« ÉCOLE DE LA CONFIANCE », ÉCOLE DE LA SOUMISSION RETRAIT DU PROJET DE LOI BLANQUER !

mardi 22 janvier 2019
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Macron et Blanquer veulent que les mesures déjà imposées (évaluations nationales en primaire, Parcoursup, bac à la carte, réforme du lycée…) puissent jouer tout leur rôle. D’où le projet de loi “Pour une école de la confiance”, présenté en conseil des ministres le 5 décembre et aujourd’hui discuté à l’Assemblée, qui constitue un pas décisif pour faire éclater tout cadre national de l’école. Les outils de cet éclatement : la “territorialisation”, la dictature de l’évaluation, le pilotage par les résultats…

UN SYSTÈME DÉCONCENTRÉ

Les cinq parties de ce projet de loi sont en apparence disparates. Mais c’est la méthode Blanquer qui avance pièce à pièce des mesures dont la cohérence n’apparaît que plus tard : mettre en place une “école du socle” dispensant un smic culturel et un formatage idéologique pour le plus grand nombre, et sélectionner une élite. C’est ce qui ressort de “l’étude d’impact” du projet de loi. Tract : École de la confiance, école de la soumission - RETRAIT DU PJOJRT DE LOI BLANQUER !

La réforme territoriale réduit à 17 le nombre d’académies correspondant aux nouvelles régions. Par le biais des ordonnances, le projet de loi Blanquer laisse les mains libres au gouvernement pour réorganiser des "services déconcentrés" dans les "nouvelles académies". Avec une organisation différenciée, “au plus près des réalités territoriales”, le pilotage pédagogique sera renforcé. La “gestion des ressources humaines de proximité” pourra modifier les procédures d’affectation des enseignants de façon importante, tout en ayant des effets notables de "rationalisation" de la carte scolaire (économies de postes).

ÉCOLE DU SOCLE ET FILIÈRES D’EXCELLENCE

L’école obligatoire à partir de 3 ans s’inscrit dans ce dispositif qui vise à mettre en place de l’école du socle de 3 à 16 ans. Alors qu’en maternelle, 98,9% des enfants sont déjà scolarisés à 3 ans, l’obligation permettra de primariser la maternelle. La révision des programmes est en cours. Et elle conduira les collectivités à fiancer les maternelles privées. La concurrence du privé sera d’autant plus forte que les conditions d’accueil dans les maternelles publiques se dégradent.

Le projet de loi prévoit la création d’établissements publics locaux d’enseignement international (EPLEI) incluant le premier et le second degré. Sélectifs, ils prépareront à l’option internationale du brevet et à celle du baccalauréat… Ils seront créés, par arrêté du préfet, à la demande de collectivités (régions, départements, communes), qui s’associeront, dans le cadre d’une convention. Dirigés par un chef d’établissement unique, leur budget pourra être abondé par l’Union européenne et autres organisations internationales, par des entreprises, associations, fondations… Cet article atteste la volonté du gouvernement de multiplier ce genre d’écoles publiques à large autonomie.

L’EXPÉRIMENTATION POUR TERRITORIALISER TOUT LE SYSTÈME

L’organisation de l’école “est déconcentrée” : tels sont les “attendus” de ce projet de loi. Le texte étend les domaines dans lesquels les écoles et établissements publics et privés pourront déroger au code de l’éducation pour des “expérimentations”.

Des libertés nouvelles seront accordées, pour une mise en œuvre conjointe, avec les collectivités, de la territorialisation de l’enseignement. Ainsi, pourra être autorisée l’organisation différente des écoles et du collège d’un territoire, avec à leur tête un “super directeur”. Dans ces pôles scolaires, la “mutualisation des moyens”, des “compétences” génèrera d’importantes économies (en personnels et matériel) et la soumission de l’école aux pouvoirs locaux.

