Combattre l’offensive de Macron

mercredi 24 mai 2017
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Le CDFN de la FSU se tenait les 16 et 17 mai 2017, alors que le nouveau président Emmanuel Macron constituait son gouvernement.

L’offensive choc prévue dans le programme du candidat Macron contre le code du travail, contre le statut des fonctionnaires, fut largement confirmée par la couleur de ce gouvernement. Ainsi, ce gouvernement ne comprend pas de ministère de la Fonction publique. Le rattachement de la FP au ministère de l’Action et des comptes publics en dit long sur les projets de Macron.

La première étape est l’importante attaque que Macron veut porter au code du travail dès cet été.

Interventions d’Hélène Bertrand (Émancipation) au Cdfn de la FSU (16-17 mai 2017) dans le débat général et en présentation de la motion "Se préparer à combattre l’offensive de Macron contre le code du travail" . Cette intervention s’appuie sur les interventions des militants Émancipation au CDFD de la FSU Lyon-69 le 15 mai.

Macron élu entend mener jusqu’au bout le programme qu’il a annoncé. Il vient de commencer avec la nomination de son premier ministre, Edouard Philippe, disciple de Juppé.

On a beaucoup parlé des résultats du second tour des présidentielles, mais bien peu de ceux du 1er tour :

Il y avait 41,44 % pour la "gauche" en 2012 avec 14,8 millions de voix. On tombe à 27,7% en 2017 avec 9, 9 millions de voix pour les candidats originaires du mouvement ouvrier. De quoi relativiser certains scores !

On doit donc s’interroger sur les différentes causes de ce résultat.

La politique de Hollande, du PS ? C’est indéniable.

Et aussi l’échec des mobilisations contre cette politique dont la défaite que constitue le vote de la loi El Khomri. Or, si le gouvernement a pu faire passer toutes ses mesures, cela est du au dialogue social permanent sur lequel s’est appuyé Hollande.

On doit, par ailleurs, constater que lors de la campagne électorale, les candidats se sont définis selon deux axes : ouverture au marché européen et au marché mondial, ou fermeture plus ou moins affirmée des frontières. Or, ce dilemme correspond aux intérêts contradictoires de deux fractions de la bourgeoisie française. Alors que pour les salariés, la seule question est celle de la défense de leurs intérêts collectifs face au patronat. Et le capitalisme national comme le capitalisme libéral ne leur offre aucune issue.

On doit en tirer les leçons de tout cela pour définir l’orientation syndicale sur laquelle il convient de combattre aujourd’hui.

Le programme de Macron est celui d’un président qui se définit comme “jupitérien” (sic)

Constatons que la direction de la FSU ne donne pas toute la mesure des attaques annoncées.

Dès cet été, Macron veut faire exploser le Code du travail.

Il annonce aussi la suppression des cotisations sociales pour fiancer l’assurance maladie, soit des milliards volés aux salariés et transformés en cadeaux accordés au patronat.

Il veut mettre en place la retraite par points, en finir avec le code des pensions et supprimer 120 000 postes d’agents publics durant les cinq ans.

Et dans l’Enseignement public, il entend franchir un nouveau et important pas dans les contre-réformes en cours. L’autonomie est son maître mot, avec à la clé, le recrutement local des professeurs d’université ainsi que dans l’Éducation en commençant par les enseignants de REP+. Macron veut faire largement appel au bénévolat des retraités, des associations et utiliser le travail gratuit des étudiants rendu obligatoire durant trois mois… La réforme du bac annoncée implique une réforme du lycée sur le mode bac-3/bac+3. Quant à la formation professionnelle, le tout apprentissage conduira à la transformation des LP en CFA.

Avec l’autonomie et la concurrence entre les établissements, c’est la destruction de toute valeur nationale des diplômes, du bac, et de nouvelles atteintes aux acquis des personnels…

Tout cela entre en cohérence avec la première étape : les ordonnances qui devraient être votées dès cet été.

Macron veut "simplifier le droit du travail".

Son but est de construire "une société de mobilité" plutôt que de "statut". Ce que Macon appelle statut, c’est le CDI et tous les textes qui protègent les salariés.

Il veut, dit-il, mettre "l’individu" et "l’entreprise" à égalité.

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Cela signifie en finir avec le droit du travail conçu comme un droit protecteur pour les salariés et l’aligner sur le droit commercial dans lequel il y a "égalité" entre le vendeur et l’acheteur.

Le code du travail s’est construit par un ensemble de lois qui protègent le salarié et qui s’imposent à tous les employeurs. Avec Macron, les conditions de travail, les salaires… pourraient varier dans l’entreprise en fonction de l’activité de l’entreprise, selon les fluctuations des cycles de production. Elles dépendraient d’accords d’entreprises et donc des rapports de forces locaux.

Cela conduirait à une extension considérable de la flexibilité et à la baisse générale des salaires.

Cette casse du droit du travail va s’appuyer sur le dialogue social.

