Pour infliger une défaite politique à Blanquer et au gouvernement

samedi 30 mars 2019
par  HB
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La CA académique du SNES Lyon s’est tenue le 20 mars 2019. Ci-dessous les interventions et la motion soumise au vote par les élus Émancipation.

La grève et la manifestation du 19 mars attestent de la volonté des personnels de l’enseignement de combattre la politique scolaire du gouvernement et notamment d’imposer le retrait de la loi Blanquer. Un petit florilège relevé sur les pancartes dans la manifestation est de ce point de vue illustratif : “L’école de la confiance” du gouvernement, c’est l’école de la “méfiance”, c’est la “déconstruction nationale”… ce sont des “mesures pour le cercueil” qui mettent l’école en “danger de mort” ; c’est “sois prof et tais toi”.

“Blanquer à la casserole” est aussi l’expression de collègues retraités qui rappellent que la retraite n’est pas une allocation, mais un droit lié au travail ; sans compter les attaques contre Macron, le “Robin des bois des riches”

Les slogans, les pancartes expriment cette volonté de mettre en échec la politique de Blanquer et du gouvernement.

Le projet de loi Blanquer est la déclinaison, dans l’enseignement, du projet de loi sur la fonction publique porté aujourd’hui par G. Darmanin et O. Dussopt, projet de loi qui prévoit le remplacement de fonctionnaires par des emplois de contractuels, l’externalisation de nombre de missions vers le privé (avec transfert de personnels vers le privé), la suppression des CAPA (ce qui participe de la casse du statut). Et nombre de mesures seront prises par ordonnances…

Faut-il rappeler le communiqué de presse du gouvernement du 2 août 2018 titré “Action publique 2022 : Service de l’Éducation”. Il faisait suite à une réunion d’E. Philippe avec Blanquer et Dussopt et les membres de CAP 22 afin d’évoquer “les axes de transformation du service public d’éducation”.

Tout était annoncé dans ce communiqué : la casse du statut avec la réforme du recrutement et la politique des “ressources humaines” (la GRH de proximité) ; la territorialisation de tout le système ; l’évaluation permanente (des élèves, des établissements, des enseignants), la mise en concurrence des établissements, des personnels, l’individualisation du traitement…

À la CA académique de septembre, les représentants d’Émancipation avaient indiqué qu’avec les premiers chantiers (Parcoursup, réforme du bac, du lycée), et la loi annoncée pour 2019, le gouvernement programmait la mise en place d’un véritable “marché scolaire”, un bing bang de l’enseignement public incluant la casse du statut.
Alors que la direction de la FSU (et à sa suite celle du SNES) demandait “au ministère de l’Éducation d’être reçue dès la rentrée pour faire le point sur ces mesures, et l’ouverture de discussions avec les organisations syndicales sur chacun de ces sujets” (communiqué 3/08), nous affirmions, dès septembre, que la défense des garanties statutaires, la défense du droit à l’enseignement pour tous les élèves, impliquait d’exiger immédiatement le retrait des mesures du gouvernement.

Considérant que “les plans du gouvernement n’étaient en rien négociables”, nous demandions aux dirigeants syndicaux d’engager tout de suite une campagne d’information pour donner aux collègues la pleine mesure de ces attaques, et d’organiser la mobilisation pour mettre en échec la politique de Macron.

La direction du SNES, comme celle de la FSU, ont choisi de participer jusqu’au bout aux concertations du gouvernement. Aujourd’hui encore ces “concertations” se poursuivent selon le calendrier du gouvernement (sur la formation des enseignants, sur les retraites, etc.). Cela contribue à lui redonne une légitimité : utilisant la procédure d’urgence, il a déjà fait adopter son projet de loi “Pour une école de la confiance” par l’Assemblée Nationale. Et avec A. Buzyn, ministre de la santé, se profile la retraite par points pour tous, c’est-à-dire la disparition du code des pensions (une pièce essentielle du statut). La diminution drastique du montant des retraites ainsi programmée contraindra à l’“allongement de la vie active”.

