Décret PPCR et évaluation : Quelques éléments de réponse

lundi 16 janvier 2017
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Nous publions ci-dessous, le texte que nous a adressé un militant SNES de Haute-Savoie.
Suite à un stage syndical à Grenoble sur les PPCR, et à la discussion qui s’en est suivie, il a rédigé ces "Quelques éléments de réponse" en réplique à la promotion faite du projet de décret PPCR.

Quelques éléments de réponse

Suite à la diffusion de mon compte rendu du stage syndical du jeudi 8 décembre, les réactions n’ont pas manqué. Beaucoup partagent certaines de mes remarques ou mon sentiment général, ça fait plaisir ! Il s’est dit aussi plusieurs choses auxquelles je me dois d’apporter des précisions.

Tout d’abord, il me semble que tout le monde est d’accord pour dire que ces avancées sont minimes, voire inexistantes. L’accès automatique à la Hors Classe, par exemple, n’est aucunement garanti comme l’ont relevé certains d’entre vous. La revalorisation salariale est infime, comme pratiquement tous l’ont souligné. Cette revalorisation devra être supportée par le prochain gouvernement, ce qui hypothèque encore plus sa réalité : les promesses de Hollande n’engagent que Fillon… ou un autre, mais pas lui en tout cas.

Concernant « l’accélération de carrière », elle s’apparente plutôt à un ralentissement pour ceux qui passaient au grand choix, régulièrement ou occasionnellement.

Mais là n’est pas le fond du problème. Ce qui m’a réellement inquiété lors de ce stage est l’attitude du dirigeant du S4 qui présentait tout cela comme une grande victoire syndicale. Je crains que cet enthousiasme n’ait pour but de nous faire accepter ce qui va avec la réforme des carrières, dont le volet financier n’est qu’une composante.

Ce qui va avec, c’est l’évaluation et « l’accompagnement ».

J’ai d’ailleurs posé la question sur le vote du SNES au prochain Comité Technique Ministériel où cette question sera discutée. Certains m’ont reproché d’être parti en avance, je m’en explique. J’avais 2 conseils de classe (dont le mien) à partir de 17h, et mon collège est à près de 2h de route. A 14h45, voyant que le sujet ne venait pas sur le tapis, j’ai posé la question « Que va voter le SNES à propos de l’évaluation ? » après avoir rapidement expliqué pourquoi cette réforme me semblait dangereuse. Le représentant du S4 n’a pas directement répondu mais a préféré expliquer les modalités de l’évaluation. J’ai dû le relancer 2 fois, et j’ai obtenu une réponse qui n’a fait qu’augmenter mon inquiétude. Il était 15h, je devais partir. Si j’avais pu rester pour débattre du sujet, croyez bien que je l’aurais fait ! Certains disent qu’il y a effectivement eu un débat par la suite, mais visiblement cela n’a pas sauté aux yeux de tous.

Ce que j’ai retenu, c’est la réponse du représentant national : le SNES ne votera pas ce texte « en l’état ». Pour moi cela signifie qu’il va probablement le voter après avoir obtenu quelques modifications mineures (comme il a obtenu le retrait du « bilan professionnel », qui n’est plus obligatoire mais fortement recommandé, ainsi que l’a dit la ministre). Et c’est précisément ce qui m’inquiète, car à mon avis c’est tout le système d’évaluation qui est à revoir, il ne s’agit pas de négocier quelques détails. Le risque de dérive managériale est évident, et cette évaluation ne porte que très peu sur le cœur de notre métier, à savoir être capable d’enseigner une discipline. Il y a là une redéfinition du métier d’enseignant qui n’est pas acceptable, je pense que tout le monde comprend pourquoi.

Il n’y a pas si longtemps (11 juin 2016), on pouvait d’ailleurs lire dans l’US :

« Le SNES-FSU, dans le groupe de travail qui s’ouvrira le 28 juin, sera vigilant à ce que l’évaluation ne conduise pas à la validation de compétences : en effet le référentiel de compétences de juillet 2013, conçu comme un outil d’aide à l’exercice du métier, n’est en aucun cas un outil d’évaluation. L’évaluation pédagogique, en ce qu’elle porte sur le cœur du métier, devra rester prépondérante »
(article cosigné par un certain Christophe Barbillat)

Et cette évaluation se double d’une politique "d’accompagnement" qui elle aussi peut donner lieu à tous les abus, comme le montrent ces extraits du texte qui la définit :

"L’accompagnement s’inscrit dans le cadre d’un dialogue régulier avec le chef d’établissement (...) Il peut porter (...) sur l’évolution des pratiques pédagogiques et sur l’explicitation des orientations nationales et académiques en matière d’éducation. Cet accompagnement pourra également consister en une aide (...) à l’évaluation des acquis des élèves."

