Abrogation de la réforme du collège dans toutes ses dimensions

mardi 26 avril 2016
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Éric Aba, intervention au congrès national du SNES, Grenoble


Depuis plusieurs semaines, dans les établissements, les collègues constatent que la réforme du collège va plus loin que la déjà catastrophique nouvelle grille horaire ou encore de l’introduction des enseignements dits complémentaires, à savoir l’AP (aide personnalisée) et les EPI (enseignements pratiques disciplinaires).

Chacun voit bien que le gouvernement se sent cette fois-ci suffisamment outillé pour s’attaquer frontalement à ce à quoi l’ensemble des gouvernements ont tenté de s’attaquer depuis des décennies, en particulier pour aller vers l’école du socle.

Quel que soit l’endroit où l’on se place, il y a un affaiblissement des enseignements disciplinaires. À la diminution horaire correspondent les nouveaux programmes ; aux nouveaux programmes « curriculaires » correspondent de nouvelles modalités d’évaluation, via notamment le livret scolaire unique numérique (LSUN) ou le nouveau brevet.

Cet affaiblissement des enseignements disciplinaires est rendu possible par la redéfinition du service des enseignants en « missions » autres que l’enseignement, c’est la traduction en terme de contenus.

On ne peut que le constater : il est désormais possible de convoquer les enseignants, et cela commence avec les formations, en dehors des heures de cours.
On peut tout dire, mais la vérité est que le décret de 2007 sur la formation professionnelle tout au long de la vie, peut désormais s’appliquer aux enseignants en raison de la mise en place du décret 2014, qui dérégule le temps de service des professeurs, fait qu’il extensible.

Dans ces formations, les collègues découvrent la nature des nouveaux programmes. Ils sont définis par cycle et non plus en année ; ils sont reliés aux domaines du socle commun et aux compétences, ils ne sont plus disciplinaires ; ils sont vagues, contiennent peu d’indications sur le niveau d’approfondissement, ils ouvrent la voie à des adaptations locales et donc à l’explosion des inégalités. Ce que le document du SNES sur les programmes reconnaît à demi-mot, souvent sous forme de questions posées…

Dans ces formations, on explique aux collègues qu’il y aura de nouvelles modalités d’évaluation. Il est vrai effectivement que l’évaluation de fin de cycle aura une influence (comme en Belgique, en Suisse Romande, au Québec...) sur le contenu même des cours, pour imposer l’enseignement par compétences.

Le ministère explique qu’il y a « obligation d’avoir un positionnement collégial de l’équipe pédagogique sur l’élève, sur des niveaux de maîtrise de chaque domaine du socle ».

Se dessine ainsi assez nettement un ensemble cohérent d’attaques qui visent à effacer progressivement les références aux disciplines (dans le sens de la polyvalence), les références au 1er degré et au 2nd degré (dans le sens de l’école du socle).

Il s’agit bien évidemment d’une menace pour les élèves : quel type d’enseignement restera-t-il dans la masse des établissements ?
Il s’agit bien sûr d’une menace pour les conditions de travail, le statut des enseignants. D’ores et déjà, il est question de poursuivre cette logique au lycée ; un rapport de l’inspection générale pose comme une évolution logique le fait d’aller vers des établissements publics du socle commun (EPSC), où temps de travail et statut des personnel serait immédiatement à discuter.

Notre congrès doit dire qu’il y a une cohérence globale dans toutes ces attaque : c’est la loi de refondation de l’école, une loi de territorialisation et de dérégulation.
Le SNES doit dire que la refondation doit être stoppée, le SNES doit rejeter en même temps que la réforme du collège, les nouveaux programmes, le LSUN, les instances locales et les nouveaux décrets statutaires. Il doit exiger l’abrogation de tous ces textes.