Réforme du bac et du lycée : intervention et motion Émancipation

lundi 16 avril 2018
par  HB
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Congrès national du SNES 26-30 mars 2018 à Rennes

Intervention et motion Émancipation sur la réforme du bac et et du lycée

J’interviens ici pour défendre la motion Émancipation sur le bac et le lycée. Il nous semble important d’avoir un texte qui souligne les nombreux dangers de la réforme Blanquer-Macron, expose clairement ce que l’on revendique, pour passer à l’action indispensable.

Avec ce projet, le bac deviendrait un diplôme maison ; le contrôle continu, à la charge de l’établissement, comptant pour 40% de la note. Parmi les épreuves dites terminales, il y aurait un oral pluridisciplinaire avec un intervenant extérieur.

Le lycée serait réorganisé de façon modulaire, dans la continuité de la loi Vidal à l’université. C’est l’individualisation dans le cadre d’un lycée à la carte.
Des disciplines disparaissent du tronc commun (dont les maths), d’autres intitulés, des enseignements transversaux apparaissent, laissant deviner la marge d’autonomie locale.

Ce projet est à relier évidemment à la loi Vidal, mais aussi aux projets concernant l’apprentissage et les lycées pro. C’est bien une large restriction du droit aux études qui se profile (en particulier pour les jeunes issus des milieux populaires), une remise en cause des diplômes nationaux, les projets d’individualisation de la licence ou le rapport Calvez-Marcon témoignent encore de cet enjeu.

À l’évidence, ce projet prépare des mesures contre les personnels. Comment imaginer que le lycée modulaire, les parcours individuels n’auraient pas de conséquences sur leur statut ?

L’éditorialiste des Échos s’enthousiasme à ce sujet au lendemain des annonces Blanquer : « les lycéens vont construire leurs parcours. Aux enseignants de s’adapter et de renoncer à bon nombre d’acquis ». Il explique : « c’est la demande d’enseignement qui va déterminer l’offre des enseignants, donc leur service. C’est un vaste maelstrom qui se prépare dans l’éducation nationale ».

Il ajoute enfin : « il est hautement probable que le découpage en semaines ne permette pas de constituer des emplois du temps combinant matières de tronc commun et spécialités. Alors c’est l’annualisation du temps de travail des enseignants qui a enfin une chance d’être inscrite au tableau ». Les références ne manquent pas à la bivalence et aux établissements en réseau.

Pour avancer point par point depuis juillet dernier, le gouvernement multiplie les concertations et autres groupes de travail. Avec un résultat considérable à ce stade, les projets avançant les uns après les autres !

Il semblerait que les textes sur le lycée aient commencé à circuler, le gouvernement essayant encore d’associer les syndicats à sa réforme et de paralyser les mobilisations.

Alors, il faut que ce congrès se prononce suivant une revendication claire, à savoir le retrait du projet de réforme du bac et du lycée.

Il faut par ailleurs rompre toutes les concertations avec le gouvernement, ce qui commence par boycotter le CSE du 12 avril prochain.

Il faut enfin lancer une vaste campagne d’informations auprès des collègues, mais aussi de lycéens et des parents.

Ce serait le signal auprès des collègues que le syndicat est prêt à affronter le gouvernement, qu’il est décidé à le faire reculer.

Motion Émancipation : réforme du bac et du lycée

Le gouvernement a présenté, le 14 février, le projet de réforme du bac et du lycée, après la publication du rapport Mathiot. Les projets de décret et d’arrêtés sur le bac ont été soumis aux organisations syndicales. Le congrès du SNES relève que :

- Le bac serait réduit à 4 épreuves terminales (dont un oral interdisciplinaire), complété par les épreuves anticipées de français.

- Tout le reste relèverait du contrôle continu ou ponctuel et compterait pour 40% de la note finale. L’organisation des partiels en première et en terminale serait à la charge des établissements !

- Le lycée serait réorganisé de façon modulaire : les élèves choisiraient 3 disciplines de spécialité en première puis 2 en terminale, dans une logique d’individualisation des parcours, de lycée à la carte.

- Des disciplines disparaitraient du tronc commun (maths, SES, physique-chimie, SVT), des enseignements « transversaux » seraient crées (humanités scientifiques et numériques ; histoire géographie, géopolitique et sciences politiques ; humanité, littérature et philosophie ; droit et grands enjeux du monde contemporain…), la voie technologique serait affaiblie.

Sur ces bases, on se dirigerait vers un bac local ! Ce serait la fin du bac comme diplôme national, ayant la même valeur sur tout le territoire ! Ce qui entrainerait des conséquences désastreuses et en cascade pour élèves et enseignants, en lycée comme en collège !

Ce projet est relié à la loi Vidal, qui autorise les universités à sélectionner les candidats sur la base « d’attendus » et aux projets de réforme annoncés des lycées professionnels et de l’apprentissage. Ils dessinent une remise en cause fondamentale du droit aux études et des diplômes nationaux.

Ce projet constitue le prolongement de la réforme du collège, il signifierait la mise en concurrence des disciplines et des enseignants, et des « économies » importantes. Un tel projet s’inscrit dans la logique d’une autonomie décuplée (et d’explosion des inégalités), et s’accompagnerait de mesures contre les personnels : qui peut croire que le lycée modulaire, les parcours individuels et les enseignements « transversaux » seraient compatibles avec le statut des enseignants ?

Attaché à la défense du cadre national de l’enseignement, attaché à la défense du bac comme diplôme national (avec des épreuves nationales, terminales et anonymes) et comme premier grade universitaire, le congrès du SNES :

- se prononce pour le Retrait du projet de réforme Blanquer-Macron du bac et du lycée, pour l’abrogation de la loi Vidal,

- décide de rompre toutes les « concertations » sur la réforme du bac et du lycée, refuse de participer au CSE du 12 avril,

- s’adresse en ce sens aux autres syndicats, aux organisations de jeunesse et de parents d’élèves, lance une vaste campagne d’information à destination des personnels, des lycéens et des parents, appelle à multiplier les AG, dans l’objectif d’ouvrir la voie à l’action et à la mobilisation unitaires, à la grève pour faire reculer le gouvernement.