La réforme des lycées, outil essentiel de la casse du métier d’enseignant : "remise à plat" ou abrogation ?

mardi 15 mai 2012
par  HB
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Sarkozy battu, c’est dès aujourd’hui que doivent être démantelées les "réformes" réactionnaires.
On ne peut "corriger" adapter, "remettre à plat" ces "réformes". Car, dans leur totalité, comme dans tel ou tel aspect particulier, ce sont autant d’outils de casse du métier, du statut et de l’Enseignement public.
Le rapport de la mission d’accompagnement de la réforme du lycée est à ce titre éclairant.

La mission d’accompagnement de la réforme du lycée a publié son rapport en mars 2012. L’enquête réalisée à partir des 8 grands axes de la réforme des lycées auprès des chefs d’établissements, corps d’inspection, délégués lycéens met clairement en évidence les objectifs recherchés par l’ancien gouvernement et les résistances à cette « réforme ».

1- Enseignements d’exploration (économie et autres) (p.4)

La mission propose de fusionner les enseignements d’exploration d’économie SES et PFEG (« principes fondamentaux de l’économie et de la gestion »). Cet enseignement pourra être assuré aussi bien par un prof de SES que d’éco-gestion.

- C’est la casse des disciplines et la polyvalence des enseignants

La mission propose la mise en réseau des établissements pour l’offre d’exploration d’enseignements technologiques industriels.

-  De nouvelles économies de postes sont ainsi envisagées

2- Accompagnement personnalisé (p 11)

En 1ère, il doit « favoriser l’acquisition de compétences propres à chaque voie de formation ». Les Proviseurs considèrent que « l’AP a été déterminante pour conforter le rôle du Conseil pédagogique » (CP) et pour « positionner le chef d’établissement comme un interlocuteur naturel sur des questions avant tout pédagogiques ». La majeure partie des CP sont de « véritables forces de propositions ».

- Conclusion : « l’AP renouvelle profondément la définition même du métier d’enseignant »

Des résistances : l’AP démarre sans évaluation des élèves (« livret personnel de compétences du collège peu exploité ») ; démotivation des « volontaires » (temps de concertation non payé) ; profs contraints pour cause d’obligation de service (1ère) ; proviseurs et enseignants pensent que les lycéens restent très attachés au groupe classe, mais pour la mission, les lycées préfèrent changer de prof (?) L’aide au projet d’orientation (un tiers de l’horaire en seconde) est insuffisamment traitée.

« L’identité professionnelle des professeurs est construite à partir d’une excellence disciplinaire qui doit leur permettre de transmettre des connaissances aux élèves dans le cadre d’un face-à-face pédagogique avec une classe. Or en introduisant une relation interpersonnelle avec l’élève, une approche par compétences, un travail interdisciplinaire, une réflexion sur l’orientation et un éclatement du groupe classe, l’AP remet en cause profondément cette identité. »

-  Conséquences : veiller à ce que l’AP ne soit pas disciplinaire, contraindre les profs à modifier le contenu de leur métier, à se formater aux « compétences » : rendre « obligatoire une évaluation individuelle des élèves préalablement à la constitution des groupes d’AP » ; choisir « les enseignants en charge de l’AP hors de la classe » ; mutualiser « les pratiques grâce à Internet » ; amplifier « l’accompagnement des enseignants en charge de l’AP ».

3- Heures de groupes à effectifs réduits (p. 18)

Il est ouvertement indiqué que c’est un moyen de liquider les dédoublements : « Comme pour la mise en place de l’AP, la discussion sur cette répartition a conforté le rôle du conseil pédagogique et le fait que chaque discipline doive désormais justifier les raisons pour lesquelles elle demande à bénéficier de groupes à effectif réduit a souvent permis de mettre fin à des dédoublements qui, au moins pour une partie de l’année, ne se justifiaient pas. »

4- Groupes de compétences en LV (p.18)

« Le bilan fait par les proviseurs est très nuancé. (…) complexité dans la construction des emplois du temps et de l’éclatement supplémentaire du groupe classe » (…) et surtout « difficulté pour les enseignants d’appréhender précisément les spécificités de cette approche nouvelle (…) Ce constat est très largement partagé par les IA-IPR de langue vivante ».

