ABROGATION de la RÉFORME du COLLÈGE - RUPTURE de TOUTES les "CONCERTATIONS"

lundi 8 juin 2015
popularité : 30%

Le 19 mai, en réponse à l’appel intersyndical, la grève pour le retrait de la réforme du collège a été massive.

Le lendemain, le gouvernement a publié le décret sur la réforme : un recul de sa part ouvrait la porte à la mise en cause de toute sa politique. Car cette "réforme" inscrite dans la loi Peillon touche le collège, tout le second degré et le primaire. Elle s’appuie sur les nouveaux décrets statutaires. Et, on ne peut en imposer le "retrait" en réclamant de "nouvelles" concertations sur l’application de la loi Peillon.

Autonomie des établissements, explosion des inégalités et des diplômes nationaux

La réforme du collège est fondée sur l’autonomie des établissements et la multiplication des hiérarchies intermédiaires. Avec la diminution des horaires d’enseignements, les EPI, loin de donner la possibilité de mener des travaux interdisciplinaires mettent en cause les enseignements disciplinaires au profit du "socle commun".

Les nouveaux programmes sont totalement construits, conformément à la loi Peillon, selon la logique des compétences. La place des connaissances, des savoirs est marginalisée. Avec le nouveau brevet, il n’y aura plus aucune épreuve disciplinaire : 65% des points seraient accordés en contrôle continu (soit "maison") et sur la base des seules compétences ce à quoi s’ajouteraient deux épreuves terminales "interdisciplinaires". Dans ces conditions, les listes de savoirs et connaissances des programmes seront pour une grande part non évalués : chaque établissement, école collège… puisera dans ce pool en fonction des conditions locales. C’est pourquoi les nouveaux programmes ne sont en rien aménageables.

L’explosion des inégalités entre les élèves sera le premier résultat de la "territorialisation", des "parcours différenciés" et de la mise en concurrence des établissements.
La liquidation de la valeur nationale du diplôme (brevet, puis du bac) au profit des compétences répertoriées dans le nouveau "livret scolaire unique numérique" est ainsi annoncée.

Casse du statut, dès septembre 2015

Dès la rentrée 2015, le formatage des enseignants et personnels va s’appuyer sur les nouveaux décrets statutaires (août 2014, IMP) et leurs circulaires d’application. Car la "formation" au "travail transversal et pluridisciplinaire", à "l’innovation pédagogique" devient obligatoire pour tous, ainsi que les "enseignements complémentaires" placés sous "l’autorité du chef d’établissement".

Avec les "missions liées", se profilent une inflation de tâches obligatoires dans le cadre des 1607h annualisées de la Fonction publique. Les personnels seront soumis aux conseils de cycle, conseil école-collège, conseil pédagogique, conseil d’école, d’établissement... et à la contrainte des petits et grands chefs locaux créés par les hiérarchies intermédiaires.

La liberté pédagogique de l’enseignant sera ainsi réduite à néant !

L’intersyndicale nationale exige l’abrogation des décrets et arrêté sur le collège. Mais comment peut-on laisser croire qu’une "lecture des textes plus favorable" du décret d’août 2014 serait possible, alors que ce décret (abrogeant les décrets de 1950) induit, corrélativement à la loi Peillon, les "dérives managériales des chefs d’établissements" ? Demander la "reprise immédiate des discussions sur l’avenir du collège" c’est se situer dans le cadre de la loi Peillon dont les principes sont totalement contradictoires à nos revendications (diminution de effectifs, défense du cadre national des horaires, des programmes disciplinaires, des diplômes, notamment).

Combattre cette réforme c’est exiger le retrait des projets de programme, le projet de nouveau DNB… C’est, dans le même temps exiger l’abrogation des décrets statutaires d’août 2014, le décret sur les IMP.

Cela implique de rompre toutes les "concertations" sur les programmes, l’évaluation, etc.

Rupture des "concertations" sur la mise en œuvre de la loi Peillon

Suite à la demande de réouverture des négociations formulée par l’intersyndicale (SNES/SNEP-FSU, SUD-éduc, SNfoLC, CGT-éduc), le ministère ouvre, le 10 juin, un groupe de travail pour "élaborer des textes complémentaires" au décret et à l’arrêté publiés le 20 mai.

