Le dialogue social ou le syndrome du Géocoucou

mardi 13 mars 2018
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Le congrès académique du SNES de Lyon s’est tenu les 6 et 7 mars 2018, à la Bourse du Travail de Lyon.
Ci-dessous, l’intervention générale d’Émancipation du 6 mars.

Nous pourrions partir volontiers de l’introduction qui est faite au thème IV dans le bulletin préparatoire au congrès. En effet, cette introduction, pour expliquer nos difficultés, fait le bilan de la faillite de ce qu’on appelle la "gauche" et des différents partis.

Tout y passe : l’incapacité de la gauche socialiste" et des partis qui ont participé au gouvernement de Hollande, mais aussi "l’incapacité de la gauche non socialiste" marquée par ses querelles. On évoque y compris, "le procès fait par Jean-Luc Mélenchon" qui fait porter au syndicat "l’échec de la gauche progressiste". En clair, c’est la faillite du PS, des Verts, du PCF et de JLM.

Si on était méchant, on pourrait dire que cela vaut autocritique pour la direction syndicale puisqu’on retrouve dans cette énumération l’essentiel des sensibilités politique qui sont représentées à la direction de la FSU et à celle du SNES.
Mais on nous dira que le syndicat est indépendant.

On se contentera donc d’observer que cette introduction fait l’impasse sur les responsabilités propre au syndicat, à savoir la politique syndicale mise en œuvre par la direction depuis le dernier congrès.

On est obligé de constater que sur deux questions essentielles, depuis l’élection de Macron, la direction syndicale a poursuivi la même politique que celle qui a prévalu à l’époque de F. Hollande.

- D’abord l’acceptation permanente du dialogue social et de la concertation sur les plans du gouvernement.

C’est ainsi que la loi Vidal a vu le jour après trois mois de "concertations" avec les syndicats.

C’est ainsi que la réforme du bac (et celle du lycée) ont été préparées par des dizaines de réunions avec Blanquer et ses services... Et aujourd’hui, le ministre annonce qu’une "concertation technique sur les modalités de mise en œuvre du nouveau baccalauréat et des évolutions du lycée débutera en mars 2018"  !

- Le deuxième constat, c’est le refus de formuler des mots d’ordre qui soient des points d’appui pour la mobilisation.

C’est ainsi que on cherche en vain dans la presse syndicale un mot d’ordre clair qui serait le retrait de mesures Blanquer concernant la destruction du bac et la réforme du lycée (l’U.S. se rallie à une pétition demandant un… "moratoire").

De même, face à l’offensive annoncée contre la Fonction publique, face à l’annonce de l’attaque frontale contre le statut des fonctionnaires on cherchera en vain l’exigence du "retrait du plan "Action publique 2022".

Ces deux questions sont étroitement liées.

C’est parce qu’on a l’illusion de pouvoir modifier à la marge les réformes gouvernementales que l’on s’engage dans le dialogue social et la concertation et c’est l’acceptation du dialogue social qui interdit de formuler des mots d’ordre clairs et de dire que tel projet n’est pas négociable ; et de dire qu’il doit être retiré.

Cette question est d’autant plus importante que le gouvernement Macron accentue la politique des gouvernements précédents pour assujettir les syndicats et les transformer comme en Allemagne en un relai du pouvoir.

Certes, ces deux questions ne règleraient pas tout, mais rompre le dialogue sociale et formuler des revendications claires seraient un point d’appui pour engager un combat de masse contre la politique du gouvernement.

Et c’est en infligeant une défaite politique à Macron sur une bataille précise qu’on pourrait remettre en cause toute la politique gouvernementale.

Rappelons quelques autres points pour le débat :

- Blanquer n’a pas besoin de faire une nouvelle loi : il lui suffit d’appliquer la loi Peillon.

Or, cette loi a été votée par les députés PCF-Front de Gauche (lesquels se sont par ailleurs abstenus sur la loi Fioraso/LRU2). Et on doit constater qu’à l’époque la direction du SNES a refusé d’exiger le retrait du projet de loi Peillon.

Nous en payons aujourd’hui les conséquences.

-  "Un vent de contestation se lève" titre Frédérique Rollet dans l’US du 17 février,citant les mobilisations, celle des salariés des EPAD, de Carrefour...

Et à la veille du 22 mars, les yeux se tournent vers les cheminots de la SNCF.

La multiplicité des attaques et leur ampleur ne peut pas ne pas provoquer de réactions, celle des cheminots à la SNCF, et celle d’autres travailleurs dans d’autres secteurs.

Et ceux qui rêvent d’un mariage ou pacsage avec la CGT qualifiée dans le rapport IV de "syndicat contestataire" espèrent alors que la direction de la CGT sera le fer de lance du combat à la SNCF.

Rappelons qu’à l’automne, Martinez a refusé constamment de formuler le mot d’ordre de "retrait des ordonnances" Macron. Il a clairement exprimé ce refus le 3 septembre, dans un entretien au magasine Basta Mag. De même le récent communiqué de la CGT-SNCF ne formule pas l’exigence du "retrait" du projet gouvernemental, ni la défense inconditionnelle du statut des cheminots et il évoque, de manière très étrange, le soi disant statut quo de la politique de Macron vis-à-vis de la SNCF.

Dans ces conditions, nous devons en tirer une double leçon :

-  La nécessité d’une totale indépendance du syndicat vis-à-vis du gouvernement.
-  La nécessité de ne pas compter sur les autres pour définir notre orientation, mais de prendre en compte ce qui est nécessaire pour nos collègues.

Enfin, pour terminer cette intervention, un peu de détente… Le dialogue social ou le syndrome du Géocoucou.

Macron aime bien le story-telling voire les paraboles. Il a, par exemple, parlé des "premiers de cordées" pour justifier les cadeaux financiers, puis comparé son action à celle d’une personne qui rénove une maison : il faut lui laissé finir le job… avant de juger.

En voici une qui me paraît bien illustrer le dialogue social.

J’aurais pu invoquer Maupassant, dans Le Horla : rappelez-vous, à la fin la maison brûle, à l’image des syndicats hors-sols qui continuent le dialogue dans la maison Macron…

Mais j’ai préféré évoquer Chuck Jones et son fameux BIP BIP !

Vous savez cette espèce d’autruche, de Géocoucou qui court à une vitesse incroyable tout comme Macron, qui dit qu’il écoute mais qu’il fera ce qu’il a dit. Comme sur une autoroute, le Géocoucou Macron file et enfile les régressions sociales.

Et il y a le coyote (animal fort sympathique par ailleurs), ce coyote, un peu à l’image des syndicats d’accompagnement, veut arrêter le Géocoucou à tout prix, du moins c’est ce que l’on veut bien croire…

Mais il n’utilise que des pétards mouillés, des pièges trop élastiques qui se retournent à chaque fois contre lui… comme autant d’étapes du dialogue social. Et à chaque épisode il doit regarder le Géocoucou filer non sans lui faire un clin d’œil bienveillant…
Mais le dialogue social continue…

Dans ces conditions comment ne pas sourire, trouver plus sympathique le Géocoucou ?
Comment mobiliser sur le terrain sans autre revendication que le dialogue social du coyote syndical ?

Il faut stopper le Géocoucou en défendant les revendications !

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Les interventions et motions Émancipation défendues au congrès : Congrès académique SNES - Lyon 6 et 7 mars 2018