Congrès SNES - Thème 3 : pour des alternatives économiques

mardi 3 avril 2012
par  HB
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Compte-rendu du congrès académique du SNES, suite

Intervention en plénière

Le texte du thème 3 aborde nombre de questions, mais il est ordonné par les deux premières pages du texte consacrées à la crise économique ainsi qu’aux “alternatives” proposées à cette crise.

La difficulté majeure vient du fait qu’il existe, parmi les économistes qui disent vouloir développer une analyse critique du capitalisme, des analyses très différentes, et que le rapport proposé au congrès du SNES fait un choix tout à fait net.

Rappelons, en simplifiant à l’extrême, qu’il y a fondamentalement deux positions : la première consiste à expliquer la crise actuelle comme une crise financière dont l’origine serait liée à la déréglementation du marché financier et à la réduction de la part des salaires. Pour régler une telle crise, il suffirait donc de revenir à davantage de réglementation du marché financier et à un meilleur équilibre de la répartition des profits entre Travail et Capital. Avec cette analyse prévaut l’idée qu’il est possible de mieux gérer le capitalisme, et de résoudre la crise en se montrant plus généreux pour les travailleurs. On trouve souvent cette analyse parmi les économistes liés à la social-démocratie ou à Attac. L’autre analyse considère que la crise actuelle, qui s’est ouverte en 2007 par la crise des“subprimes”, est fondamentalement une crise classique du capitalisme, qui trouve sa source dans la surproduction, une surproduction par rapport aux capacités du marché et non bien sûr par rapport aux besoins de la population. Et la gravité exceptionnelle de cette crise tient aux mesures qui ont été développées par les gouvernements durant des décennies pour tenter d’atténuer les crises antérieures du capitalisme en poussant à l’endettement les particuliers et les États. Il s’agit donc pour les syndicats de défendre les salaires et les acquis sans se préoccuper de mieux gérer un système capitaliste historiquement dépassé et de réfléchir à l’urgence d’un autre système que le capitalisme. De là découle par exemple l’exigence de l’annulation de la dette et de l’expropriation de l’ensemble des banques.

Or le rapport initial préparatoire au Congrès a choisi unilatéralement la première analyse selon laquelle on peut mieux gérer ce système. Certes, il faut reconnaître que la discussion en commission a permis de critiquer ce choix, et que les rapporteurs ont fait des efforts pour tenter de corriger le texte. Mais c’était mission impossible.

Ainsi, le premier titre (“une crise multiforme du capitalisme financiarisé…”) est devenu : “une crise multiforme du capitalisme…”. De même le début du premier paragraphe note désormais que“le crise du capitalisme s’est amplifiée”. Etc. Mais les différentes corrections coexistent avec des passages entiers qui expliquent le contraire, et conservent les anciennes propositions. On persiste ainsi à demander, avec le deuxième sous titre, “un autre partage des richesses dans un développement soutenable”. Mais au nom de quoi les travailleurs, qui produisent la totalité des richesses, devraient “partager” ? Et avec qui ? Et qui peut croire que le système capitaliste peut connaître une nouvelle jeunesse avec un “développement soutenable” ?

De fait, il aurait fallu réécrire toute cette partie. Ou alors la supprimer en proposant que le syndicat, à l’étape actuelle, ne choisisse pas une analyse particulière, et organise un vaste débat pour les syndiqués, avec une présentation équilibrée des principales analyses, de manière à ce que tous les syndiqués puissent s’approprier le débat.

Mais on ne peut accepter un texte qui prétend proposer des “alternatives” économiques tout en restant dans le cadre du capitalisme. C’est la raison pour laquelle nous appelons à voter contre ce rapport.

Amendement sur les retraites

Concernant les retraites, un certains nombre de syndiqués ont remarqué la disparition de l’exigence du retour aux 37,5 annuités, alors même que c’est un mandat de congrès du SNES (et de la FSU). Cela suscité beaucoup de discussion. C’est pourquoi nous avons proposé l’ajout suivant :


Nous conservons également l’exigence suivante : retour aux 37,5 annuités, avec, si nécessaire, réduction des annuités compte-tenu de l’allongement de la durée des études.


UA a appelé à voter contre, préférant demander la prise en compte des années d’études ; l’EE n’a pas non plus voté pour cet amendement. S’agit-il de s’apprêter à répondre, dès l’été, à la négociation annoncée par Hollande ? Ce dernier a annoncé qu’il rétablirait la possibilité de partir à 60 ans, mais sans le retour aux 37,5 annuités, ce qui implique une retraite incomplète pour le plus grand nombre de salariés. Pour sa part, la CGT demande “la redéfinition de ce qu’est une “carrière complète” pour acquérir l’ensemble de ses droits”. Et elle ne défend pas le retour aux 37,5 annuités comme garantie d’une retraite complète.

Quant à la demande de prise en compte des études, elle pose nombre de questions : qui paierait les cotisations des étudiants ? Pour la Fonction publique, la pension ne serait plus, alors, un "salaire continué", car l’étudiant n’est pas fonctionnaire stagiaire. Aucune réponse n’a été apportée par la direction UA.

Or, on doit rappeler que la retraite à 60 ans (avec 75% du salaire des 6 deniers mois), le retour aux 37,5 annuités était au centre de la mobilisation de 2010.


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