Blanquer annonce une loi : le statut des enseignants menacé

samedi 7 juillet 2018
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Le 4 juillet, devant la Commission de la culture et de l’éducation du Sénat, J.M. Blanquer a annoncé une réforme de la formation des enseignants à travers une loi début 2019. Ce sera "la mère de toutes les réformes". Il a défendu la prime au mérite annonçant "qu’on va voir comment on peut utiliser la prime pour faire avancer le système".

Ces annonces vont de pair avec la volonté du gouvernement de s’attaquer au statut des fonctionnaires et aussi aux statuts particuliers des personnels de l’Enseignement public.

Tel est le sens de la mise en cause des commissions paritaires.

Ci-dessous l’intervention des élus Émancipation à la CA académique du SNES de Lyon, le 25 juin 2018.

Contre les projets Blanquer : défendre le statut

S’agissant de l’attaque contre le "paritarisme", il faut dire clairement les choses.

L’Agenda social 2018-2019 que le ministre Blanquer a transmis aux directions syndicales (17/05/2018) est une déclinaison dans l’Enseignement public de l’offensive contre l’ensemble de la Fonction publique.

Blanquer demande aux syndicats, dont le SNES de venir discuter de la "Mise en place d’une RH de proximité" au moment où il prévoit la fusion des actuelles académies métropolitaines dans 13 académies régionales (correspondant aux régions de l’hexagone). Les trois académies de la région Auvergne-Rhône-Alpes sont aussi concernées même si le calendrier est différent. Et rien n’en est dit dans le texte présenté par la direction académique.

La RH de "proximité" annoncée par Blanquer correspond aux multiples déclarations qu’il a faites sur le recrutement local des enseignants. Il veut "adapter la RH de l’EN aux nouveaux enjeux". Qui peut croire qu’avec la régionalisation annoncée, le mouvement resterait national (cf. les annonces de Blanquer que L’US du 9 juin reprend sans commentaire) ? Et, dans ces conditions, qui peut croire au maintien du statut national ? Comment comprendre que dans cet US, le mot "statut" soit tabou ?

La mise en œuvre de réforme de l’évaluation des personnels et l’extension de "l’accompagnement" commencent à révéler ce qu’il en est vraiment. Des collègues inspectés n’ont pas encore reçu le compte-rendu des rendez-vous de carrière. Ils devraient formuler leurs observations durant les congés scolaires alors que les établissements sont fermés. S’agit-il simplement comme l’indique la direction académique d’un calendrier "inadapté" ? On peut en douter, d’autant que certains collègues chevronnés, se voient, suite à une inspection, durement menacés et que l’"accompagnement" est là pour imposer aux enseignants titulaires un formatage à la réforme.

Le gouvernement prépare également une réforme du recrutement des enseignants.

Dans l’US, Rolet nous explique que la réforme de 2014 sur les obligations de service "rend plus difficile de nouveaux changements" (…) et que "La Cour [des comptes] a trouvé un autre os à ronger, celui de la formation des enseignants".

On nie ainsi la réalité au lieu de reconnaitre que Blanquer s’appuie sur les dégradations antérieures (augmentation des missions avec décret de 2014, alourdissement des services, accroissement de la pression de la hiérarchie, accompagnement imposés, soit une véritable mise sous tutelle des enseignants qui "résistent"). La réalité, c’est, comme l’indiquent certains S1, que cette "réforme" "va servir de tête de pont pour remettre en cause le statut des enseignant-e-s, avec un recours massif aux recrutement de contractuels".

En effet, il s’agit, notamment, d’ôter aux futurs stagiaires le statut de fonctionnaire voire même la garantie d’un poste (le concours donnerait simplement une "habilitation" à enseigner).

Alors comment comprendre que la direction du syndicat accepte de cautionner ces plans en se soumettant à ces concertations ? Qui peut croire que cela permettrait de modifier en quoi que ce soit l’application du programme de Macron dont l’objectif indique clairement qu’il veut une "société de mobilité" plutôt que "de statuts" ?

Tel est le sens de la motion Émancipation :


La CA académique du SNES de Lyon remarque que "l’agenda social" de Blanquer constitue dans une large mesure la déclinaison à l’Éducation nationale des mesures préparées dans le cadre du plan "action publique 2022". Il prépare d’importantes attaques contre le statut des personnels enseignants.

Attachée à la défense du statut, la CA académique considère que ce plan ne saurait constituer une base de discussion. Elle demande au SNES et à la FSU d’en exiger le retrait et de refuser de participer à l’"agenda social" de Blanquer.


Pour : 2 – Contre : 24 – Abst : 0 – NPPV : 0


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