1er juillet 1766

lundi 1er août 2016
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Qui se souvient du chevalier de La Barre ?

Le 1er juillet 1766, il y a 250 ans, Jean-François de La Barre né en 1747 à Férolles-en-Brie fut décapité puis brûlé après avoir été humilié, atrocement torturé pour avoir osé penser librement.

Le 9 août 1765, le crucifix de bois qui ornait le Pont-Neuf d’Abbeville avait été tailladé. Les soupçons se portent sur quelques membres de la jeunesse aisée de la ville connus pour leurs frasques et leurs provocations. Parmi ceux-ci le chevalier de La Barre, jeune noble orphelin et d’autres fils de bonne famille peu respectueux de la religion.

Mgr de la Motte, évêque d’Amiens lançait un monitoire : tous les dimanches, les curés haranguent les fidèles afin qu’ils viennent déposer des faits sous peine d’excommunication. Les "témoignages" portent souvent sur d’autres faits. Aucun "témoin" n’a vu le crucifix être tailladé, mais certains se souviennent que de jeunes fêtards n’avaient pas salué la procession religieuse de la Fête-Dieu. Les notables abbevillois s’empressent de mettre leurs fils à l’abri ; de La Barre se croyant protégé s’interdit de fuir.

Les trois principaux "attendus" du jugement le condamnant disaient que de La Barre avait été "atteint et convaincu d’avoir passé à vingt-cinq pas d’une procession sans ôter son chapeau qu’il avait sur sa tête, sans se mettre à genoux, d’avoir chanté une chanson impie, d’avoir rendu le respect à des livres infâmes au nombre desquels se trouvait le dictionnaire philosophique du sieur Voltaire".

La Barre fit appel du jugement du tribunal d’Abbeville qui le condamnait à avoir la langue tranchée, à être décapité et brûlé pour "impiété, blasphèmes, sacrilèges exécrables et abominables". Le Parlement de Paris confirma le jugement et Louis XV refusa d’user de son droit de grâce.

De son exil, Voltaire dénonça le motif douteux de l’arrestation, le procès suspect de partialité et l’exécution particulièrement atroce. La découverte lors d’une perquisition dans chambre de Jean-François de La Barre de trois livres interdits dont le Dictionnaire Philosophique de Voltaire, fit de ce jeune le coupable idéal.
Le Dictionnaire philosophique de Voltaire fut attaché au corps du supplicié afin d’être brûlé sur la place publique.

Le contexte mérite d’être rappelé : la monarchie absolue était de plus en plus contestée. L’Église catholique était parvenue à faire interdire en 1751 la publication de l’Encyclopédie dirigée par Diderot et d’Alembert.
Voltaire tenta de faire réhabiliter de La Barre sans y parvenir. Sa réhabilitation fut prononcée par la Convention le 15 novembre 1793 (25 brumaire an II).

Actualité du combat pour la laïcité

Le chevalier De La Barre fut la dernière personne exécutée en France pour blasphème. Cette affaire, symbole de l’obscurantisme religieux, de l’intolérance de l’Église, illustre aussi l’arbitraire de la justice et la collusion entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. C’est et un des premiers combats pour la laïcité en France.

En effet, le fait que l’État ne reconnaisse aucun culte est la garantie pour chacun de croire ou de ne pas croire en toute liberté sans être inquiété, à l’abri des débats politiciens. C’est aussi la garantie de l’indépendance de l’État de toute influence religieuse et des églises dans ses décisions politiques et dans les lois.

Le 7 juillet 1907 était inauguré à Abbeville par 15 000 manifestants le monument La Barre (cf. la photo). Il avait été a été financé par une souscription volontaire de 100 000 billets de tombola à 25 centimes.

L’inscription gravée sur la colonne est la suivante : "Monument élevé par le Prolétariat à l’Émancipation intégrale de la Pensée humaine".

Sous la plaque de bronze représentant les tortures infligées au chevalier on peut lire "En commémoration du Martyre du Chevalier de La Barre supplicié à Abbeville le 1er Juillet 1766 à l’âge de 19 ans pour avoir omis de saluer une procession".

Alors qu’aujourd’hui la laïcité, c’est à dire la séparation de l’Église (de toutes les institutions religieuses) et de l’État est en permanence bafouée par les forces religieuses, par la classe dominante et par les représentants de l’État, il appartient au "Prolétariat" - à l’ensemble du mouvement ouvrier, aux travailleurs organisés – d’intégrer, dans son combat pour "l’émancipation intégrale" la défense de la laïcité.