Motion Émancipation : retrait du projet ministériel sur l’évaluation

mardi 11 octobre 2016
par  HB
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Ci-dessous, la motion Émancipation défendue au CDFN de la FSU (20-21 septembre 2016)

Motion Émancipation : retrait du projet ministériel sur l’évaluation

Le projet de réforme de l’évaluation des personnels est inséparable de l’ensemble des « réformes » cohérentes imposées depuis la loi de refondation de 2012 : rythmes scolaires, collège, statut des enseignant.e.s du 2nd degré.

L’actuel système de notation, s’il a des défauts du point de vue des personnels, en a encore plus du point de vue du pouvoir : l’exigence d’une note chiffrée, l’existence de grille de notation, la faible fréquence des inspections, la différenciation salariale encore relativement modeste si on la compare au privé, et pour le second degré, la séparation de la note pédagogique et de la note administrative, la faible marge du chef d’établissement dans la notation administrative, en font un outil assez peu efficace pour influer sur les pratiques des collègues, sur leur capacité à critiquer et à s’opposer à la politique du pouvoir et de l’administration.

La nouvelle méthode d’évaluation voulue par le Ministère, directement inspirée du management néolibéral mis en œuvre au sein des entreprises privées, a pour but de remédier à cela, en se dotant de moyens de pressions efficaces pour modifier les pratiques des collègues en corsetant leur liberté pédagogique, pour tenter d’imposer l’acceptation et la mise en œuvre des réformes, et étouffer toute forme de contestation :

- suppression de la notation chiffrée et de toute grille de référence

- affaiblissement de la séparation entre l’aspect pédagogique et administratif en associant les deux aspects dans la liste des compétences à valider par l’autorité administrative, et dans le second degré en associant le chef d’établissement à l’Inspecteur pour l’évaluation prévue lors des 4 rendez-vous de carrière (bilan professionnel avec auto-évaluation de l’enseignant, inspection, entretien).

- accroissement du poids de la hiérarchie administrative dans l’évaluation notamment en imposant un entretien « à intervalle régulier », qui étend à toute l’Education Nationale l’entretien professionnel annuel déjà imposé dans la Fonction Publique et contesté par les personnels.

- système d’évaluation par "compétences" : il mettrait en place 11 compétences à évaluer, dont au moins 4 ne relèvent ni de l’administratif, ni du pédagogique, mais du comportemental ou du « savoir-être », comme « coopérer au sein d’une équipe », « contribuer à l’action de la communauté éducative », « agir en éducateur responsable et selon des principes éthiques », « s’engager dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel ». Ce sont des critères visant à mieux faire appliquer la politique du pouvoir et à sanctionner les réfractaires.

- un dispositif d’accompagnement pourra être imposé par l’inspecteur, le chef d’établissement, aux personnels : même s’il est présenté comme de l’évaluation « formative », il s’agit évidemment d’un puissant instrument pour normaliser les pratiques.

Ce dispositif impliquerait une différenciation salariale fortement accrue, selon des critères subjectifs. Seuls 30% des enseignant-e-s bénéficieraient d’accélération de carrière lors des rendez-vous, tandis que les 70% autres resteraient sur le carreau. La classe exceptionnelle, dont l’accès dépendrait de l’exercice de missions particulières, est un grade fonctionnel, qui serait réservé au mieux à 10% des enseignant-e-s.

C’est pourquoi la FSU revendique le retrait pur et simple du projet ministériel de réforme de l’évaluation, décide de mettre fin aux concertations à ce sujet et propose à l’intersyndicale éducation de faire de même.
Le CDFN décide de faire connaitre largement aux personnels les textes ministériels, et appelle les personnels à se réunir en AG pour exprimer leur refus et construire la mobilisation.

Elle revendique en outre :

- le remplacement de l’évaluation par la coopération et l’entraide pour faire face collectivement aux difficultés de notre travail, dans le respect le plus strict de la liberté pédagogique
- une hausse importante des salaires pour toutes et tous, commençant par le rattrapage des sommes perdues par le blocage du point d’indices depuis des années

Motion et interventions publiées dans le n° d’octobre de la revue L’Émancipation syndicale et pédagogique

http://www.emancipation.fr/spip.php?article1417