Les salariés espagnols bloquent le gouvernement, pas la concertation des syndicats avec le gouvernement

samedi 7 avril 2012
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Grève générale en Espagne le 29 mars 2012 contre la “réforme” du travail et la politique d’austérité : quelques enseignements.

Le 29 mars 2012, la grève générale en Espagne a été suivie massivement tant dans le privé que dans le public (ainsi dans la matinée une baisse de 21% de la consommation électrique était constatée). Les salariés refusent d’être une nouvelle fois les victimes d’une crise dont ils ne sont pas responsables.

Cette journée d’action s’est déroulée comme les sept autres grèves générales depuis le retour à une “démocratie” en deux temps : dès minuit des arrêts de travail avec des piquets de grèves notamment aux entrées des marchés gares et des dépôts de bus, des ports ; puis des marches ou manifestations dans l’après-midi, après la sieste... Ceci dans le cadre du service minimum. Les actions du matin ont donné lieu à des bagarres, des charges policières qui ont conduit à l’arrestation d’au moins 58 grévistes.

Si les responsables politiques du Parti Populaire (PP) déclarent que la journée a été normale, ce soir le journal El País parle de 170 000 personnes à Madrid et presque 300.000 à Barcelone dans l’après-midi... et beaucoup d’autres manifestations dans le pays.

Cette mobilisation importante des salariés contre la précarité (25% de chômeurs sur le territoire, 35% en Andalousie) doit être remise dans son contexte.

Elle arrive tard pour deux raisons :

En septembre 2010, le gouvernement Zapatero avait fait voter une loi pour faciliter le licenciement (le "despido objetivo") soulevant une protestation des syndicats (UGT et CC.OO.), sans plus... malgré la mobilisation des salariés.

Le 19 février, il y a donc plus d’un mois, le PP, fort de sa victoire électorale avait tout naturellement souhaité aller encore plus loin et avait décidé de rendre encore "moins cher" le licenciement selon les vœux de la CEOE, l’équivalent du MEDEF, en donnant le droit aux entreprises de baisser unilatéralement les salaires et en refusant les revendications des deux syndicats majoritaires. Le PSOE a réagi fermement en indiquant qu’il comprenait les revendications des syndicats et en annonçant qu’ils allaient saisir le Tribunal Constitutionnel (contre des mesures qu’ils ont mises en place...) mais que ses élus allaient siéger normalement dans leurs chambres nationales ou autonomiques... bonne sieste.

Il est ainsi possible de licencier un salarié (qu’importe son ancienneté) pour prendre un étudiant en bénéficiant de subventions...publiques.

Le gouvernement Rajoy va, par ailleurs, décider de baisser, en moyenne, les crédits des ministères de 15% ; c’est à dire le gel des salaires des fonctionnaires dans un premier temps. Et il vient de faire voter l’obligation aux régions autonomes d’arriver à un déficit de 2% sous peine de sanctions.

Nous tenons à rappeler que cette grève s’est déroulée sous la loi du service minimum, et les tensions ont été parfois violentes entre salariés eux-mêmes ou entre salariés et usagers... C’est un exemple à méditer. Déjà hier, des centaines de plaintes pour entrave au droit de grève ont été déposées par exemple à Barcelona ! Les patrons ne se sont pas gênés pour tenter d’influencer le choix de leurs employés dans un pays à 5,3 millions de chômeurs.

Le service minimum est une atteinte au droit de grève.

Dans le même temps le PP a perdu numériquement les élections en Andalousie (à "gauche " depuis 30 ans) alors que tous pensaient à une première victoire de la droite : le PP a 50 sièges sur 109 ; le PSOE 47 sièges (il perd 9 sièges par rapport à 2008 et 700 ?000 voix), Izquierda Unida (IU) double ses voix (437 ?445 voix) et passe de 6 à 12 députés. Tout dépend d’un accord entre IU et le PSOE qui ont à eux deux la majorité. Or à défaut d’un tel accord, en Estrémadure, où PSOE et IU avaient, avant les élections nationales, obtenu aussi la majorité, cela avait permis au PP de prendre cette région.

À l’heure actuelle, douze régions sur dix-sept sont aux mains de la droite, du jamais vu...

Le gouvernement tente de minorer la portée de la grève. Il y arrivera si les syndicats UGT et CC.OO. se contentent d’avoir réussi un jour de grève générale et s’ils refusent les mots d’ordre des manifestants : “Non à la réforme du travail !” “Grève générale illimitée”. Or, ils réclament la “concertation” avec le gouvernement Rajoy pour obtenir “la modification de la réforme”. Tels sont les propos d’Ignacio Fernandez Toxo, secrétaire des CC.OO, et président de la CES (Confédération européenne des syndicats) :“La grève est une grande occasion pour changer de cap et ouvrir une phase de dialogue. Nous sommes ouverts à la négociation , nous avons des propositions et des alternatives”.

En Espagne, comme en France, la détermination de travailleurs et de la jeunesse se heurte au “dialogue social”. C’est pourquoi, il faut combattre pour l’unité sur les revendications et pour la rupture avec le “dialogue social”.

Jorge Casas


Dès le 30 mars le gouvernement a répondu par un plan d’austérité de 27,3 milliards d’euros
- baisse des moyens des ministères de 16% en moyenne (développement : -34%, extérieur et coopération : -54%, industrie : -32%, etc)
- gel des salaires dans la fonction publique
- plus 7% du prix de l’électricité dès le 8 avril
- obligation aux régions d’arriver à l’équilibre sous peine de sanctions.

Dans l’éducation, des suppressions massives :
- 620 millions (mais 90% des investissements sont faits par les régions)
- arrêt de la construction d’établissements pour accueillir les moins de trois ans

- 160 millions pour les boursiers ; baisse de l’aide aux familles nombreuses
- suppression de 10 programmes de coopérations avec les régions et des Campus d’Excellence Internationale ; - 26 millions pour Erasmus
- 76% pour l’aide à l’achat des manuels scolaires
- suppression des plans d’achats d’ordinateurs portables pour les élèves et de l’équipement des salles

Le gouvernement espère une aide financière de l’Europe pour combler les trous...

En attendant :
- amnistie fiscale pour ceux qui régulariseront leur argent noir placé à l’étranger.
- baisse de 33% des subventions aux syndicats et maintien de celles versées à l’Église !


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