« La situation devrait s’améliorer dans la mesure où les compétences langagières liées à l’expression et à la compréhension orales étant désormais évaluées au baccalauréat ».

-  Le nouveau bac est donc un outil de formatage aux compétences ; les IPR doivent aider à la mise en place des groupes de compétences (pas de groupes de niveaux)

5- Stages passerelles et de remise à niveau (p.20)

La mission constate la « difficulté de trouver des enseignants volontaires pour travailler durant les vacances scolaires » + la « difficulté à mobiliser les personnels techniques, ouvriers et de service (TOS) indispensables à l’ouverture du lycée durant les vacances scolaires » ; et le « recours à des enseignants contractuels » (…) « peut poser toutefois le problème de l’articulation avec les professeurs de la classe ».

-  Propositions : relancer les établissements, les mettre en réseau ; faire appel à des enseignants de l’extérieur

6- Tutorat (p. 21)

Un constat : « le tutorat reste très peu développé voire, dans certaines académies, inexistant », à cause des réticences des profs (voire des proviseurs)

-  Propositions : rappeler l’obligation ; possibilité de l’attribuer à des non enseignants et revoir les conditions d’attribution de l’IFIC (la carotte financière)

6- Mise en place de la classe de première (tronc commun, STI2D) (p.23)

Les regroupements de série ont peu été mis en place : « peu appréciés des professeurs, des élèves et de leurs parents car trop hétérogènes et beaucoup de chefs d’établissement se montrent réservés »

-  Propositions :« favoriser la réflexion des chefs d’établissement sur l’utilisation à des fins pédagogiques et non strictement budgétaires du tronc commun » ; la réforme de première doit conduire à une remise en cause de la définition du groupe classe

La mission constate nombre de difficultés dans la mise en place de la réforme de la voie techno ST2I, STL

-  Propositions : Présenter aux élèves cette dernière comme conduisant vers un DUT ou un BTS ou vers un master ou un diplôme d’ingénieur.

8- Vie lycéenne (p. 26)

L’extension des attributions du conseil des délégués pour la vie lycéenne (CVL) et la transformation des foyers socio-éducatifs (FSE) en maisons des lycéens (MDL) est très en retard (réticences des proviseurs, des enseignants). Or, « De par ses attributions nouvelles, le CVL apparaît, au côté du conseil pédagogique, comme l’autre organe consultatif sur lequel le proviseur peut s’appuyer pour la gouvernance de l’établissement, notamment et y compris en matière pédagogique. »

-  Propositions : veiller à ce que la « gouvernance des établissements » s’appuie non seulement sur le Conseil pédagogique mais aussi sur le CVL (rappel à l’ordre des proviseurs ; « attestation, observation dans le livret scolaire… permettant de reconnaître l’engagement des élèves dans les instances de vie lycéenne » : la carotte pour les élèves).

Conclusions : Selon la mission, chefs d’établissements, inspecteurs et élèves jugeraient la réforme positive. Les difficultés et la lenteur de sa mise en place sont « logiques », car ses « nouveautés » touchent à « la définition même du métier d’enseignant » (sic).

Les observations et les propositions de la mission Chatel sont claires : la « réforme » (et chacun de ses éléments) conduit à la casse du métier et à la dislocation du bac comme diplôme national (mise en cause des horaires nationaux, des épreuves nationales disciplinaires au profit de l’autonomie, de l’évaluation des compétences…). Et nombre de ces « recommandations » figurent dans la circulaire de rentrée.

Alors, après la défaite de Sarko, va-t-on garder à la rentrée 2012 l’AP, le conseil pédagogique, les compétences, etc ? Défendre la valeur nationale du bac, le métier et le statut implique non pas de demander un « moratoire », ni des modifications ou « l’abandon » de tel ou tel aspect particulier, ni une « remise à plat de la réforme », mais l’abrogation sans conditions de la réforme du lycée (et donc des lois qui donnent un cadre juridique à l’autonomie : loi Fillon de 2005, loi d’orientation de 2009…) ainsi que le rétablissement de TOUS les postes. C’est l’exigence portée par militants d’Émancipation au congrès du SNES et dans les instances syndicales.

Se réunir en AG pour élaborer les revendications à l’échelle nationales (et pas seulement locales), telles sont aussi les propositions d’Émancipation .

(HB, GD 69)

http://69.emancipation.fr/



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