Congrès SNES de Lyon 8 et 9 mars 2016 - Intervention générale d’Émancipation

jeudi 10 mars 2016
par  HB
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Notre congrès se tient alors que le surgissement de la mobilisation contre la loi El Khomri cristallise les aspirations à combattre l’ensemble de la politique de ce gouvernement.

- Depuis trois ans et demi, le gouvernement mène l’offensive contre les droits sociaux et contre l’école publique.

On ne va pas ici en faire le catalogue : mais on peut rappeler rapidement :
- la loi Peillon de « refondation » et la réforme du collège qui en est issue : une réforme qui en réalité touche l’ensemble de la scolarité,
- la poursuite de la LRU de Pécresse par la loi Fioraso et la casse de l’université,
- les attaques contre les statuts avec le décret de 2014 qui abroge les décrets de 1950, redéfinit notre métier en « missions », met les enseignants sous la coupe de la hiérarchie, avec à la clef l’alourdissement de la charge de travail, du temps de travail, la multiplication des tâches ; bref la casse du métier d’enseignant…
- les PPCR : soit l’individualisation des carrières, l’avancement à l’ancienneté pour tous (la suppression des réductions d’ancienneté, de l’avancement au choix et grand choix est programmée…), etc.
- le développement de la précarité pour la jeunesse et au-delà pour l’ensemble des salariés, avec la loi Rebsamen qui autorise un patron d’utiliser trois fois de suite un CDD, et aujourd’hui avec la liquidation même des garanties du CDI et du Code du Travail.

Cette offensive a été facilitée car le gouvernement a proposé systématiquement le « dialogue social » pour cadenasser ou limiter les mobilisations.

Voir l’excellente vidéo des youtuber : « On vaut mieux que ça » contre le projet de loi de « réforme du Code du travail ». (Sur une image on voit défiler les responsables syndicaux dont Bernadette Groison… en direction du ministère…)
Ce « dialogue social » multiforme débouche parfois sur une signature (comme pour les PPCR) ou un vote (comme le vote de la loi Fillon par Front de Gauche, et EE LV) ou une abstention (celle du SNES au Conseil supérieur de l’Education pour la même loi Peillon) ou sur une non signature ou un vote contre (comme pour la réforme du collège)…

Mais le simple fait de « dialoguer » sur les projets du gouvernement facilite l’offensive générale. Elle légitime les projets du gouvernement, lui permet d’avancer

- Tout cela a culminé avec l’état d’urgence et le projet de constitutionnalisation. Et sur cette question aussi, le « dialogue social » s’est poursuivi avec les directions syndicales dans le cadre du « comité de suivi » de l’état d’urgence.
Deux mois durant lesquels, les luttes ont été entravées, même s’il y a eu quelque mobilisations en défense des droits des réfugiés et sans papiers, pour exiger la levée de l’état d’urgence, ou contre la répression des salariés de Goodyear…

- Et s’appuyant sur l’état d’urgence, le gouvernement engage aujourd’hui une offensive d’une nouvelle ampleur.

Et cette offensive a elle même été préparée par de nombreuses et longues discussions avec les directions syndicales.

Myriam El Khomri, a dit à la sortie d’un conseil des ministres : « Contre le chômage, il faut frapper vite et fort, même en bousculant ».

La réalité, c’est que ce n’est pas le chômage que ce gouvernement veut « frapper vite et fort », mais c’est le Code du travail et l’ensemble des acquis fondamentaux arrachés de haute lutte et inscrits dans la loi, dans les conventions collectives et dans le statut des fonctionnaires (et les statuts particuliers).

L’objectif est de détruire les droits collectifs qui unifient les salariés face à l’employeur au profit de “droits individuels”.

En quoi sommes-nous concernés ?

N’y a-t-il pas une relation claire entre le “parcours individuel de l’élève”, le LSUN, et le nouveau Livret scolaire du lycée, l’individualisation des diplômes et l’individualisation des droits des salariés que prévoit le projet de loi El Khomri ?

Ce projet de loi est très cohérent. Pour l’instant la presse parle peu d’un des éléments important de cette loi, le Compte personnel d’activité. Pour Bruno Leroux, c’est “une avancée révolutionnaire pour les salariés”, pour Hollande, c’est la “grande réforme du quinquennat”. Depuis 1995, ce projet est dans les rapports qui répondent aux demandes du patronat.

Et, peu à peu, se mettent en place des éléments de continuité entre les livrets individualisés de l’élève dans lesquels seront répertoriées ses compétences, y compris comportementales et les comptes des salariés (compte formation, compte épargne temps…) qui seront rassemblés dans le CPA, lequel regroupera de multiples fichiers. Cette individualisation des droits est totalement contraire aux droits collectifs. Et ce CPA serait imposé par ordonnances à tous les fonctionnaires après de nouvelles “concertations” avec les syndicats.

Chacun a en mémoire le CPE de Villepin. Or, le CPA, c’est le CPE pour tous.

Pourtant, aujourd’hui, se combinant avec la crise du PS, l’initiative de la pétition prise par les syndicalistes (syndicats de travailleurs, d’étudiants), qui a recueilli à ce jour plus 1 million de signataires, puis celle des organisations de jeunesse (en particulier la prise de position de l’UNEF le 19 février qui affirme : "L’UNEF exige donc le retrait du projet de loi El Khomri. C’est un préalable avant toute discussion sur les véritables attentes des jeunes”) sont en train d’unifier les principaux syndicats de travailleurs et de l’enseignement sur l’exigence du RETRAIT du projet de loi El Khomri.

- Tout n’est pas si simple : certaines organisations sont prêtes à discuter.

Le gouvernement a reculé au 24 mars la présentation en conseil des ministres… Il cherche à manœuvrer. Valls reçois les « partenaires sociaux » (entendez les directions syndicales CGT, FO, CFDT). Hier la CFTC, FO, la CGT, la CFDT puis la CGPME.
Aujourd’hui, le Medef et la CGC ; l’Unsa et l’UPA mercredi,
La CGT, FO, la FSU et Solidaires soutiennent l’appel à manifester demain, puis à la grève le 31/03.

CFDT, CFTC, CGC, Unsa appellent à des « rassemblements locaux » le 12 mars pour « faire pression » avant les arbitrages.

On risque d’avoir des mobilisations « saute mouton ».

Certains disent : on ne veut pas discuter, on veut le retrait pur et simple.
D’autres affirment : on veut discuter d’un autre projet.

Aller discuter sans avoir imposé le retrait du projet El Khomri, sans avoir infligé une défaite au gouvernement ne peut que le légitimer.

Le gouvernement veut « frapper vite et fort ».

Contre le projet El Khomri, pour imposer son retrait, il faut « frapper vite et fort » en maintenant l’unité sur une revendication simple : le retrait inconditionnel du projet de loi El Khomri.

Si on inflige aujourd’hui, une défaite à ce gouvernement, ce sera un point d’appui colossal pour en finir avec la réforme du collège et au-delà la “refondation” Peillon


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