En défense du bac, premier grade universitaire, En défense de la valeur nationale des diplômes et qualifications

mardi 26 septembre 2017
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Les ordonnances concernant le Code du travail marquent l’attaque frontale de Macron contre l’ensemble du salariat et des acquis arrachés depuis des dizaines d’années. Elles s’articulent avec les cinq autres "chantiers" de Macron.

La hausse de la CSG est bien plus qu’une nouvelle dégradation. La suppression de la part salariale des cotisations remplacées par la CSG, et la suppression totale des cotisations patronales annoncées détruisent les fondements mêmes de la Sécurité sociale.

Les ordonnances Macron vont aussi de pair avec les réformes (Blanquer-Vidal) de l’enseignement (de la maternelle à l’université), de l’apprentissage et de la formation professionnelle.

Destruction du système national de qualifications

La réforme du bac annoncée par Blanquer figure dans le programme de Macron, de même que les "CP à 12" ; les "devoirs faits", le "bénévolat", l’autonomie des établissements.

Il s’agit d’aligner tout le système d’enseignement et de formation sur l’exigence du patronat : une "orientation" et une "formation tout au long de la vie" (FTLV), l’obligation faite au salarié d’être responsable de son "employabilité", c’est-à-dire de faire évoluer ses compétences selon les besoins de l’entreprise, ce qui implique qu’il soit régulièrement soumis à l’évaluation de ses compétences par l’employeur.

Le baccalauréat national est un des principaux diplômes nationaux sur lesquels se basent les niveaux de qualification et les conventions collectives nationales. Ce qui est en jeu, c’est la liquidation définitive du système national de qualifications qui, en limitant la concurrence entre les salariés, permettent de garantir un certain niveau de salaire pour la même qualification.

Le bac Macron-Blanquer = fin du diplôme national, 1er grade universitaire

Macron redéfinissait ainsi le bac dans son programme : "4 matières obligatoires à l’examen final et le reste en contrôle continu, afin de rendre possible de nouvelles formes d’organisation du temps scolaire et de nouveaux parcours, qui prépareront mieux à la poursuite d’études et à l’insertion professionnelle".

Ce serait la fin du diplôme national, ayant la même valeur sur l’ensemble du territoire, la fin du bac, comme premier grade universitaire. Ce "bac modulaire" s’inscrira dans la continuité de la "réforme du collège" et des "assouplissements" de Blanquer, alors que l’exigence des enseignants est le retour à des horaires disciplinaires nationaux (y compris pour les enseignements facultatifs). Il est en parfaite cohérence avec l’ensemble de la politique actuelle qui met les établissements en concurrence les uns avec les autres et individualise les parcours pour mieux casser les diplômes nationaux. Dans d’autres pays, plus la place du contrôle continu est importante dans la certification de fin d’études secondaires, plus la sélection est importante à l’entrée de l’université.

Cette attaque se concrétise avec l’annonce de la mise en place de pré-requis à l’entrée de l’université, avec l’individualisation des parcours de la maternelle à l’université, les évaluations par compétences, et l’inscription dans le Livret scolaire unique numérique (LSUN), des compétences individualisées (acquis du socle, appréciations, difficultés, comportements, suivis particuliers, problèmes médicaux…).

Ces compétences s’inscriront dans le Compte personnel de formation (CPF) du travailleur, puis dans son Compte personnel d’activité (CPA). Ce fichage des compétences individuelles commencé à l’école, se poursuivra désormais "tout au long de la vie", permettant la mise en concurrence des salariés (comme au XIXe siècle) et la baisse générale des salaires réels.

Autonomie des établissements et recrutement par le chef d’établissement

La casse du bac annoncée par Macron induit une réforme du lycée avec une autonomie très large des établissements : "Nous accompagnerons l’autonomie des établissements de diagnostics réguliers et si besoin de mesures d’accompagnement spécifiques. Chaque collège et chaque lycée bénéficiera d’un diagnostic tous les 3 ans. Celui-ci portera sur l’ensemble des missions d’un établissement (enseignement, progrès des élèves, projets pédagogiques, infrastructures...). Il mobilisera l’équipe de direction conduite par le chef d’établissement, l’équipe pédagogique, les parents et les élèves seront également entendus. Les éléments de ce diagnostic pourront être opposables au ministère ou aux collectivités dans le cadre des engagements qui sont les leurs auprès des établissements".

D’ores et déjà, l’annonce de la mutualisation des options entre lycées, voire entre lycées et université s’inscrit dans le cadre des réductions drastiques de crédits et de postes.

Cela s’accompagne de la casse du statut. Le recrutement des enseignants par le chef d’établissement évoqué par Blanquer est une application du programme de Macron qui veut "passer d’une société de statut à une société de mobilité".

Avec un tel système, que restera-t-il du recrutement sur concours national et des garanties qui lui sont liées (affectation nationale sur un poste, selon un barème national) ?

Ce qui est annoncé, c’est la "professionnalisation" de toutes les licences, lesquelles seraient individualisées avec des rythmes variables et personnalisés et la validation de modules, dans le cadre d’une nouvelle étape de l’autonomie des établissements universitaires. L’adaptation, au nom de l’insertion professionnelle, des formations au bassin d’emploi sonne aussi la mort de toute valeur nationale des licences, des masters… [1]

La méthode Macron-Blanquer-Vidal : le dialogue social

Blanquer et Vidal entendent procéder avec la méthode utilisée par Macron pour les ordonnances : amener les syndicats à discuter de ses plans, ce qui revient à le légitimer et à cautionner ses "contre-réformes", à retarder et à désarmer la mobilisation pour le retrait de ces projets.

Utilisant la crise des affectations post-bac, et sous couvert de réforme du système APB, 11 groupes de travail (GT) sont mis en place (ex. du GT3 : "flexibiliser l’offre de formation, licence en 2, 3 ou 4 ans"  ; GT 5 : "professionnalisation de la licence"). Ces GT n’ont qu’un but : faire légitimer par les syndicats la "réforme" du bac (réduit à un certificat de fin d’études individualisé) et celle de la licence. Comme pour les ordonnances, le projet figure dans le programme de Macron que Blanquer et Vidal sont chargés de mettre en œuvre. Il devrait être publié à la mi-octobre.

La défense du bac national, premier grade universitaire, ayant la même valeur sur tout le territoire, ouvrant droit à l’inscription à l’université (épreuves nationales et terminales sur tout le territoire, égalité de traitement entre les candidats avec des copies anonymes…), implique que les syndicats (SNES, SNESup…) dénoncent cette opération, quittent immédiatement les groupes de travail mis en place par le ministère, prennent contact avec les autres organisations syndicales et les organisations de jeunesse pour organiser la mobilisation, afin d’exiger le retrait de ce projet.



Documents joints

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