La laïcité à l’épreuve des adjectifs

mercredi 20 juillet 2016
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Le Xe congrès national du SNUipp s’est tenu du 6 au 10 juin à Rodez.

Le passage sur la "laïcité" du texte préparatoire à ce congrès du SNUipp comportait bien des ambigüités. Et ce, au moment où se multiplient les initiatives pour redéfinir la laïcité et mettre en cause, ce faisant, la séparation de l’Église et de l’État. En effet, la loi de 1905 parle de "liberté de culte" (liberté collective de pratiquer une religion), l’État (et donc l’école publique) restant indifférent aux religions. Jean-Michel Sahut et Francis Vanhée* (GD Émancipation 76) ont envoyé deux contributions préparatoires au congrès rappelant quelques points fondamentaux.

La laïcité à l’épreuve des adjectifs

Jean-Michel Sahut (Seine-Maritime)
jmf.sahut@wanadoo.fr

Dans le texte II- 3.3 il est affirmé sans ambages : « Nous faisons le choix d’une laïcité ouverte, refusant la tentation du bouc émissaire »… prêtant perfidement aux partisans de la laïcité « tout court » une suspicion de racisme.

Pourtant la formule « laïcité ouverte » n’est pas innocente. Elle envisage la laïcité non pas comme l’affirmation de l’indifférence de l’État à l’égard des religions (ce qui garantit leur indépendance) mais comme l’espace institutionnel du dialogue interreligieux. Faudra-t-il que les enseignants en viennent à adapter les programmes à la diversité de leurs publics pour ne pas heurter leurs convictions religieuses supposées ? Faudra-t-il aménager certains enseignements pour ne pas risquer les foudres de fidéistes variés ? La campagne menée contre les ABC de l’égalité est à cet égard un fâcheux précédent.

Ainsi il faudrait, par une laïcité reconnaissant les spécificités confessionnelles des élèves, promouvoir non pas une fraternité égalitaire mais une cohabitation pacifique par l’essentialisation des appartenances communautaires. Une sorte de baume sur les effets des inégalités sociales dont ils sont victimes et contre lesquelles l’École publique admettrait son impuissance. Ce serait l’abandon de son ambition par le constat de son incapacité à rassembler tous les enfants dans une perspective culturelle commune. Ce serait pain béni pour l’enseignement confessionnel qui, par la grâce de la loi Debré de 1959, tient déjà sous son contrôle près de 20 % de la jeunesse. L’Église catholique a su en tirer profit lors de la croisade contre le « Mariage pour tous » !

Le SNUipp entend-il participer à la bataille des adjectifs qui conduit à relativiser culturellement la loi de 1905 de Séparation des Églises et de l’État ? C’est la méthode le plus souvent utilisée pour dénaturer la laïcité. Ces dernières années on a vu se décliner cet exercice dans le seul but de saper la dimension universelle du principe politique de laïcité : « apaisée » pour la présenter « agressive », « plurielle » pour la dénoncer « totalitaire », « positive » pour la déclarer « négative », « inclusive » pour la soupçonner « exclusive »… « ouverte » pour la montrer « fermée ».

Engager le syndicat sur cette voie se serait renier toute l’œuvre de ces cohortes d’institutrices et d’instituteurs syndicalistes et infatigables militants de la laïcité dont le SNUipp se veut l’héritier.

  • À lire aussi, l’article de Jean-Michel Sahut et Francis Vanhée paru dans le n°7 (avril 2016) de la revue L’émancipation syndicale et pédagogique

Dans les courants d’air de la “laïcité ouverte”

http://www.emancipation.fr/spip.php?article1317
http://69.emancipation.fr/ecrire/?exec=article&id_article=330