Solidarité avec le peuple syrien : la réalité des faits

samedi 31 décembre 2016
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La journée de mobilisation du 10 décembre 2016, en soutien à la révolution populaire syrienne, est une illustration de la difficulté à laquelle doivent faire face les militants révolutionnaires syriens réfugiés en France pour s’exprimer librement, hors du contrôle du gouvernement et de ses nombreux amis.

Au tout début du mois de décembre, le mouvement Nasskoune, impulsé par Fadwa Souleimane, lançait un appel à un rassemblement “Sauvez Alep, Sauvez votre humanité”. L’appel était envoyé à plusieurs organisations et une demande de rassemblement était déposée pour le samedi 10 décembre 2016, devant l’Hôtel de ville à Paris. Mais l’autorisation ne fut alors pas accordée, sous prétexte que “c’était les fêtes”. Le mardi 6 décembre, une réunion publique se tenait dans la mairie du 2ème arrondissement à Paris, en présence de Brita Hagi Hasan, un représentant de la ville d’Alep-Est, présent en France pour expliquer la situation à Alep. Alors que la moitié des quartiers libres d’Alep-Est avait été repris par les forces liées au régime de Assad, au prix, notamment, de multiples massacres de civils, celui-ci s’étonna qu’aucune grande mobilisation ne fut prévue. Avec l’aide de l’intervention de Fadwa Souleimane, présente dans le public, soutenue par de nombreux militants, des notables durent promettre qu’ils feraient en sorte d’obtenir une autorisation pour le rassemblement du samedi 10, place de l’Hôtel de ville, et de nouvelles organisations s’engagèrent dans ce rassemblement.

L’autorisation fut cette fois-ci obtenue. Mais, bien qu’il fut reconnu que Nasskoune était à l’origine du rassemblement, ce mouvement culturel et artistique ne fut pas inscrit dans le tour de paroles, lors du premier projet de déroulé de rassemblement. Plusieurs interventions permirent finalement d’obtenir que Fadwa Souleimane puisse prendre la parole, accordée en tant que “réfugiée”.

Fadwa prit ainsi la parole, en annonçant que le début de son message serait un film-court : “Message to”, réalisé par le chorégraphe Rami Hassoun. Elle lut ensuite dans sa langue natale un texte de Nasskoune, retranscrit ci-contre, tandis que Rami lut la version en français.

Ce samedi 10 décembre, ce fut la première fois que, sur une place de France, un mouvement culturel et artistique, né en Syrie, né de la Révolution syrienne, dans lequel se reconnaissent des Syriens de Syrie (à Alep notamment), des Pays-Bas, de France et d’autres pays, prit la parole en public. Ce fut par la voix de Fadwa Souleimane, une Syrienne qui s’est notamment retrouvée en 2012 à la tête des manifestations à Homs, et qui, alors qu’Alep n’était pas encore entrée dans la révolution, appelait les habitants de cette ville au soulèvement contre la dictature du régime de Bachar al-Assad.

Le 18 décembre, après des massacres innommables, l’expulsion de plus de 200 000 civils des quartiers d’Alep et tandis que 50 000 Alépins se retrouvaient assiégés dans 2km2, Nasskoune érigea sur la place de la République, en collaboration avec Nuit Debout, deux murs recouverts de photos : “le mur de la honte, le mur des assassins”, et “le mur de la dignité”. Sur nombre de photos on pouvait lire “Les fêtes de l’ONU et des gouvernants”, “Les fêtes des assassins”, “#Sauvez_Alep”, “#Sauvez_votrehumanité”.

