Soutien aux enseignants chiliens en grève

lundi 22 juin 2015
par  HB
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Les militants de la tendance Émancipation élus à la CA académique du SNES de Lyon sont intervenus, le 22 juin, afin que le SNES apporte son soutien aux enseignants chiliens en grève générale illimitée.

Nous publions ci-dessous l’intervention faite à ce propos et la motion défendue.

Les professeurs de l’enseignement public chilien, en particulier ceux du second degré, se sont engagés le 1er juin dans la grève illimitée à l’appel de leur principale organisation, le Colegio de los profesores, contre le projet de réforme concernant leur statut. Une puissante manifestation nationale (soutenue par les étudiants et lycéens) s’est tenue le 17 juin à Santiago : 100 à 150 000 manifestants. Au lendemain de cette manifestation, la grève a été reconduite.

Il faut rappeler qu’à la suite du coup d’État de Pinochet, et destruction des organisations politiques et syndicales des salariés, la dictature a appliqué les thèses de l’école de Chicago : la libéralisation totale de l’économie…

Elle s’est en particulier attaquée à l’enseignement public par la « municipalisation », ainsi qu’à l’université publique. Il s’en est suivi la mise en place d’un enseignement majoritairement privé, profondément inégalitaire, et très coûteux pour les familles qui s’endettent même quand il s’agit d’enseignement public. La municipalisation implique que l’enseignement du premier et celui du second degré, sont totalement dépendants des municipalités. Et cet enseignement se trouve dans la plus grande indigence quand les municipalités sont pauvres.

Ce système a été, pour l’essentiel, préservé depuis la fin de la dictature.

Par vagues successives, les lycéens (en 2006) les étudiants (à partir de 2011) et les personnels se mobilisent pour mettre fin à ce système et revendiquent un « enseignement public, gratuit et de qualité ».

Face à cette revendication, les gouvernements n’ont répondu jusqu’alors que par des réformes cosmétiques. Pire, la réforme que le gouvernement Bachelet veut imposer aux enseignants, loin de répondre à leurs revendications, veut mettre en place une évaluation incessante des « compétences » et des résultats des enseignants (une évaluation des enseignants existe déjà). Et ce seraient des collègues sélectionnés et formatés pour cela qui seraient, avec les chefs d’établissements, chargés de ce contrôle dont dépendrait notamment toute augmentation de salaire.

Pourquoi parler du Chili ?

Il faut dire, d’une part, qu’en France, le processus de territorialisation de l’école va dans le même sens, même s’il est bien moins avancé qu’au Chili.

D’autre part, la présidente chilienne Michelle Bachelet est venue en France début juin accompagnée du recteur de l’université du Chili, M Vivaldi. Il s’agissait, entre autre, d’obtenir des conseils sur la manière de faire avancer sa réforme : en clair, de prendre modèle sur la méthode du « dialogue social » utilisée en France.

Certes, il y a aussi des grèves d’enseignants ailleurs, comme au Mexique, mais celle-ci est particulièrement importante car elle s’inscrit dans les développements ouverts en 2006 qui marquent le début de la remobilisation et de la réorganisation de la jeunesse chilienne des travailleurs et après des années de chape de plomb héritée de la dictature.

Motion Émancipation

La CA académique du SNES apporte son soutien plein et entier aux enseignants chiliens en grève depuis le 1er juin pour le retrait de réforme gouvernementale des carrières et appuie leur demande (qui est aussi celle des étudiants et lycéens) d’un enseignement « public, gratuit et de qualité ».

Le secrétaire académique a proposé d’intégrer cette phrase au texte de la direction académique. Ce que nous avons accepté.
http://www.lyon.snes.edu/spip/IMG/pdf/texte_22_juin_2015.pdf

Nous avons néanmoins demandé à voter de façon disjoint ce passage lequel a été adopté à l’unanimité moins 2 NPPV (U&A).

Les élus Émancipation à la CA nationale du SNES ont relayé cette position.

La direction nationale du SNES a adopté la position suivante :

Chili, solidarité !

Le SNES-FSU exprime son soutien et sa solidarité envers les enseignants et personnels de l’éducation du Chili qui sont en lutte depuis plusieurs semaines pour combattre un projet de réforme. Ce projet impliquerait une mise en concurrence des enseignantes en conditionnant les augmentations salariales à des évaluations auxquelles ils seraient soumis. Il ne met pas fin à la municipalisation et à la marchandisation de l’éducation qui rongent le système éducatif chilien depuis la dictature. Faute de modification constitutionnelle, il ne nationalise pas l’éducation et ne crée pas la construction de carrière que les enseignants chiliens appellent de leurs vœux par l’intermédiaire de leur principal syndicat "colegio de profesores".

La mobilisation ne faiblit pas puisque le 17 juin, 300000 personnes venues de tout le pays ont manifesté dans les rues de la capitale en faveur d’une éducation publique de qualité et contre le profit dans l’éducation.

51 Pour, 0 Contre, 1 Abstention, 1 NPPV