Fadwa Suleimane, une grande figure du combat contre la dictature Assad : "la Syrienne, la comédienne, la poète, la militante" est décédée

jeudi 17 août 2017
par  HB
popularité : 100%

Fadwa Suleimane est décédée le 17 août à Paris. Elle aura combattu, jusqu’ à l’extrême limite, pour la liberté, la justice.

"Je suis Fadwa la Syrienne, la comédienne, la poète, la militante".

C’est ainsi qu’elle se présentait, le 13 mai 2016, lors d’une soirée à Lyon où était projeté le docu-fiction Message to.. du réalisateur Rami Hassoun, sur un texte poétique Dans l’obscurité éblouissante écrit et prononcé par Fadwa Suleimane. (Lire l’interview publié sur ce site [1] )

"J’ai été interdite dans mon propre pays, parce qu’avec d’autres, on a demandé la liberté, la justice de manière pacifique."
(Fadwa Suleimane)

Confrontée très jeune à l’oppression du peuple syrien par la dictature Assad, Fadwa Suleimane a grandi dans le refus de la soumission, exprimant au moyen de l’art son engagement politique.

Engagée dès les premiers jours dans la révolution syrienne, Fadwa était à la tête des manifestations pacifiques à Homs. [2]

https://www.youtube.com/watch?v=auHoFV9jvNk

- Déclaration de Fadwa Soliman, le 10 novembre 2011, jour de grève générale en Syrie

https://www.youtube.com/watch?v=pVCpN3O-8RI

(…) "Depuis hier, des perquisitions ont été menées à Homs pour m’arrêter ; des gens sont frappés, torturés, pour avoir des informations et me localiser".

"Si les appareils répressifs du régime m’arrêtaient je serai obligée de faire une confession télévisée à la télé sur La chaîne ad-Dounia pour avouer "ma participation à une conspiration terroriste contre le régime Syrien".
(…)
"Je vous invite à manifester, et à participer à la grève général et la désobéissance civile pour réclamer" l’arrêt immédiat de la violence et le retrait des soldats" des villes syriennes et la libération de tous les prisonniers politique".
(…)

Quand sa condamnation à mort par Bachard al-Assad a été rendue publique, Fadwa Suleimane a reçu des centaines de lettres de Syriens lui demandant de "Rester en vie". Elle a dû se réfugier en France et elle vivait à Paris depuis 2012.

"Quand je suis arrivée en France, j’ai tout de suite cherché à exprimer ce que je pense au moyen de l’art.
Je voulais aussi témoigner pour tout le monde de mon expérience en Syrie".

- À propos de Message To.. Rami Hassoun, Fadwa Suleimane


"Tous les hommes politiques et ceux de l’opposition sont réunis à Genève : ils discutent, décident de ne rien faire… ils décident la guerre, ils jettent le mensonge.
J’ai imaginé comment je pourrais entrer pour dire enfin... la vérité devant tout le monde."
, disait-elle, à propos de Message To..

Le 15 mars 2017, sur Youtube (6 ans après le début de la révolution syrienne), le court métrage Message To.. était publié librement : Fadwa Suleimane et Rami Hassoun le présentaient au journal Le Monde  :
http://www.lemonde.fr/syrie/article/2017/03/15/message-to-la-profession-de-foi-radicale-de-pacifistes-syriens_5094522_1618247.html

"Ni salafistes ni frères musulmans, nous voulons un pays civil", Fadwa Suleimane

"La dernière image n’est pas un appel à l’ONU. Nous condamnons l’ONU tout autant que les grandes puissances internationales", assure Rami Hassoun

"C’est une guerre internationale. Il s’agit de donner une leçon à tous les peuples du monde. Vous avez demandé la liberté. Votre destin sera la guerre. Personne n’a intérêt à ce que le peuple syrien recouvre sa liberté. Ils veulent diviser le monde sur une base communautaire, le remodeler sur notre dos", explique Fadwa Suleimane.

