Congrès FSU-69 Intervention générale du courant Émancipation (16/12/2015)

samedi 19 décembre 2015
popularité : 51%

Le congrès de la FSU du Rhône a eu lieu les 16 et 17 décembre 2015.

Nous publions ci-dessous l’intervention générale sur la situation faite par le courant Émancipation.


Les résultats des élections régionales de dimanche dernier ne tombent pas du ciel.

La défaite du PS, l’échec des Verts, la faillite du Front de gauche, le succès du PR et la montée en puissance du FN, ne tombent pas du ciel. Avec plus de 67% des exprimés pour les principaux partis réactionnaires (Les Républicains) et ultra réactionnaires (le Front national), il s’agit là d’un désastre qui va peser sur la situation à venir.

La cause majeure, tout le monde le sait, c’est la politique menée par du gouvernement depuis mai -juin 2012. Mais c’est là une formule bien générale. Car ce bilan est précis et concret. Dans la fonction publique, Il y a eu par exemple l’attaque contre les retraites, et le blocage continu des salaires et du point d’indice. Et aussi des attaques spécifiques contre l’enseignement. Les résultats électoraux constituent la traduction de la politique menée par le gouvernement, par les partis au pouvoir et ceux qui ont accompagné cette politique.

Lors de notre précédent congrès, entre décembre 2012 et février 2013, il y avait le début de la mobilisation sur les rythmes scolaires. Et nous étions un certain nombre à demander l’abrogation du décret, demande formulée par les camarades d’Émancipation et par d’autres encore, ce que n’a pas voulu la direction de la FSU et du SNUipp. Il y avait le projet de loi Peillon de refondation de l’école, dont certains (dont Émancipation) demandaient, en vain, que la FSU en exige le retrait.

À l’université, les personnels revendiquaient la suppression de la loi Pécresse votée sous le gouvernement Sarkozy, loi Pécresse contre laquelle les étudiants puis les personnels s’étaient massivement mobilisés. Au moment de notre précédent Congrès, on nous annonçait le projet de loi Fioraso, qui préservait la loi Pécresse et disloquait un peu plus l’université. Ce projet si justement appelé loi Pécresse 2, les directions syndicales de la FSU - plutôt que d’en exiger le retrait - on préféré demander toujours plus de dialogue, plus de concertation.

Finalement, on a vu le résultat : le projet gouvernemental de Peillon, texte ultra réactionnaire qui vertèbre l’ensemble des attaques conduites contre l’école, a été voté par les élus du PS et des Verts mais aussi par la totalité des élus du Front de gauche. C’est de ce texte que découlent notamment la réforme des programmes, celle des collèges, les rythme scolaires et l’attaque contre les statuts, contre les décrets de 1950.

Même chose pour la loi Fioraso, à l’exception du Front de gauche qui s’abstint. Comme si l’on pouvait s’abstenir sur un projet aussi réactionnaire. Et le résultat, c’est la multiplication des mesures qui découlent de cette loi Peillon. Et pour couronner cette période de dialogue social incessant, il y eut la décision prise de signer le projet des PPCR, alors même que FO, Solidaires et la CGT refusèrent de signer. Pourtant, FO, Solidaires et la CGT ne sont pas dirigées par de dangereux bolchéviks avec un grand couteau entre les dents. Avec la signature de la FSU, Valls eut ainsi un appui politique utile pour décider que, même sans soutien majoritaire, les PPCR seraient mis en œuvre.

Et pour ce faire, le gouvernement organise non pas des "commissions de suivi" (puisque officiellement l’accord n’est pas avalisé par une majorité de syndicats) mais des "réunions informelles" comme en atteste la Gazette des collectivités. Laquelle gazette signale la présence de la FSU et autres organisations signataires à une récente réunion. D’autres réunions d’application sont programmées.

De là découle la double exigence que nous formulerons durant le congrès : celle du retrait de la signature de la FSU d’une part (cette signature aurait été, dit-on, envoyée par la poste. La FSU peut toujours demander qu’on la lui renvoie donc par la poste !) ; et l’exigence, d’autre part, que la FSU refuse de siéger dans toutes les commissions informelles ou d’application. Cela vaut aussi pour les autres syndicats.

On croyait, avec ces PPCR, avoir atteint un sommet. Mais il y eut pire encore. À la suite des attentats du 13 novembre, le gouvernement Hollande décida l’état d’urgence, et le fit prolonger par un vote écrasant à l’Assemblée puis au Sénat. On a vu, et on en reparlera, que cette loi d’état d’urgence n’a d’efficacité que dans un seul domaine : réduire les libertés publiques, entraver le mouvement social. Or, ce que l’on dit moins, c’est que la mise en œuvre de cette loi est cogérée avec toutes les directions syndicales. Deux réunions ont déjà eu lieu.

On y reviendra. Mais notons au moins qu’un nombre croissant de protestations s’élèvent et demandent la levée immédiate de cette loi d’exception.

On doit donc dire que le bilan lamentable des élections régionales marquées par une abstention massive, c’est aussi le bilan des directions syndicales, dont la FSU. Le résultat emblématique, c’est que les directions syndicales ont accepté en 2012 le maintien de la loi Pécresse, ont refusé de combattre pour le retrait de la loi Pécresse 2- Fioraso, et qu’il y a quatre jours, la même Pécresse a gagné l’élection en Île de France.

Sur le plan politique, ces résultats conduisent des responsables de partis à un bilan critique : Cambadélis pour le PS, demande une "inflexion" de la politique gouvernementale. Et Dartigolles, pour le PCF, dit lundi que "le Front de gauche s’est planté" et doit "tout revoir du sol au plafond".

On peut certes avoir des doutes très sérieux sur ce qui pourra bien résulter de ces déclarations.

Mais on ne peut avoir aucun doute sur ce qui doit résulter de notre congrès : on doit reconnaître que, avec l’orientation que la FSU a suivie depuis trois "on s’est planté", étant entendu que le "on", c’est la direction nationale de la FSU, et qu’il faut non seulement une "inflexion de notre orientation mais "tout revoir du sol au plafond", c’est-à-dire "une refondation complète" de notre orientation.

C’est ce que propose Émancipation pour ce congrès.