Article publié dans la revue L’émancipation syndicale et pédagogique http://www.emancipation.fr/spip.php?article1494

Ci-dessous, le texte du mouvement Nasskoune, impulsé par Fadwa Souleimane http://www.nasskoune.org/2017/03/12/les-fetes-de-lonu-et-des-gouvernants-les-fetes-des-assassins/

Les fêtes de l’ONU et des gouvernants, Les fêtes des assassins

Tandis que diplomates et gouvernants de ce monde se préparent aux fêtes de fin d’année, en Syrie :

– les bombes du régime russe et du régime d’Assad continuent de pleuvoir sur les civils (notamment à Alep, avec très souvent une cinquantaine de morts par jour en novembre),

– plus de un million de Syriens sont assiégés par les forces du régimes et les forces liées à l’Iran,

– plus de 250 000 prisonniers politiques sont maltraités et très souvent torturés dans les geôles de Assad.

Cette répression et ces massacres visent à anéantir les populations qui résistent et se battent, avec ou sans arme, contre le régime d’Assad et ses alliés, ainsi que contre Daesh et ses alliés des bataillons islamistes. Et d’écraser la révolution syrienne qui a surgi pacifiquement en 2011, après plus de 40 ans de dictature de la famille Assad.

Durant cette année 2016, les grands de ce monde qui parlent de « démocratie » ont accentué leur coopération contre la révolution syrienne. Ainsi, alors que depuis plus d’un an Moscou bombarde et massacre ouvertement les civils (dont les hôpitaux et écoles), Washington et Moscou ont intensément coopéré afin de trouver un accord, soutenu par le gouvernement français. Bien que l’accord conclu en septembre a rapidement avorté, la coopération avec le boucher Poutine légitime sa politique en Syrie ainsi que celle de Assad.

Cette coopération se retrouve également à l’ONU (dont la France est l’un de ses membres fondateurs). La récente décoration par le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, du représentant du régime syrien à l’ONU, Jaafari, en est emblématique.

En 2016, plusieurs révélations de collaboration entre l’ONU et le régime de Assad ont vu le jour :

– versement par l’ONU de dizaines de millions de dollars à des structures gouvernées ou liées à des proches de Assad faisant l’objet de sanctions internationales (1),

– embauche par des agences de l’ONU de proches de Assad (2),

– aide humanitaire de l’ONU arrivant très rarement dans les zones assiégées par le régime et bénéficiant aux zones contrôlées par le régime (3),

– versement de millions de dollars à vocation humanitaire à une compagnie aérienne russe interdite de commercer avec l’ONU (4).

Alors que les avions militaires de la coalition internationale (dont ceux de la France) croisent régulièrement ceux du régime de Assad et de Poutine, les gouvernants des grandes puissances ont été incapables d’organiser (mais le souhaitent-ils vraiment ?) le largage d’aliments, via des avions humanitaires, ne serait-ce que de lait en poudre pour les enfants, à destination des zones assiégées par le régime et ses alliés. Tel est le bilan, partiel, de l’action de l’ONU en Syrie, à la veille des fêtes.

Nous n’acceptons aucune forme de coopération ou de collaboration avec Assad et Poutine.

Nous n’acceptons pas que l’argent de nos impôts finance les structures ONUsiennes ou la fabrication et le largage de bombes françaises en Syrie (qui font nombre de morts civils).

Nous n’acceptons aucune collaboration avec les dictateurs !

Nous voulons l’arrêt immédiat de tous les bombardements !

Nous voulons la levée immédiate de tous les sièges !

Nous voulons la libération immédiate de tous les prisonniers politiques !

La revendication du peuple syrien pour le départ d’Assad et la fin du régime,
immédiatement et sans condition, est légitime.

* Nous n’acceptons pas que les mains rouges qui à l’ONU ont le droit de véto contre le peuple syrien vous disent en cette fin d’année : « bonne année et bonnes nouvelles guerres »
#Soyons nous_Vivons nous #Vers la Syrie_Comme nous aimons #Vers une révolution_Libre
Sources : (1) The Guardian, 29/08/16, (2) The Guardian, 28/10/16, (3) The Syria Campaign, 06/2016, the Guardian 28/10/16, (4) The New York Time, 22/10/16


Ce texte a été diffusé à Lyon, lors du rassemblement du 17/12/2017