Scolarisation des deux ans en maternelle ou “jardin d’éveil” ?

mardi 6 novembre 2012
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À l’école primaire Pasteur de Villeurbanne, parents et enseignants se sont mobilisés dès la rentrée contre la création d’un jardin d’éveil sous le préau de l’école.

Suite au projet de la municipalité de Villeurbanne d’utiliser le préau couvert de l’école primaire, pour y installer un jardin d’éveil, dès la rentrée les parents d’élèves ont décidé de constituer un collectif. Le 4 octobre, le SNUipp du Rhône indiquait :

“Aux dernières nouvelles, cette structure accueillerait des 2-4 ans de toute la ville. D’une part, on ne comprend pas bien cette logique d’accueil d’enfants qui pourraient être scolarisés, d’autant plus que l’école maternelle vient de fermer une classe. D’autre part, cette implantation se ferait dans un des préaux de l’élémentaire, ce qui perturberait gravement le fonctionnement d’une école qui ne dispose déjà pas de gymnase (…) Ni la pétition lancée par des parents d’élèves, ni la mobilisation de certains enseignants n’ont fait pour l’heure bouger la mairie, qui dialogue surtout avec elle-même.”.

La mairie a présenté son projet le 10 octobre aux parents et enseignants. Et, elle maintient sa position. Le 23 octobre, un article du Progrès annonçant une nouvelle réunion des parents et des enseignants et publie une photo de banderole “Non à la réduction de l’espace de travail”. Un autre article de la presse locale rapporte : “Chaque année les crèches de la ville accueillent, sur dérogation, 80 enfants âgés de 2 ans et demi lors de la rentrée, qui ne sont pas acceptés dans les écoles, précise l’adjointe à la petite enfance Sarah Sultan. Il fallait trouver une solution pour eux. En tant que mairie, c’est notre rôle d’innover dans l’intérêt général”

Et l’article fait part de l’opposition des parents et des enseignants : “Cette structure va empiéter sur une parte de la cour et supprimer l’accès des élèves au préau couvert” Et de préciser : “La mairie est propriétaire des bâtiments Mais dans une école, la priorité doit être donnée à l’éducation nationale. Une municipalité n’a pas le droit de se substituer à l’éducation pour combler telles ou telles carences”. Ce à quoi l’adjointe répond : “Nous sommes dans les normes. Ce projet est acté et il se fera. Nous ne reviendrons pas en arrière”. Il sera soumis à l’approbation du conseil municipal en décembre.

Pour l’adjointe au maire, les parents de l’école Pasteur privilégieraient “l’intérêt particulier”, alors que la mairie veut “innover dans l’intérêt général”.

Sur quoi repose la détermination de la mairie ?

Dans son allocution à la Sorbonne, le 9 octobre, le Président de la République a évoqué “la scolarisation des moins de trois ans”. S’agit-il de rétablir le droit à la scolarisation de tous les enfants de 2-3 ans en classe maternelle ? C’est la conclusion qu’en tirent nombre de directions syndicales.

Le Président a précisé : “ la scolarisation des enfants de moins de trois ans (…) doit être centrée sur les apprentissages premiers et notamment le langage oral. C’est dans le très jeune âge que se nouent souvent des inégalités qui deviennent rapidement irréversibles. L’école maternelle peut les atténuer et les corriger. Encore doit-elle offrir une scolarisation adaptée à l’âge des enfants et à leurs besoins psychologiques et physiologiques spécifiques. Cette politique s’engagera dès la rentrée 2013 dans les territoires en difficulté”.

Or, la scolarisation des 2-3 ans en classe de maternelle implique que l’on rouvre immédiatement toutes les classes fermées dont les sections de tous petits dans les écoles maternelles, et cela dans des conditions d’accueil correctes : classes à petits effectifs (moins de 20 élèves) avec un enseignant titulaire. Il faut pour cela rétablir tous les postes supprimés depuis 5 ans, ce que ne fait pas le nouveau gouvernement (1). Et pour l’encadrement des sections de maternelle, il faut, en plus d’un professeur d’école titulaire, une ATSEM à plein temps et des locaux adaptés. Nombre d’écoles ne possèdent même pas d’équipements (locaux, couchettes) permettant aux touts petits de faire la sieste. Sans parler des conditions d’accueil pour la restauration de midi.

Et dans le même temps, est élaborée une nouvelle loi de décentralisation. Ce projet, déjà très avancé, comporte de multiples mesures de dérèglementation par le biais “d’expérimentations”, et de “territorialisation” de la loi. Les collectivités territoriales (communes, départements, régions…) pourraient “alléger les normes”, c’est à dire adapter les lois en fonction des territoires.

Cela fait peser de lourdes menaces sur le caractère national de l’Enseignement public.

Tout cela, les élus locaux le connaissent : ils ont participé, les 4 et 5 octobre dernier, aux états généraux du Sénat ; ils participent aux forums locaux qui préparent ce projet de loi de décentralisation, lequel s’articule totalement au projet de “réforme” de l’école. Dans ce contexte, la réapparition de “jardins d’éveil” à de quoi inquiéter. En effet, en 2008, l’ex ministre de Sarkozy, Mme Morano était venue, dans l’agglomération, défendre ces structures chargées d’accueillir les enfants 2 à 3 ans en lieu et place de l’Éducation nationale.

La direction du SNUipp du Rhône annonce que si le projet de jardin d’éveil dans l’école Pasteur est validé, elle saisira le tribunal administratif.

Certes, mais la priorité demeure de mener la bataille contre cette implantation dans l’unité (SNUipp-FCPE), enseignants et parents. Cela implique aussi d’exiger la réouverture des classes de maternelle fermées. Et au-delà, de combattre pour l’accueil des 2 ans en maternelle dans de bonnes conditions, pour l’ouverture de nouvelles crèches collectives publiques et l’abrogation des mesures Sarkozy qui ont diminué le taux d’encadrement en personnel qualifié dans les crèches.

Émancipation GD 69

(1) En 2008, Yves Fournel, adjoint au Maire de Lyon indiquait : une ville comme Lyon a perdu ces cinq dernières années 700 places d’accueil de tout petits en écoles maternelles.