Et qu’est-ce qui se passe de l’autre côté de la Manche ?

samedi 6 juillet 2013
par  HB
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Étranges ressemblances :

en Angleterre, ce qui restait des statuts des enseignants vole en éclats et les profs font grève. Il y avait déjà une décentralisation bien plus accentuée qu’en France puisque les académies fixent les programmes et que les "A levels" (équivalent du bac) sont à géométrie plus que variable. Le corolaire c’est que les universités organisent des concours d’entrée. Après un gel des indices, les anglais se voient proposer une réforme des retraites avec un nouveau calcul sur les vingt dernières années, et on leur propose un salaire au mérite évalué par le chef d’établissement.

LES FAITS

Des milliers d’élèves anglais ont été privés de cours le 27 juin à la suite d’un préavis de grève portant sur les salaires et les retraites. Ces premières grèves ont affecté le Nord-Ouest du pays (2765 établissements sont concernés) mais un mouvement national se prépare pour l’automne.

Le ministre de l’éducation Michael Gove, a fait savoir qu’il désirait rencontrer les syndicats dans le cadre du dialogue social mais que les grandes lignes politiques en matière d’éducation « étaient déjà fixées ». Comme chez nous, le gouvernement se plaint de la mauvaise réputation qu’engendre les grèves chez les fonctionnaires, il se plaint du fait que les élèves vont perdre des heures de cours au moment où ils en ont le plus besoin et que cette grève a été votée par moins d’un quart des profs en activité.

Chris Keates, secrétaire générale du NASUWT (1) déclare que « l’appel à la grève est la manifestation de la colère et de la frustration des professeur(e)s face au refus du gouvernement d’aborder les vrais problèmes. » elle ajoute que trois ans d’attaques sans relâche de la part d’un gouvernement de cohabitation a eu pour effet une crise de la profession.

Christine Blower, secrétaire générale du NUT (2) déclare que « le gouvernement fait complètement fausse route en matière d’éducation. Il est grand temps d’écouter ce que les professeur(e)s ont à dire. »

À LA RECHERCHE DU STATUT PERDU

Les syndicats ont fait un sondage qui révèle que les profs sont de plus en plus mécontents de leur métier. Outre-manche, la réforme sur les retraites, le salaire au mérite et les modalités d’inspection sont source de colère. Les critères de paye vont varier selon les établissements scolaires. Conséquence d’une décentralisation à outrance qui remplace les grilles de salaire nationales par des décisions locales. Les salaires seront indexés sur les performancesdes profs. Ces performances seront évaluées par les chefs d’établissements, les critères pris en compte seront par exemple, le taux de réussite à l’examen, la participation au projet d’établissement et l’investissement personnel de l’enseignant dans le suivi des élèves. Bref, des payes à géométrie variable établies sur des critères très subjectifs et nullement disciplinaires. Le sondage réalisé par le NASUWT montre que 53% des sondés trouvent leur métier moins satisfaisant que l’an dernier et que 63% d’entre eux ont envisagé de quitter l’enseignement. Ce sondage révèle aussi que les quatre sujets de préoccupation majeure étaient la surcharge de travail (78%), les décisions gouvernementales concernant la réforme des retraites (51%), les salaires (45%) et les inspections (41%).

Chris Keates rappelle que « le salaire des enseignant(e)s et leurs conditions de travail sont indissociables de la qualité de l’enseignement qu’ils/elles dispensent. Toutefois, le ministre ne cesse de réduire les salaires, ramener les retraites à la portion congrue, et réduire en miettes les grilles indiciaires. Non content de faire cela, il s’apprête à abolir d’autres aspects liés au statut, notamment ceux qui nous permettent de travailler efficacement. Si ces propositions voient le jour, les vacances des enseignant(e)s, leurs horaires hebdomadaires et tout autre avantage lié au statut dépendra du caprice des établissements scolaires où nous travaillerons et de leur chef. On ne s’étonnera pas, dans ces conditions que plus de la moitié des professeur(e)s envisagent de quitter le métier. »

Bien sûr, au ministère, le ton est différent, on parle de « réformes qui offrent plus de liberté aux établissements scolaires et qui permettent aux chefs d’établissement de recruter les meilleurs profs donc de relever le niveau national ». Et l’on prétend que de plus en plus d’étudiants choisissent la filière enseignement.

On croirait entendre Chatel et Peillon. S’il y a quelque chose que l’on sait bien faire en France c’est imiter les mauvais exemples.

O. Brandon

Sources : BBC News articles du 5 et du 26 juin 2013

(1) et (2) Le NASUWT (National Association of Schoolmasters Union of Women Teachers) et le NUT (National Union of Teachers) sont les deux principaux syndicats d’enseignants en Grande Bretagne.


Le logo est le symbole du NASUWT ; leur slogan est "Défendons nos statuts"