À Lyon, les réponses apportées par l’inspecteur d’académie à la délégation intersyndicale qui, le 22 janvier, demandait l’ouverture de nouvelles structures pour la scolarisation de jeunes allophones sont un bel exemple de la mise en œuvre de la politique scolaire du gouvernement :

À la rentrée 2019, aucune structures nouvelles ne sera ouverte dans l’enseignement public ; par contre, des UPE2A seront ouvertes dans la privé (et les droits d’inscription seront payés par le rectorat !). Pour l’IA, les associations peuvent aussi être impliquées dans l’apprentissage du français (en recourant à des partenariats avec le rectorat).

Nous avons aussi demandé que les services de l’Éducation nationale interviennent auprès de la préfecture pour que les lycéens étrangers puissent obtenir un titre de séjour à leur majorité. L’IA a répondu qu’un travail est fait en “grande intelligence collective” avec le préfet, mais qu’au nom du respect de la loi, il n’est pas question d’intervenir pour la régularisation de lycéens.

L’externalisation vers le privé de la scolarisation des jeunes allophones, l’appel aux associations, le flicage renforcé des lycéens étrangers (convocations à la PAF, mise en cause de leur identité, suppression de la prise en charge par l’aide sociale à l’enfance, mise à la rue…) sont illustratifs des objectifs généraux de la réforme Macron-Blanquer et de l’avenir qu’ils veulent pour toute la jeunesse. Car le “dressage” de la jeunesse est aussi inscrit dans la loi Blanquer, et dans le Service national universel…

Il y a donc urgence aujourd’hui de donner aux diverses actions en cours une perspective nationale, afin que soit engagée, à l’échelle nationale, l’action centralisée pour le retrait du projet Blanquer. L’arrivée à l’Assemblée du projet de loi sur la Fonction publique donne la possibilité de centralisation contre le gouvernement et son Assemblée aux ordres, pour le retrait de ces projets de loi.

Il y a en même temps urgence de rompre toutes les concertations avec Blanquer et son gouvernement. Y participer conduit à re-légitimer en permanence le gouvernement Macron alors que dans la rue, il est décrété illégitime.

Participer à ces concertations, c’est lui permettre de poursuivre : faire voter définitivement ces lois et mettre en œuvre toutes les mesures qui en découlent (décrets et arrêtés…).

Motion Émancipation : projet de loi Blanquer et projet de loi Fonction publique sont liés

La CA du SNES constate la continuité entre les premières mesures du gouvernement (Parcoursup, réforme du bac et du lycée, suppressions de postes et fermetures de classes …) et les projets de lois Blanquer et fonction publique.

Elle considère que la satisfaction des multiples revendications des personnels implique de stopper le cycle des contre-réformes, ce qui nécessite d’unifier les résistances pour le retrait du projet de loi Blanquer « pour une école de la confiance » (et aussi pour le retrait du projet Dussopt sur la fonction publique).

La CA constate que la mobilisation du 19 mars, les slogans, les pancartes expriment cette volonté d’infliger une défaite à Blanquer et son gouvernement.

La CA estime que cela nécessite l’arrêt des concertations avec le gouvernement (à commencer par celles sur la formation des enseignants, laquelle s’inscrit dans le cadre de l’offensive contre les acquis statutaires). Elle et demande à ce que soit engagée, à l’échelle nationale, l’action centralisée pour le retrait du projet Blanquer.

Elle demande à la direction du syndicat de s’adresser à la FSU afin que soit organisée une manifestation nationale, à Paris, avec appel à la grève de toute l’Éducation, de tous les fonctionnaires au moment de l’arrivée du projet de loi Dussopt à l’Assemblée.

2 Pour, 6 abstentions (3 EE et 3 U&A), 10 contre
Vote du texte « action » U&A : 2 contre (Émancipation) 16 Pour (U&A et EE)