C’est la voie pour généraliser l’école du socle de 3 à 16 ans annoncée par Blanquer. Le métier et les concours d’enseignants seront modifiés pour ces objectifs ; les acquis statutaires seront détruits.

De telles conventions vont aussi accompagner la réforme de l’enseignement professionnel soumettant les personnels et la jeunesse aux collectivités et au patronat local.

L’ÉVALUATION POUR IMPOSER LA SOUMISSION DES ENSEIGNANTS

Un Conseil d’évaluation de l’école doit instaurer une véritable dictature de l’évaluation et du pilotage selon les recommandations formulées par l’Union européenne et l’OCDE.

La politique gouvernementale s’imposera ainsi aux établissements et aux enseignants sur tous les plans : autonomie des établissements, projets propres répondant aux besoins locaux, pédagogie officielle… Cette diversification des projets d’établissements répondant aux injonctions locales aiguisera la mise en concurrence des établissements.

Des Instituts nationaux supérieurs du professorat de l’éducation (INSPE) remplaceront les ESPE. Ce sera le ministère qui définira leur référentiel de formation pour aller vers une véritable redéfinition du métier. La “formation par alternance” permettra d’utiliser des étudiants, des AED comme moyens d’enseignement, plaçant l’étudiant en formation sous la coupe du chef d’établissement.

L’extension du recrutement sur contrat, la formation initiale payée par l’apprenti, le nouveau concours annoncé par Blanquer, les procédures d’affectation mises sous la coupe des pouvoirs locaux, c’est tout un processus de destruction des acquis statutaires qui se met en marche.

DRESSAGE DE LA JEUNESSE

Les objectifs essentiels de “l’école de la confiance” de Macron et Blanquer sont la “cohésion sociale” et une adaptation étroite aux besoins du patronat. Pour la jeunesse, ce sera aussi une "école du contrôle", du formatage idéologique et comportemental, en corrélation avec le Service national universel. L’expérimentation du SNU mise en place dès juin 2019 devra toucher ensuite tous les jeunes de 16 ans Ainsi, 800 000 jeunes, vêtus d’uniforme, encasernés dans des centres de formation ou des bâtiments de l’armée, encadrés par des militaires se verront imposer dès l’aube le salut au drapeau, des ateliers autour de “valeurs républicaines”… Une mission d’intérêt général s’en suivra ; des sanctions sont prévues pour les jeunes qui refuseront de s’y soumettre.

DANS LE CADRE DE LA CASSE DU STATUT DES FONCTIONNAIRES

Les directions syndicales focalisent la critique sur le seul article 1 du projet Blanquer qui imposerait aux personnels, aux élèves et à leur famille le “respect” de l’institution. Mais le Conseil d’État propose déjà de faire glisser cet article dans l’exposé des motifs et les objectifs de la loi ne seront en rien modifiés.
Car, le projet Blanquer s’articule avec la réforme “en profondeur” de la fonction publique et du statut général qui prévoit notamment de développer le salaire au mérite et de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires. Le gouvernement réaffirme qu’il s’agit d’une priorité afin de reprendre la main sur les autres dossiers (dont la réforme des retraites) et sa loi devrait être votée d’ici l’été.

DE LA MATERNELLE À L’UNIVERSITÉ

On doit constater que les directions syndicales se taisent sur une grande partie du contenu du projet Blanquer qui leur a été présenté depuis plus de trois mois. Dans l’enseignement, les concertations se poursuivent et elles viennent de reprendre dans la Fonction publique.

À l’inverse la responsabilité des directions syndicales, c’est de rompre toutes les concertations avec le gouvernement, d’exiger le retrait de la réforme de la Fonction publique, d’informer du contenu réel du projet de loi Blanquer qui menace tout l’enseignement, de la maternelle à l’université, et d’en exiger le retrait pur et simple. Ce serait là un point d’appui pour les mobilisations, en particulier pour l’abrogation de Parcoursup, de la réforme du bac et du lycée, des évaluations en CP et CE1…


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