Voir aussi le texte "Les fêtes de l’ONU et des gouvernants, Les fêtes des assassins" lu, place de l’Hôtel de ville, lors du rassemblement du 10/12/2016 à Paris [3]

- Fadwa Suleimane poète et militante : " ne parle pas de la révolution, il faut la vivre".

"L’art a toujours joué un rôle dans les révolutions, en France, en Russie, en Espagne…" "La révolution syrienne ne fait pas exception."

"On a vécu la révolution, j’ai cru à l’action, pas à la parole. Je dis à mes amis : ne parle pas de la révolution, il faut la vivre".

- Fadwa Suleimane a publié  :

. Le Passage (Lansman, 2013) ;

. À la pleine lune (Le Soupirail, 2014) : quelques 2000 lycéens et collégiens ont, en 2016, attribué à cet ouvrage le Prix des découvreurs. Fadwa est allée à la rencontre de nombre de collégiens et lycéens qui ont été particulièrement touchés par ces poèmes marqués par la guerre et l’exil, par le caractère engagé de cette poésie, par la spontanéité du poète et les paroles authentiques de la militante.

. Dans l’obscurité éblouissante (Al Manar, 2017)

En juillet, Fadwa Suleimane, la poète, la militante intervenait encore, à Sète, en Espagne, à Paris…

-  Festival Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée, à Sète, le 27 juillet 2017



J’ai inséré, dit-elle, dans la poésie les slogans du peuple syrien insurgé ; j’ai enregistré l’histoire de la Syrie ancienne et celle du soulèvement d’aujourd’hui dans la poésie.

Deux des extraits lus par Fadwa Suleimane du long poème Dans l’obscurité éblouissante  :


Nahawand

La lumière se reflète sur les fenêtres de ceux qui rêvent de
la rosée
transformée en autel
les sacrifices offerts étaient faits de mon sang et de celui de
mon frère
les caravanes des commerçants se noient dans la mer d’or
l’argent les larmes et les séductrices
prennent leur café
au Kremlin
ou à Pékin
à Londres
ou Berlin
ou près de la Seine
et au-dessus du mont Qassioune
aucune différence
un meurtrier à tous les visages

et plus loin :

dans l’obscurité éblouissante
les gorges qui ont lancé les papillons bleus
pour que la liberté descende en nuage froid et blanc
chantaient des hymnes au dieu
pour qu’il ne pense qu’aux colombes et à la paix
elles s’opposaient au monstre de Damas
la main qui les a arrachées ignore qu’elles ont éclos dans
toute la Syrie
des tournesols à Hama
des lauriers à Alep
à Dar’a et Darayya des grappes de raisin
des diamants rouges à Rakka
des acacias à Homs
des lilas sur l’Euphrate
la musique éternelle du Tigre
écrite par les alphabets D’Ougarit et d’Amrit
gardée dans mes écritures d’argile conservées à Kafar Nabil
clamant
 :

"« Elle est à nous et non pas à la famille Assad
Vive la Syrie à bas Bachar El Assad
uni uni uni le peuple syrien est un
ni Salafistes ni Frères nous voulons un État laïque »."


[1Le document publié lors de la soirée du 13 mai 2016 à Lyon, par le Collectif Lyon-69 avec la Révolution Populaire Syrienne dont Émancipation Lyon-69 est partie prenante :
Fadwa Suleimane comédienne syrienne, figure emblématique de la révolution syrienne
http://69.emancipation.fr/IMG/pdf/16_05_13_fadwa_souleimane-rami_hassoun_4_pages.pdf

[2Interview publiée dans la revue L’Émancipation syndicale et pédagogique, juin 2016 Fadwa Suleimane, figure emblématique de la révolution en Syrie

[3(texte publié sur le site du mouvement Nasskoune impulsé par Fadwa Suleimane : http://www.nasskoune.org/2017/03/12/les-fetes-de-lonu-et-des-gouvernants-les-fetes-des-assassins/ Lire aussi l’article http://69.emancipation.fr/spip.php?article437, paru sur ce site.