RETRAIT PUR ET SIMPLE DU PROJET D’ÉVALUATION DES ENSEIGNANTS

jeudi 8 septembre 2016
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Durant l’été le gouvernement a avancé sur son projet concernant la nouvelle évaluation des enseignants. L’objectif premier est de contraindre les enseignants à mettre en place jusqu’au bout la "refondation de l’école", à commencer par la réforme du collège.

Cette nouvelle évaluation est également indissociable de la réforme du lycée annoncée par Hollande et qui doit se situer dans la "continuité du socle" (cf. la loi Peillon) avec la casse du bac qui "coûte trop cher" et qui se passerait pour l’essentiel en contrôle continu.

Les "documents de travail" du gouvernement remis aux directions syndicales en juin-juillet montrent clairement que sous couvert de rompre avec la procédure de notation (qualifiée de logique bureaucratique), il s’agit d’introduire dans l’Enseignement public les méthodes de "management" des entreprises privées. [1] Le poids du chef d’établissement sera démultiplié et la liberté pédagogique totalement remise en cause.

Une nouvelle et importante atteinte au statut se prépare. Les textes modifiant les statuts de 1972 (professeurs du second degré) et de 1990 (professeur des écoles) seraient publiés d’ici fin 2016.

ÉVALUATION PAR COMPÉTENCES ET AUTO-ÉVALUATION

Les enseignants seraient évalués sur 9 compétences. Une seule fait référence à la "maîtrise des savoirs disciplinaires et leur didactique" ; les autres sont liées aux objectifs de la loi de "refondation", notamment : prendre en compte "la diversité des élèves", favoriser "l’apprentissage et la socialisation des élèves", "coopérer au sein d’une équipe", "contribuer à l’action de la communauté éducative", "agir en éducateur responsable et selon des principes éthiques", "s’engager dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel".
 [2]

Dans le second degré, certains critères seraient évalués par l’inspecteur, d’autres par le chef d’établissement, d’autres encore par un tandem inspecteur-chef d’établissement…

De plus, l’enseignant devra s’auto évaluer en rédigeant son bilan professionnel dans lequel il devra notamment donner en 40 lignes l’"appréciation des compétences mise en œuvre dans son parcours professionnel". Ce "bilan professionnel" sera mis à jour tout au long de la carrière. Il contraindra les personnels à intérioriser les attentes de l’institution et à les appliquer dans leurs pratiques, bref à se soumettre aux contre-réformes (ce que le management privé nomme "favoriser l’adhésion des salariés aux défis de l’entreprise").

Le principe de l’auto-évaluation, par le biais de la présentation par l’enseignant de son "bilan professionnel" (et de sa mise à jour tout au long de sa carrière) contraindrait le personnel à intérioriser les attentes de l’institution et à les appliquer dans leurs pratiques, bref à la soumission aux contre réformes (ce que la management privé nomme "favorise l’adhésion des salariés aux défis de l’entreprise").

ENTRETIENS ET MISE SOUS TUTELLE VIA L’ACCOMPAGNEMENT

En plus des quatre rendez-vous de carrière (où interviendront l’inspecteur et le chef d’établissement pour évaluer les 9 compétences), l’enseignant devrait se soumettre à "un entretien conduit à intervalle régulier" (mené par le chef d’établissement dans le 2nd degré).

Et, les enseignants (ou les équipes) pourrait pourraient se voir imposer un "accompagnement", "initié, à tout moment de la carrière, par les personnels d’inspection et de direction" (voire par le conseil pédagogique pour les équipes). L’organisation pédagogique des enseignements, le travail des enseignants serait sous la tutelle des chefs d’établissement.

Quels bons moyens pour faire rentrer dans les rangs les récalcitrants à la "refondation" !

DIVISER ET METTRE EN CONCURRENCE LES PERSONNELS

Avec l’autonomie, la concurrence entre les établissements va s’amplifier. Et, le projet d’évaluation des enseignants du gouvernement s’articule au décret de 2014 sur les obligations de services qui redéfinit le métier des professeurs du second degré en de multiples "missions" (un décret du même type est prévu pour les PE du 1er degré). C’est la totalité du travail des enseignants qui passera sous le strict contrôle du chef d’établissement afin d’imposer la "pédagogie" officielle de la "refondation".

