Pour la levée de l’état d’urgence, en défense des droits démocratiques

mercredi 25 novembre 2015
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Outre des questions d’organisation (préparation du congrès départemental et national de la FSU), lors du CDFD (Conseil délibératif départemental de la FSU) du 23 novembre qui s’est tenu à Lyon, la discussion a porté essentiellement sur la situation ouverte à partir des attentats du 13 novembre à Paris. Un bref rapport introductif fut fait par le secrétaire départemental.

Les camardes d’Émancipation sont intervenus dans la discussion, en précisant notamment :

« Le rapport introductif a fait le choix de parler pour l’essentiel de la dimension « nationale » de ces attentats et de leurs conséquences, ce qui peut se comprendre.

Rappelons néanmoins que ces attentats – même s’ils ont été réalisés essentiellement par des français - ont été, à l’évidence commanditée « de l’extérieur » par une organisation militaro-terroriste habillée de fanatisme religieux et qu’il faudra bien s’interroger sur l’origine et les racines de cette organisation criminelle appelée Daesh. Beaucoup de choses ont été écrites sur ce point ces derniers jours, mais qui laissent souvent dans l’ombre des aspects importants. Il y a bien sûr, en Irak, la situation créée par la décomposition du pays, consécutive aux guerres impérialistes et à l’occupation militaire de l’Irak par les États-Unis. Il y a aussi la situation créée en Syrie par la guerre impitoyable menée par la dictature de Bachar al-Assad contre son propre peuple : dès le printemps de l’année 2011, dans la continuité des révolutions arabes, le soulèvement populaire et pacifique du peuple syrien s’est heurté au terrorisme du régime syrien et n’a, depuis, bénéficié d’aucun soutien en dépit des appels à l’aide répétés. Nous avons déjà eu cette discussion puisque le congrès départemental s’était prononcé en faveur du soutien à la révolution populaire syrienne. Il faudrait y ajoute le double jeu de certaines puissances locales sur lequel on est silencieux parce que ce sont de bons clients de la France, comme l’Arabie Saoudite.

Valls demande le soutien des directions syndicales ...

En ce qui concerne la situation intérieure, après les massacres commis à Paris, la question porte essentiellement sur les mesures décidées par le gouvernement, et notamment sur l’instauration de l’état d’urgence et sa prolongation pour trois mois. Les explications du secrétaire départemental ont été pour le moins embrouillées, indiquant d’un côté que la FSU aurait montré une position critique vis-à-vis de l’état d’urgence et de l’autre qu’il faudrait être davantage critique. Certes, le choc provoqué par ces attentats et le déferlement médiatique qui le poursuit expliquent qu’une grande part des salariés, de nos collègues, puisse accepter ces mesures. Mais cela ne signifie pas renoncer à tout esprit critique vis-à-vis de la politique du gouvernement. Bien au contraire.

Or, il faut dire que la direction de la FSU a soutenu sans nuance l’état d’urgence, comme en témoigne notamment le document, qu’elle a réalisé elle-même, rendant compte de la réunion qui s’est tenue entre le Premier ministre, la ministre de la Fonction publique et ce qu’ils appellent les « partenaires sociaux », comme si le patronat et les syndicats étaient des amis jouant aux cartes…

Dans le compte rendu de cette réunion du 20 novembre, on a tout. Il y a d’abord l’exposé par le Premier ministre de la situation et de ses objectifs : l’état de « guerre intérieure et extérieure », ce qui « nécessitait la mobilisation de tous y compris des corps intermédiaires qui sont essentiels  ». Dans la novlangue de Valls, les corps « intermédiaires », ce sont notamment les syndicats. Donc, il dit que le soutien des syndicats lui est essentiel. Pour quels objectifs ?
Il passe alors à la question de l’état d’urgence, présenté comme « indispensable », se traduisant notamment par des perquisitions jour et nuit et par l’interdiction de rassemblements « au motif de la sécurité ».

Sur ces points, la FSU reste silencieuse alors qu’il y avait matière à critique. Faut-il rappeler les objections formulées notamment par les six députés qui ont voté contre la prolongation de l’état d’urgence, et les critiques émises par la Ligue des Droits de l’Homme, par le syndicat de la magistrature, etc. Ces critiques se concentrent sur deux aspects : il n’y avait pas besoin de ce vote de l’état d’urgence pour agir contre le terrorisme ni pour multiplier les écoutes déjà permises massivement par la dernière loi sur le renseignement. Par contre, les lois d’urgence sont toujours utilisées pour entraver la liberté d’expression, d’association et de manifestation. Il suffit déjà de voir l’interdiction de la manifestation du 22 novembre à Paris, et celle du 21 à Lyon, qui étaient convoquées pour défendre les droits des réfugiés et des migrants, tandis que le gouvernement autorisait une manifestation d’union nationale de 10 ou 20 000 personnes à Toulouse. Et les manifestations des salariés, des syndicats, sont aussi menacées.

Et lors de cette réunion du 20, Valls prône le « vivre ensemble » sans dire mot de sa politique anti -sociale. À l’évidence, pour lui, « vivre ensemble », cela veut dire que l’on doit cesser de manifester contre la politique du gouvernement tandis que celui-ci poursuit la politique d’austérité, les attaques contre le code du travail, la mise en œuvre de la loi Macron, etc. Pour lui, l’état d’urgence n’implique pas de renoncer à la réforme des collèges ou de suspendre la mise en œuvre des PPCR !

