Recrutement et formation des enseignants : le projet Blanquer, un copié-collé du système québécois

mercredi 10 octobre 2018
par  HB
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Une collègue d’histoire-géo qui réside et travaille actuellement au Québec réagit à la lecture de la présentation de la réforme annoncée par Blanquer [1] .

« En ce qui concerne la formation des professeurs, ce qu’annonce le ministre Blanquer est du copié-collé du système québécois.

Ici les étudiants qui veulent devenir professeurs doivent passer quatre ans en “cycle enseignement” préparé dans la faculté des sciences de l’éducation. Durant ces quatre années, les élèves sont gavés de sciences de l’éducation et vont en tout faire une année d’enseignement de la discipline qu’ils enseigneront. D’ailleurs souvent ils font deux matières. Leur niveau est plutôt médiocre et s’ils veulent se former dans leur discipline quand ils sont professeur, ils le font durant leur année sabbatique s’ils le souhaitent, et c’est à leur frais même si parfois l’école peut en financer une partie. Donc peu de professeurs le font.

D’autre part une fois leur bac d’enseignement en poche, la galère commence car ils doivent chercher un poste dans une école publique ou privée. Dans les écoles publiques, ils doivent passer un entretien avec un DRH dans les commissions scolaires qui gèrent les enseignants. Ce ne sont pas les écoles qui s’en occupent mais ces commissions qui jouent un peu le rôle de rectorat à un niveau plus petit car il y a plusieurs commissions scolaires dans les villes, du moins les grandes. Et c’est la commission scolaire qui donne ou pas du travail à l’année. Les professeurs ne sont donc pas attachés à une école, nommés sur un poste. Ils peuvent en changer tous les ans. Ils doivent faire des vœux à la fin de chaque année et ils obtiennent un poste selon les points donnés par leur ancienneté. Mais certains peuvent rester plusieurs années dans le même établissement, surtout dans les secteurs peu reluisants.

Au Québec, on manque de professeurs (au bout de 5 ans), car au bout de 5 ans, près de 25% quittent la profession, dégoutés par les conditions de travail. Certes ils sont mieux payés qu’en France mais rien à envier pour autant.

De temps en temps, des étudiants en enseignement suivent des cours à l’université. Ce sont généralement des étudiants de faible niveau qui se plaignent des cours qui sont dispensés. C’est ce qui est arrivé récemment à enseignement du supérieur qui, avec un collègue, donnait un cours sur le monde au XIXe et au XXe siècle avec des problématiques qui sortaient de l’ordinaire. Trois étudiants en enseignement qui suivaient ce cours se sont plaints car ils n’allaient pas pouvoir réutiliser ses cours quand ils enseigneront dans le secondaire ! Ils attendent des cours sur les thèmes qui sont enseignés et hop ils n’y touchent plus. Les seuls changements qu’ils font c’est sur la pédagogie où ils peuvent, il est vrai faire des propositions innovantes.
Mais les cours dispensés dans le secondaire ne stimulent pas la curiosité et encore moins la réflexion et le sens critique.

C’est peut être ce que veut le pouvoir pour éviter de voir descendre dans la rue les mécontents ! ».



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