Or, c’est appuyé sur le "dialogue social", les multiples "groupes de travail", "de suivi" que s’effectue, pas à pas, la mise en œuvre la loi Peillon (votée, après de multiples concertations avec les syndicats, par le PS, PCF, EE-LV). Contre les mobilisations pour le retrait puis l’abrogation du décret sur les rythmes scolaires, les demandes de "réouverture des négociations", la participation aux "comités de suivi"… ont permis au gouvernement d’avancer. Contre la mobilisation de novembre-décembre 2014 qui exigeait le retrait pur et simple du projet de casse des statuts (abrogation des décrets de 1950), la concertation a permis à Hamon de publier les décrets avant de démissionner. La "réforme de l’éducation prioritaire" utilise la même méthode. Résultats : diminution de moyens pénalisant les élèves, accroissement de la charge de travail des enseignants, éclatement du cadre national…

Boycott du groupe de travail convoqué par Vallaud-Belkacem : l’exigence du retrait pur et simple est contradictoire avec la poursuite des "concertations", groupes de travail et autre "dialogue social"…

C’est sur ces bases que doit se réaliser l’unité syndicale, afin de construire la mobilisation unitaire du premier et du second degré.

* * * * * * * * * * * * * * * * *
Lire l’analyse complète de la réforme ICI  : http://69.emancipation.fr/spip.php?article225

Décrets sur l’organisation des enseignements au collège (JO 20/05/2015) :
http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=89161
http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=89165


Circulaire de rentrée 2015

Avant d’annoncer la tenue d’un "groupe de travail" pour le 10 juin, N.Vallaud Belkacem a pris soin de publier au B.O. le 3 juin, la circulaire de rentrée 2015 (1).

Sur 14 pages, elle planifie "la mobilisation de tous", dès la rentrée afin de :

- "définir le projet pédagogique" de l’établissement, "construire les EPI, l’AP"…

Dès la rentrée le "parcours d’éducation artistique et culturelle" (PEAC), le "parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel" (PIIODMEP), le "parcours citoyen", le déploiement du numérique doivent être mis en place. Et avec eux, commencent pour les élèves, les parcours et les formatages divers évalués par compétences : formatage à "l’esprit d’entreprendre", "au numérique", à la "compétence à s’orienter" à "la citoyenneté", au "patriotisme" (avec la mise en place du de "l’enseignement moral et civique"), etc. Une application numérique (Folios) devra répertorier les compétences du PEAC acquises "à l’école", "en dehors de l’école" et les "expériences et engagements" de l’élève de la 6e à la terminale. Un livret dédié au parcours citoyen sera disponible dans les écoles et le second degré.

La logique de la de "fonte" les disciplines dans des "champs disciplinaire", du regroupement des enseignements induits par le socle et les projets de programmes est en marche… Et avec elle la bi, voire trivalence des enseignants…

- "développer la citoyenneté", la "culture de l’engagement avec tous les acteurs de l’école" : de multiples partenariats devront se mettre en place avec les "acteurs locaux", ceux "du monde associatif" et "du monde professionnel". Autant de pas vers l’autonomie qui seront inscrits dans le "projet d’établissement".

- formater les profs... le plan national de formation (PNF) prévoit que la "formation continue" s’appliquera aux équipes, à l’échelle de l’établissement, du réseau, du bassin, en présentiel ou par Internet avec le logiciel M@gistère. Le tout sous l’œil bienveillant de la hiérarchie… Et la référence aux décrets du 20 août 2014 est là pour signifier qu’on ne pourra y échapper. Quant aux professeurs des écoles, il est annoncé que leurs missions "liées" sont en préparation...

(1) http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=89301



La réorganisation de la structure du collège inscrite dans le décret du 20 mai 2015, est une application du « socle de compétences de connaissances et de culture », lequel couvre la période de la scolarité obligatoire (de l’élémentaire au collège).

À relire, en particulier :

- Réforme du socle, des programmes, de l’évaluation : un tout cohérent
http://69.emancipation.fr/spip.php?article182

- “Réforme” de l’Éducation prioritaire : un point d’appui pour déréglementer partout
http://69.emancipation.fr/spip.php?article180

- Abrogation des décrets contre les statuts !
http://69.emancipation.fr/spip.php?article179


Documents joints

PDF - 2.1 Mo
PDF - 2.1 Mo

Brèves

16 janvier - Éducation prioritaire et "loi de refondation"

Alors que des lycées classés en "éducation prioritaire" (EP) se mobilisent contre la suppression (...)

28 novembre 2016 - Motion Cdfn-FSU : Retrait du projet ministériel sur l’évaluation des personnels enseignants

La version finale du projet de décret de réforme de l’évaluation des personnels enseignants sera (...)