Contre le Livret personnel de compétences

mercredi 29 février 2012
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Livret Personnel de Compétences
Déclaration commune des enseignants du Collège Louis Jouvet de Villeurbanne

Nous, enseignants du Collège Louis Jouvet, conscients des problèmes éthiques que soulève le Livret Personnel de Compétences, décidons désormais de ne pas participer à sa validation sous quelque forme que ce soit.

Le livret de compétence apparaît comme un outil de fichage et de contrôle social.

Ø L’informatisation du livret de compétence sous environnement Sconet (dans la continuité du fichier Base - Elève) permet une traçabilité de l’élève via son identifiant (INE) et participe au fichage à vie des enfants.

Liens : http://www.meirieu.com/FORUM/charpy_competences.pdf

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/05/31052011Accueil.aspx#recherche

Ø La sécurité des données numériques n’est pas garantie. Récemment, l’article 4 de la loi Warsmann (2011-525 du 17 mai 2011) a ouvert la porte des croisements de données entre administrations. Le LPC permet des recoupements avec d’autres sources informatiques d’information (Webclasseur de l’ONISEP ou fichiers de Pôle Emploi, etc.).

Ø La loi 2009-1437 « relative à l’orientation et à la formation tout au long de la vie », a instauré un « passeport » pour les travailleurs (utilisé pour l’embauche et la carrière), qui a le même contenu que le LPC. Ce qui ferait du LPC un CV électronique hors du contrôle de l’élève.

Ø Le LPC est un instrument de formatage des élèves qui vise à satisfaire le marché du travail.

Liens :

http://www.monde-diplomatique.fr/2010/10/HIRTT/19756

Ø Le nouveau LPC, encore expérimental, devient encore plus discriminant en stockant, en plus des données scolaires, d’autres données comme l’engagement dans des activités associatives, etc.

L’informatisation des livrets de compétences pose des problèmes de droit.

Ø Le LPC est un fichier informatique qui appartient à l’Etat et aux sociétés privées qui le gèrent : l’élève et sa famille ne disposent que d’une copie, contrairement aux outils précédents comme les bulletins scolaires qui appartiennent à l’élève et à sa famille.

Ø Manque d’information sur le droit d’accès et de rectification des données dans LPC pour les parents, conformément aux recommandations de la CNIL.

Liens : http://retraitbaseeleves.files.wordpress.com/2011/09/lpc-letcnilaumen-18juil2010.pdf

Ø Aucune garantie sur le droit d’opposition : à Paris par exemple, plusieurs recours au tribunal administratif ont déjà été enregistrés suite à des lettres d’opposition de plus de 400 parents d’élèves restées sans réponse de la part des services académiques.

Liens :

http://www.retraitbaseeleves.wordpress.com/paris/

Le livret de compétences heurte notre déontologie professionnelle.

Ø Les compétences 6 « compétences sociales et civiques » et 7 « Autonomie et initiative », se réfèrent non plus à des « savoir-faire » mais à des « savoir-être ».

Ø Le LPC procède d’un système binaire sans nuance (validé/non validé), qui stigmatise les élèves les plus fragiles : non validés donc incompétents. Ce système n’est pas plus juste que le système de notation.

Liens :

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/02/03022012_Competencesjustes.aspx

Ø Le LPC enferme l’enseignant dans un rôle d’évaluateur incessant au détriment de son rôle de pédagogue.

Ø Etre fonctionnaire ne doit pas faire de nous les agents d’une idéologie de contrôle social : nous devons rester des Hommes Libres enseignant à des Hommes Libres.

Le livret de compétences pose question à d’autres que nous.

Ø La mise en place du LPC en 2011 en Primaire suscite une forte opposition. (voir le SNUipp de l’Isère)

Ø Les parents d’élèves font savoir leur inquiétude : la FCPE a voté une motion contre le LPC au congrès national de juin 2011.

Liens : http://www.fcpe.asso.fr/images/stories/fcpe/Non_au_Livret_Personnel_de_Compétences.pdf

Ø Plusieurs conseils régionaux ou généraux se mobilisent pour demander l’abandon du LPC au ministère de l’Education Nationale, et c’est le cas en Rhône-Alpes.

Liens : http://www.retraitbaseeleves.wordpress.com/

(descendez jusqu’à la rubrique : les élus se mobilisent contre les fichiers scolaires)

Ø Des personnalités de la société civile s’émeuvent. Citons Albert Jacquard qui, dès 2006, s’insurgeait contre la mise en œuvre du projet Socle commun :

« Un des aspects les plus insupportables de ce projet, tel qu’il a été présenté par la presse, est l’établissement d’un document qui suivra le jeune au long de sa scolarité : inscrit dans un registre ou sur un disque d’ordinateur, ce document, avatar du casier judiciaire, permettra, au moindre incident, d’exhumer son passé. […] Cet enfermement dans un destin imposé par le regard des autres est intolérable, il est une atteinte à ce qu’il y a de plus précieux dans l’aventure humaine : la possibilité de devenir autre. […] J’ai raconté au début de ce livre comment, passant durant l’Occupation sans livret scolaire d’un lycée à un autre, j’ai saisi au bond l’occasion de changer la définition que les autres donnaient de moi. J’en ai gardé la conviction que la liberté de chacun ne peut s’épanouir que si la société ne possède pas trop d’informations sur lui. »

« Laissez-moi devenir ce que je choisis d’être », A. Jacquard, Mon Utopie, 2006.

Nous ne voulons donc pas collaborer à la mise en œuvre du fichage généralisé de nos élèves. Par cette déclaration nous souhaitons interpeller la direction du collège Louis Jouvet sur les inquiétudes que suscite le Livret Personnel de Compétences et lui signifier notre opposition à la saisie informatique.


Documents joints

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