EMC, parcours citoyen, livret citoyen et SCU : ordre moral et précarisation de la jeunesse

samedi 23 avril 2016
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Intervention de Jorge Casas au congrès national du SNES, à Grenoble.


L’offensive contre l’école avec la loi Peillon de “refondation” se traduit par la “réforme du collège” et de toute la scolarité. Nous connaissons tous les oppositions de nos collègues sur le terrain.

Cette offensive s’articule par l’attaque contre le Code du travail, les statuts et l’ensemble des droits collectifs. L’Éducation morale et civique et le parcours citoyen jusqu’à 25 ans avec obligation de valider plusieurs “engagements” est une pièce maîtresse/importante de la “refondation” en vue de livrer au patronat une main d’œuvre docile/servile et précarisée.

Le parcours individualisé de l’élève et les évaluations par compétences seront répertoriées dans le livret scolaire unique numérisé (LSUN), lequel intègrera la “mention et l’appréciation des projets mis en œuvre” “dans le cadre du parcours citoyen et du parcours Avenir”. Cette évaluation par compétences se poursuivra au lycée avec le nouveau Livret Scolaire du Lycée lequel mentionnera “l’engagement et les responsabilités de l’élève au sein de l’établissement”. Qui en avait voulu ici !

Peillon a indiqué que l’EMC, ce formatage moral à l’école est “tout aussi important que la maîtrise des connaissances disciplinaires”. Les “éducations à…” inscrites dans les nouveaux programmes participent du même processus de normalisation de la jeunesse et de marginalisation d’un enseignement disciplinaire fondé sur des connaissances et une formation à l’argumentation et à la réflexion critique. S’agit-il d’une morale laïque, religieuse ; je vous laisse la liberté de l’interpréter.

Cela va être complété par nombre d’actions “qui relèvent de réformes et de dispositions non législatives”. Le “livret citoyen” que recevra le jeune à 16 ans “retracera l’histoire de tous ses engagements”, lesquels seront répertoriés jusqu’à l’âge de 25 ans ! Tout cela préparera le jeune à la Journée de défense et de citoyenneté (dont Hollande a annoncé une prolongation sur plusieurs jours) et au Service civique universel “généralisé” d’ici 2020. Tout “diplômé du Supérieur”, devrait aussi réaliser “un certain nombre d’heures d’engagement citoyen”. Les ministères, collectivités et administrations, les hôpitaux, maisons de retraites, d’handicapés… devraient obligatoirement accueillir les jeunes en SCU pour un travail gratuit, car c’est bien de cela qu’il s’agit !

Tout cela sera consigné dans le livret citoyen qualifié de “carnet d’engagement”. Le SCU sera demandé pour entrer dans les écoles de la Fonction publique, et les entreprises encouragées à le financer et à étudier plus favorablement les demandes d’embauche des jeunes munis d’un SCU.

C’est donc un véritable livret de conduite qui doit se mettre en place et accompagner chaque jeune : ce formatage à la discipline et au patriotisme vise à contraindre la jeunesse à s’habituer au travail gratuit et à la précarité de l’emploi. Ce dispositif s’articulera au compte engagement citoyen annoncé dans le projet El Khomri, lequel s’intègrera avec le compte personnel de formation et le compte de prévention de la pénibilité au CPA.

Quant aux enseignants, dans tous les cours, ils devront, dès la rentrée, développer chez l’élève son “sens moral”, lui faire “partager les valeurs de la République”. Selon les programmes de l’EMC, ils ont obligation de “promouvoir ces valeurs dans tous les enseignements et dans toutes les dimensions de la vie scolaire” et de ne manifester “aucune réticence, voire une abstention dans l’affiliation de valeurs transmises”.

Cette “obligation de neutralité” met non seulement en cause l’indépendance pédagogique des enseignants, mais introduit une véritable obligation de réserve.

Le congrès du SNES doit se prononcer contre l’enseignement de l’EMC, contre le parcours et le livret citoyen, contre le SCU : il demande l’abrogation de tous les textes qui mettent en place ces dispositifs et par là doit défendre les revendications des personnels, refuser de cautionner un gouvernement qui n’a de gauche que le nom !

Que dirons-nous demain dans les rues de Grenoble aux jeunes qui comme en 86 (certains parmi nous s’en rappellent, j’espère), comme en 2006, savent que la précarité est là ?
Je vous demande de bien lire cet amendement 4, merci pour eux.

• Amendement Émancipation sur l’enseignement moral et civique (EMC)

L’EMC vise à imposer le formatage moral à l’école, et au delà. Il s’articule avec le "parcours citoyen", les "éducations à" inscrites dans les nouveaux programmes participent du même objectif de normalisation. Le “livret citoyen” que recevra le jeune à 16 ans “retracera l’histoire de tous ses engagements”, lesquels seront répertoriés jusqu’à l’âge de 25 ans ! Tout cela préparera le jeune à la Journée de défense et de citoyenneté et au Service civique universel “généralisé” d’ici 2020, et sera consigné dans le livret citoyen qualifié de “carnet d’engagement”. Le SCU serait demandé pour entrer dans les écoles de la Fonction publique, et les entreprises encouragées à le financer et à étudier plus favorablement les demandes d’embauche des jeunes munis d’un SCU.
C’est donc un véritable fichage qui doit se mettre en place et accompagner chaque jeune : ce formatage à la discipline et au patriotisme risque de s’intégrer au CPA.

Quant aux enseignants, ils ont obligation de “promouvoir ces valeurs dans tous les enseignements et dans toutes les dimensions de la vie scolaire” et de ne manifester “aucune réticence, voire une abstention dans l’affiliation des valeurs transmises.”

Le SNES se prononce contre l’enseignement de l’EMC, contre le parcours et le livret citoyen, contre le SCU : il demande l’abrogation de tous les textes qui mettent en place ces dispositifs.

Pour : 54