir de leurs propres pratiques pédagogiques, fort diverses.

Ainsi, le FN prétend critiquer Fillon et Peillon, mais il tente lui aussi d’imposer une méthode pédagogique, et une seule. La réforme Fillon puis celle de Peillon mettent en effet en cause la liberté pédagogique individuelle des enseignants, en voulant l’enfermer dans des projets d’établissement, des contrats d’objectifs, et dans le développement des “méthodes par compétences” relayées par les inspecteurs, alors que le statut des enseignants implique leur liberté d’adapter leur pédagogie au profil de leurs classes, à leur discipline, à leurs objectifs.

La pédagogie que voudrait imposer le FN est différente, liée à un fantasme d’autoritarisme. Mais cela relève aussi de la mono-pédagogie. Réaffirmons donc haut et fort le droit à la liberté pédagogique de chaque enseignant, ce qui signifie la pluralité des pédagogies.

Les médias ont donc accordé beaucoup de place à ce “papier” du FN, contresigné par quelques dizaines d’enseignants... parmi des centaines de milliers. Mais ces médias passent sous silence les dégâts occasionnés par les réformes antérieures et présente que Peillon met en place.

17 octobre 2013


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