"L’accompagnement peut être initié, à tout moment de la carrière, par les personnels d’inspection ou de direction ou à la demande des personnels."

"L’accompagnement est impulsé et coordonné par les personnels d’encadrement qui agissent dans leur domaine respectif mais aussi en complémentarité."

Tous ceux d’entre nous qui travaillent en collège ont déjà subi les fameuses « formations » à la réforme l’an dernier et en ont souvent retiré une impression très amère. Or cet "accompagnement" tel qu’il est défini ici correspond point par point à l’esprit de ces journées de formations. Il s’agira à l’avenir de nous transformer, à coup de réunions et de formations imposées par la hiérarchie, en de bons exécutants des dernières lubies à la mode. Les chefs d’établissement deviendraient de fait des chefs du personnel enseignant, des sortes de managers qui proposent des formations aux enseignants, pour les « professionnaliser », après les avoir reçus en entretien.

« Accompagnement » apparait donc ici comme un terme typique de la novlangue des communicants : désigner sous un mot positif une réalité qui l’est beaucoup moins. « Mise au pas » est plus approprié, mais moins vendeur…
Il s’agit là d’une grave atteinte à notre liberté pédagogique, l’une des seules choses qu’il nous reste. Pour moi, cette liberté vaut plus de 26€ par mois !
Ainsi, que ce soit pour l’évaluation ou l’accompagnement, le texte de base est tellement contraire à l’intérêt de notre profession qu’il ne faut pas le discuter, mais le rejeter.

Le SNES est le seul syndicat à pouvoir le faire. La CGT et FO se sont déjà prononcés contre, l’UNSA et le SGEN pour. Le SNES jouera le rôle d’arbitre lors de ce vote au CTM. Et on en vient à la question du positionnement de la direction du SNES, qui en a choqué certains. Dans les combats que nous avons menés récemment (réforme du collège et loi travail), nos alliés ont toujours été FO, la CGT et SUD. L’UNSA et le SGEN/CFDT ont toujours été dans l’autre camp. C’est pourquoi l’alliance récente de la direction nationale du SNES avec ces derniers sur la réforme des carrières m’interroge.

Enfin, un mot sur la question des courants à l’intérieur du SNES. Effectivement il faut savoir d’où l’on parle, c’est pourquoi il peut être bon de se méfier quand un représentant national vient faire la promotion d’un texte qu’il a voté en le présentant comme une « conquête historique ».

Oui, j’appartiens à une tendance minoritaire existant en Haute Savoie. Cependant, je n’étais pas venu au stage en tant que représentant de cette tendance, mais en tant que S1 : je voulais être capable de bien informer mes collègues de Passy. Le courant auquel j’appartiens est Pour un Syndicalisme Combatif. Nous ne sommes affiliés à aucun parti politique. Nous avons 2 élus au S2 de Haute Savoie (1 titulaire et 1 suppléant) et nous discutons et travaillons avec les élus du courant majoritaire Unité et Action. Nous avons par exemple rédigé un article en commun sur les aberrations de l’application de la réforme des collèges. Faire partie d’une tendance minoritaire ne me permet pas d’accéder à de plus hautes responsabilités dans l’appareil syndical, mais me permet, je pense, de réfléchir collectivement et de m’exprimer de manière totalement libre et indépendante.

Pour finir, je ne souhaite pas entrer dans une polémique avec mes camarades. Tout ce que je peux vous engager à faire c’est de vous faire votre propre opinion sur la question de l’évaluation et de l’accompagnement, qui reste encore à régler par un vote de la direction de notre syndicat au CTM. Pour cela, je vous joins les textes officiels qui vont être mis en discussion, même si vous avez probablement déjà dû les recevoir par votre S2 ou S3. Ça vaut le coup d’y passer un peu de temps, car les enjeux pour la profession sont énormes.

Lisez-les, discutez-en avec les collègues et faites-vous votre propre avis !

Pierre Jallot
S1 clg de Passy (74)


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