Brésil : plus de vingt jours de grève dans l’enseignement supérieur

dimanche 10 juin 2012
par  HB
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Solidarité avec la grève du supérieur au Brésil : pour les salaires, les conditions de travail...

Grève des enseignants du supérieur au Brésil

Le 5 juin, après vingt jours de grève, le ministre brésilien de l’Éducation, Mercadante, a enfin décidé de recevoir une délégation du syndicat ANDES-SN et du Comité national de grève, alors que 15 000 fonctionnaires fédéraux manifestaient sur l’Esplanade à Brasilia. (Au Brésil, État fédéral, seul l’enseignement supérieur est national ; les enseignants du supérieur sont organisés dans un syndicat national, ANDES-SN. Le primaire et le secondaire relèvent des États fédérés).

Aujourd’hui, 53 Institutions fédérales de l’enseignement supérieur (licence, maîtrise et doctorat) sont en grève.

Le syndicat et les grévistes demandent une restructuration de leur carrière (le gouvernement n’a pas respecté le contenu de l’accord signé en 2011). Ils demandent aussi une amélioration des conditions de travail et d’études : des salles de cours, des laboratoires, des bibliothèques…

Le ministre s’est engagé à poursuivre les négociations ; mais il a ajouté qu’il est nécessaire d’attendre le déroulement de la crise financière internationale pour évaluer l’impact qu’elle a sur l’économie. La crise commençant à toucher le Brésil, les enseignants risquent d’attendre longtemps…

Le syndicat ANDES-SN a déclaré que le temps est une question politique. Il veut le respect de l’accord signé en 2011 qui indiquait que des négociations devaient s’ouvrir sur la restructuration de la carrière des enseignants. Le syndicat n’accepte pas que le coût de cette restructuration et l’échéancier de sa mise en œuvre soit mis en préalable.

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Au CDFN de la FSU (29-30 mai 2012), la tendance Émancipation a proposé la motion suivante :

Depuis le 17 mai 2012, au Brésil, les fonctionnaires fédéraux de l’enseignement supérieur sont en grève à l’appel de leur syndicat national : ANDES-SN (Conlutas). Ils se mobilisent en défense de leurs conditions de travail, en défense d’un enseignement public gratuit et de qualité dans leur pays.

Le CDFN de la FSU apporte le soutien plein et entier de la fédération au combat des collègues de l’enseignement supérieur du Brésil et à leur syndicat ANDES-SN (Conlutas).

Motion adoptée à l’unanimité

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Grèves des enseignants (premier et second degré) dans les États fédérés

D’importantes mobilisations d’enseignants se mènent dans les États fédérés, lesquels financent et organisent l’enseignement primaire et secondaire. Au Brésil, le primaire et le collège sont regroupés (le secondaire correspond au seul lycée français).

Dans l’Amapá (État fédéré situé sur le littoral Atlantique, limitrophe de la Guyane française), les salariés de l’enseignement luttent pour l’augmentation de leur salaire (ils touchent 1085 reais en début de carrière, soit moins de 500 euros). Cette mobilisation importante qui concerne les écoles primaires et secondaires publiques de l’ Amapá n’a cependant pas le caractère général et national de la grève de l’enseignement supérieur.

La lutte contre le gouvernement de l’État fédéré de l’Amapá a commencé l’année dernière (cet État est dirigé par le PT ainsi que par le PSB, bien que celui-ci soit officiellement opposé à celui-là). Elle s’est poursuivie en avril 2012 avec plusieurs grèves d’avertissement. Le gouvernement a proposé une augmentation de 13%, puis de 16%. Mais les enseignants l’ont refusée, car elle ne permet pas d’atteindre le salaire minimum. Ils demandent une augmentation de 33,7%.

Le professeur Octavio, un des responsables du SINSEPEAP CSP-Conlutas explique que les enseignants ont un niveau de premier cycle, de maîtrise, voire de doctorat. Ils n’ont toujours aucune assurance sur leur plan de carrière et leur salaire. Une autre question importante est l’organisation d’un centre de soins et d’un encadrement psychologique et social afin de prendre en charge les enseignants malades, souffrant de troubles mentaux graves en raison du chaos dans lequel sont plongées les écoles publiques. (Les enseignants des écoles publiques du Brésil connaissent le film Entre les murs : les situations décrites dans ce film correspondent, disent-ils, au quotidien de ce qu’ils vivent).

C’est une assemblée de 6000 enseignants réunie dans la cour de l’école Amapaense Collège qui a décidé la grève. La grève dure depuis plus de 50 jours. Elle a débuté au mois d’avril sur les revendications suivantes :
- alignement des salaires sur le plancher du DIEESE (1) et amélioration de la grille salariale,
- concrétisation des promotions et progressions conformément au Plan de Carrière,
- gestion démocratique des écoles,
- l’amélioration des conditions de travail ;
- collation de qualité durant toute l’année scolaire,
- plan de construction et de réformes des écoles.

Des informations ont annoncé que le gouvernement aurait déclaré la grève illégale. Il semble que ces informations véhiculées par la presse au service du pouvoir soient fausses. Le 6 juin, s’est tenue une importante assemblée générale des grévistes dans le cadre de l’école d’état Gabriel de Almeida Café (CCA) pour poursuivre et renforcer et la grève.

Hélène Bertrand, le 6 juin 2012

(1) Ce plancher correspond au coût du panier de la ménagère calculé à partir du niveau de l’inflation : il permet de définir le salaire nécessaire à la survie digne d’un travailleur. Le DIEESE est une abréviation de Département Intersyndical de Statistiques et d’Études socio-économiques (Departamento Intersindical de Estatística e Estudos Socioeconômicos), une institution de recherche, d’aide et d’éducation du mouvement syndical brésilien fondée en 1955.

Sources : http://cspconlutas.org.br/ et avec la collaboration d’une enseignante brésilienne