LA MARCHANDISATION DE L’ÉCOLE

mardi 14 février 2017
par  HB
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C’est environ 1200 ateliers qui étaient proposés durant les six jours du 12e Forum social mondial (FSM) qui s’est tenu au Québec en août dernier. Parmi eux, la question de la marche à la privatisation de l’école et du savoir qui touche tous les pays.

Le FSM et ses limites

Les participants ont fait part des points négatifs qu’ils ont ressentis, notamment une assez mauvaise organisation peut être liée au manque de bénévoles. Les appels lancés aux universités ou aux CEPEG [1] ont été peu nombreux ou trop tardifs. Des conférences ont été annulées sans prévenir, voire même déplacées. Ainsi, je n’ai pu assister à une conférence avec Naomi Klein : elle a été déplacée pour la veille et il y avait peu de monde alors qu’on attendait 600 personnes.

Les problématiques ou parfois même les invités restaient très centrés sur le Nord, voire seulement sur le Québec. Il est vrai que de nombreux conférenciers n’ont pu obtenir leur visa. D’après les organisateurs près de 60% des demandes de visas ont été refusées.

La couverture médiatique est restée très faible, aussi bien avant le forum que pendant le forum ou après. La presse locale semble n’avoir retenu que les problèmes de visas et le faible nombre de participants (35 000).

Cela dit, j’ai assisté à une conférence intéressante qui abordait le thème de la privatisation et de la marchandisation de l’éducation et du savoir.

Marchandisation de l’éducation et du savoir

Si les conférenciers étaient avant tout issus des pays du Nord, nous avons eu une intervention d’une déléguée d’Ouganda et le témoignage d’une personne de l’assistance venant d’Haïti.

La conférence a débuté avec l’intervention de Nicolas Hirtt, membre fondateur de l’APED (appel pour une école démocratique) nous exposant les nouvelles visions que les gouvernements portent sur l’éducation, fortement dominées par une conception libérale. L’éducation est, en effet, devenue une marchandise aussi bien dans les pays du Nord que du Sud. Les firmes transnationales (FTN) de l’éducation, souvent des fonds de pensions nord-américains, y voient la possibilité de se faire beaucoup d’argent. (Plusieurs centaines de milliards de dollars).

Partout on note une plus grande emprise du secteur privé. Au Québec le privé regroupait 5% des élèves dans les années 50-60. Il en scolarise aujourd’hui 26% voire près de 40% dans les grandes villes comme Québec et Montréal. À Haïti 90% des élèves sont dans des écoles privées, car il n’existe souvent pas, faute de moyens, d’école publique dans certains villages. Dans les pays du Sud, ces groupes souvent plus puissants que les états siègent à des comités scolaires des ministères.

Privé ne veut pas dire qualité. En Ouganda comme à Haïti, les écoles privées ne se soucient pas de la qualité de l’enseignement ni de l’enseignant qui a souvent une médiocre formation, pire que celle des enseignants du public. Il est vrai que si ces écoles recrutaient des enseignants de qualité, il faudrait mieux les payer.

L’intervenante d’Haitï se demande si ces écoles ne cherchent pas à fabriquer des travailleurs de petits boulots pour les pays riches !

Former des salariés adaptables et flexibles

Il n’y a pas que sur le terrain que le libéralisme s’observe mais également dans la conception même de ce que devrait être l’éducation. N. Hirtt nous rappelle le rapport Thélot (2004) ou les déclarations de l’OCDE sur l’école, qui doit former des salariés adaptables et flexibles selon la demande du marché du travail. Les programmes scolaires ne parlent plus de savoirs mais de compétences. Flexibilité, compétences, les programmes scolaires utilisent le vocabulaire des milieux patronaux et répondent à leur demande. Le rapport Eurydice (2015) précise que "les employeurs sont persuadés que les compétences sont un outil d’adaptabilité". On retrouve ce discours libéral à propos de la formation tout au long de la vie.

Les conséquences de cette orientation libérale sont nombreuses : concurrence entre le secteur public et le secteur privé ; désengagement des États dans les pays du Sud (en Ouganda 6 collèges publics ont fermé) ; des inégalités qui s’accroissent ; une école vidée de ses savoirs mais aussi une nouvelle pratique pédagogique imposée qui vise non pas à mobiliser les savoirs mais à les construire.

C’est la conception même de ce que doit être l’école qui est aujourd’hui posée. Quelle école voulons-nous ? Une école qui forme des travailleurs, des consommateurs ou une école qui forme des citoyens capables de faire des choix de société, de prendre des décisions ?

Catherine Reboulet

article publié dans le n°5 (janvier 2017) de la revue L’émancipation syndicale et pédagogique
http://www.emancipation.fr/spip.php?article1491


[1Au Québec, le collège d’enseignement général et professionnel (CEPEG) est un établissement public qui fait suite à l’enseignement secondaire et offre des formations techniques et pré-universitaires. Les programmes préparant à l’enseignement supérieur durent deux ans.


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