La hiérarchisation et la mise en concurrence des enseignants viendront en appui. Des "tuteurs repérés conjointement par l’inspecteur et par le chef d’établissement", investis de "missions particulières" et chargés de "l’accompagnement" deviendront de véritables chefs d’équipes !
L’accès au 3e garde dépendra pour l’essentiel du poste occupé. Le mérite déterminera de fait le déroulement de carrière créant l’individualisation et la division entre les personnels.

C’est le retour du décret Chatel dont la mobilisation avait imposé l’abrogation en 2011.

Pour avancer, le gouvernement n’a pas besoin de la signature des syndicats (il n’y aura rien à signer). Mais face à l’opposition des personnels, il compte sur la participation des directions syndicales aux discussions sur ces projets ce qui conduit à les légitimer. Après les "négociations" de juin-juillet, trois autres rendez-vous sont prévus (le 14/09 sur l’évaluation, le 15 sur le bilan professionnel, le 16 sur la classe exceptionnelle). Le gouvernement aura ensuite toute latitude pour publier les décrets et arrêtés qu’il a décidé de prendre.

Le rôle du syndicat est de défendre les acquis statutaires.

Alors, peut-on alors accepter qu’ils discutent des plans de casse des statuts du gouvernement ?

Multiplions les demandes adressées aux directions syndicales afin qu’elles exigent le retrait pur et simple du projet du gouvernement, qu’elles rompent les négociations, informent précisément les collègues en publiant la totalité des documents gouvernementaux. Sur ces bases, qu’elles réalisent l’unité pour appeler à la mobilisation et imposer le retrait total de ces projets.

Une telle décision porterait un coup aux projets du ministère et ouvrirait la voie à la mobilisation contre la réforme du collège et toute la politique scolaire du gouvernement.

MOTION du COLLÈGE MALRAUX de MARSEILLE

Le 27 juin, les collègues du collège Malraux de Marseille ont adopté et adressé aux dirigeants des syndicats une motion. Dans ce texte, « Ils considèrent surtout que le projet de réforme de l’évaluation des enseignants constitue une nouvelle attaque contre le statut ». Et ils concluent :

« Les enseignants du collège André Malraux soussignés rejettent l’évaluation pédagogique par les chefs d’établissements, ils rejettent une évaluation basée sur le référentiel des « compétences professionnelles » et la mise en œuvre des réformes. Ils considèrent que ces orientations sont inacceptables, que ce projet ne peut constituer une base de discussion, qu’il doit être retiré.

Ils demandent aux organisations syndicales (SNES, SNEP, FO, CGT, Sud, SIAES...) de réaliser l’unité sur ces revendications contre ce projet régressif, et de ne pas participer aux groupes de travail lancés par le gouvernement à partir du 28 juin et tout au long du mois de juillet (pendant les vacances !), à commencer par celui sur l’évaluation des enseignants ».

Cette motion qui analyse de manière très pertinente l’offensive gouvernementale peut être consultée sur notre site :http://69.emancipation.fr/spip.php?article325


[1Voir les fiches ministérielles sur le site http://69.emancipation.fr/spip.php?article336/ et l’article Le mirage de la revalorisation http://69.emancipation.fr/spip.php?article335

[2cf. L’arrêté du 1er juillet 2013 relatif au référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation (sur la même page du site http://69.emancipation.fr/)


Documents joints

Retrait pur et simple du projet d'évaluation (...)
Retrait pur et simple du projet d'évaluation (...)

Brèves

16 janvier - Éducation prioritaire et "loi de refondation"

Alors que des lycées classés en "éducation prioritaire" (EP) se mobilisent contre la suppression (...)

28 novembre 2016 - Motion Cdfn-FSU : Retrait du projet ministériel sur l’évaluation des personnels enseignants

La version finale du projet de décret de réforme de l’évaluation des personnels enseignants sera (...)