Dès la préparation des ordonnances, Macron affirme qu’“aucune de ces mesures ne passerait sans consulter les syndicats”. Édouard Philippe l’a confirmé hier. Et Laurent Berger (CFDT) d’y faire écho en prônant la "cohésion sociale", soit la soumission des travailleurs aux besoins du patronat et le dialogue social à l’allemande.

Macron annonce aussi des "formations" pour les représentants des salariés. S’agit-il de renforcer leurs capacités à défendre les intérêts de salariés ?

Non, bien sûr. Il faut, dit-il, que "les syndicats et les employeurs parviennent à mieux se comprendre, à aboutir à des propositions communes plutôt que de confronter des positions stériles".

Ces "formations" visent donc à formater les syndicats, les délégués du personnel afin qu’ils défendent les intérêts de l’entreprise et non ceux des salariés. Cela ne peut que conduire à transformer les syndicats d’organes de défense des intérêts propres des salariés en organes de collaboration étroite, de co-gestion au profit du patronat.

Cette offensive aura inéluctablement des conséquences dans la Fonction publique. La situation catastrophique dans laquelle se trouvent les services publics en Italie (situation décrite par un syndicaliste de la CGIL ce matin même) montre la voie que veut suivre Macron avec ses projets.

Face à cette situation, la FSU ne peut attendre la mi-juin, la fin du processus législatif pour affirmer son refus clair et net de ces mesures, de ce programme. Rien n’est négociable dans cet ensemble de régressions, de coups portés aux acquis de travailleurs, à l’Enseignement public. Et discuter du programme de Macron, c’est la négation même de négocier sur les revendications des salariés.

Face à cette offensive, il faut affirmer clairement les revendications et refuser toute concertation sur les projets Macron.

En défense du Code du travail, notre fédération doit réaffirmer l’exigence d’abrogation de la loi El Khomri En défense de la sécurité sociale, exiger la suppression de toutes les exonérations de cotisations sociales est indispensable. Et dans l’Enseignement, on ne peut combattre l’offensive Macron sans réaffirmer l’exigence d’abrogation de la réforme du collège, des rythmes scolaires (et au de-là des lois d’orientation qui les portent).

Macron veut aller vite. S’il parvient, dès cet été, à mettre en place ses ordonnances, ce sera, pour lui, un important point d’appui pour la suite. Il a besoin néanmoins de la caution des organisations syndicales et pour ce faire, il annonce une concertation préalable aux ordonnances.

Mais ces projets de casse de nos acquis sont-ils discutables, négociables ? On a vu le résultat avec la loi El Khomri. Il faut donc boycotter ces concertations.

C’est pourquoi nous vous appelons à voter la motion Émancipation "Se préparer à combattre l’offensive de Macron sur le code du travail".

C’est sur cette orientation d’indépendance syndicale, qu’il est urgent de combattre pour que se réalise l’unité face à Macron. C’est la voie pour assurer la défense des intérêts des salariés (lesquels diffèrent de "l’intérêt général") ; et c’est aussi le moyen de combattre le F.N.

Motion :

Se préparer à combattre l’offensive de Macron contre le code du travail

À peine élu, Macron veut engager l’offensive contre les travailleurs et la jeunesse. Les six chantiers de son programme ont pour objectif de "construire une société de mobilité plutôt que de statut". Ce que Macron appelle statut, c’est aussi bien le CDI, que le statut de la fonction publique et au-delà toutes les garanties arrachées par les mobilisations qui s’imposent aux employeurs et limitent l’exploitation du travail salarié.

Son objectif : “mettre l’individu” et “l’entreprise à égalité”. Cela signifie supprimer ce qui fonde le code du travail (la nécessité de protéger le salarié face à l’employeur, nécessité qui découle de la subordination du salarié vis-à-vis de l’employeur inhérente au fonctionnement de l’économie capitaliste).

Dès cet été, il veut, dans la droite ligne des lois Macron, Rebsamen, et El Khomri, engager une nouvelle "contre-réforme” du code du travail. Il s’agit, entre autres, de donner la possibilité de négocier au local la flexibilité des horaires selon les besoins de l’entreprise en supprimant le cadre national (défini par la loi) des "horaires effectifs" et de "l’organisation du travail". Après l’annualisation du temps de travail, Macron veut flexibiliser sans limites.

Ainsi, la primauté de l’accord d’entreprise et cette "redéfinition” du “dialogue social" conduira à associer les syndicats à une atomisation des salariés et à un affaiblissement considérable du syndicalisme issu du mouvement ouvrier.

Cette offensive aura inéluctablement des conséquences sur les salariés et le syndicalisme dans la Fonction publique.

Le président, qui annonce qu’il procèdera par ordonnances, prévoit une concertation avec patronat et syndicats, affirmant qu’“aucune mesure ne passerait sans consulter les syndicats”.

La FSU qui rappelle son exigence d’abrogation la loi El Khomri se prononce résolument pour le retrait de ces projets, lesquels ne sont ni négociables, ni amendables. Elle mettra tout en œuvre pour que se réalise l’unité la plus large pour combattre l’offensive annoncée et assurer la défense des acquis arrachés de haute lutte et transcrits dans le code du travail et le statut des fonctionnaires.