...Et le MEDEF veut l’accélération des "réformes"

Les déclarations faites alors par le Medef sont remarquables de cynisme et d’impudence. En clair, ce « partenaire social » explique qu’il faut poursuivre les réformes contre les travailleurs afin de lutter contre le terrorisme. C’est à quoi se résume le syllogisme patronal qui, une semaine après les attentats, demande de « poursuivre le pacte de responsabilité » et « d’accélérer les réformes pour libérer (sic) l’emploi » car, selon lui, la croissance qui en résulterait serait une réponse au terrorisme. On voit bien ce que révèle l’inconscient du patronat : tout chômeur serait un terroriste en puissance.

Face à ces deux discours, on aurait pu imaginer que les représentants de la FSU protestent avec force, partent en claquant la porte…

Il n’en fut rien. Si l’on en croit le compte rendu fait par la FSU elle-même de sa propre intervention, ce fut au contraire le soutien ouvert à la politique de Hollande : « l’état d’urgence se justifie par le caractère exceptionnel de la situation » explique la direction de la FSU. Il « implique le contrôle démocratique et le respect de l’état de droit » ce qui est, à vrai dire, une absurdité puisque par définition, l’état d’urgence réduit ou suspend un certain nombre de garanties démocratiques. C’est comme si, en poussant la logique au bout, l’on demandait un contrôle démocratique d’une dictature ou de l’état de siège.

La FSU demande en outre que les mesures gouvernementales soient « expliquées pour être comprises » de « tous les salariés ». Et, bien sûr, davantage de « dialogue social ». Sur ce point, elle obtient satisfaction puisqu’on lui annonce de nouvelles rencontres au fil des semaines à venir pour poursuivre cette discussion.

Et tout cela, c’est le compte rendu fait par la direction de la FSU elle-même qui l’explique.

Il faut en tirer quelques conclusions  : la FSU doit mettre fin à ce soutien. Elle doit exiger le rétablissement de toutes les garanties et droits démocratiques, à commencer par le droit de manifester, demander donc la levée de l’état d’urgence qui est utilisé contre ces droits.

De manière concrète, le CDFD doit s’associer au communiqué collectif de protestation contre l’interdiction faite par le préfet de Lyon d’un rassemblement samedi dernier convoqué en défense des réfugiés et migrants ».

Intervention complémentaire :

« Il a été dit qu’il faut s’opposer à la constitutionnalisation de l’exception, ce qui est juste. Mais on ne pourra pas le faire si l’on ne combat pas dès aujourd’hui pour la défense des libertés démocratiques sérieusement entravée par l’état d’urgence. Aux États-Unis, le Patriot Act voté après les attentats de 2001 est toujours en vigueur 14 ans après !

Il faut certes prendre en compte l’aspiration de nombre de collègues à être protégé de nouveaux attentats. Mais pour assurer la sécurité, encore faut-il être clair sur les causes.

Faut-il rappeler qu’un grand nombre de réfugiés qui arrivent en Europe aujourd’hui ne fuient pas seulement les exactions de Daech mais aussi fuient les actes terroristes de Bachar al-Assad. Il y a quelques jours, les réfugiés parqués à Calais ont organisé une procession en direction du port. Sur leurs banderoles ils avaient écrit : « les réfugiés ne sont pas des terroristes, ils sont les premières victimes du terrorisme ». C’est pour cela aussi qu’il est indispensable de pouvoir continuer à manifester en défense des réfugiés.

Or, aujourd’hui encore, des jeunes qui ont fui la guerre, qui ont vu leurs parents mourir sous leurs yeux dans leur pays, se trouvent enfermés au Centre de rétention Saint-Exupéry, voire en prison. Nous avons, fait des diffusions devant certains lycées pour appeler au rassemblement convoqué pour le 21 novembre aux Terreaux. Certains lycéens ont diffusé le tract vendredi. Des professeurs se mobilisent. Et le préfet interdit la veille au soir le rassemblement !

Si l’on veut défendre les libertés démocratiques, la première des choses c’est que la FSU s’associe à la condamnation de l’interdiction du rassemblement signée par le préfet de Lyon. (Le communiqué du collectif d’organisation, comme les tracts d’appel ont été envoyés à la FSU départementale qui, comme la CGT et Solidaires a été sollicitée pour signer ces textes et participer au rassemblement).

Par ailleurs, le collectif d’organisations a décidé d’appeler à un nouveau rassemblement le jeudi 3 décembre à 18 heures sur les mêmes textes (tract et flyer). Nous pensons que la FSU doit aussi appeler à ce rassemblement.

Enfin, on doit constater que sous l’état d’urgence, les attaques du MEDEF, du gouvernement contre les acquis, le Code du travail, les statuts non seulement se poursuivent mais s’accélèrent.
Pour combattre ces plans, pour défendre les revendications, les libertés démocratiques, y compris le droit de manifester sont indispensables. On nous propose de remplacer les manifestations par « d’autres modes d’expression ». Mais la manifestation, comme la grève, a une double fonction : il s’agit bien sûr d’exprimer collectivement les revendications face au gouvernement, mais il s’agit aussi pour le travailleurs de se rassembler, de se compter, de s’organiser collectivement (ce que ne permettent pas des modes d’expression éclatés, morcelés…) ».