Grève le 19 mai : Comment imposer le retrait de la réforme du collège ?

samedi 16 mai 2015
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"Depuis vingt-cinq ans, les tentatives de réformer le collège ont été nombreuses, sans parvenir à donner les résultats escomptés. Aujourd’hui, tous les leviers sont utilisés en même temps et font l’objet d’un pilotage stratégique global".

N.Vallaud-Belkacem affirme ainsi clairement que c’est l’ensemble de la "scolarité obligatoire des écoles élémentaires, des collèges et lycées publics et privés sous contrat de l’éducation nationale et de l’enseignement agricole" (décret sur le socle) qui est touché, formant un ensemble cohérent avec la réforme des statuts, les projets de programmes, les modalités d’évaluation à venir et au-delà toutes les dispositions de la loi Peillon.

La presse rend compte des propos de la "droite" mais ces critiques ne portent que sur quelques aspects, certes importants (grec et latin, classes bilangues et européennes…), non pas sur le cœur même de la réforme : l’autonomie des établissements.

Cette réorganisation articulée aux décrets d’application de la loi de "refondation" Peillon (sur les rythmes scolaires, le socle, les conseils de cycle et conseils école-collège, statut des enseignants…) fait voler en éclat tout cadre national des horaires, programmes disciplinaires, diplômes. La mise en concurrence des écoles et des établissements deviendra la règle.

Autonomie : horaires disciplinaires diminués, variables

Selon la version finale des projets de décret et d’arrêté :

- Plus de 20% de la dotation horaire globale serait définie au sein même des établissements : la répartition des enseignements complémentaires, les dédoublements… s’effectuerait collège par collège.

- EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) et AP (accompagnement personnalisé) : 3 ou 4 heures de l’emploi du temps hebdomadaires des élèves prélevées sur les horaires disciplinaires y seraient consacrées.

- Le volume des heures de cours disciplinaires diminuerait au profit d’enseignements au "contenu défini par chaque établissement" : -2h en 6e, -1h en 5e, -4h en 4e, -6,5h en 3e (près de 500h pour toute la scolarité).

- Les modalités et les contenus des enseignements complémentaires seraient définis par le conseil pédagogique, l’organisation des enseignements serait "fixée par le conseil d’administration".

Le latin et le grec seraient réduits à des compléments à un EPI et négociés localement ! L’enseignement des langues vivantes (notamment l’allemand) serait fragilisé tandis que des menaces concrètes pèseraient sur les enseignements artistiques et scientifiques.

Quant aux EPI, loin de donner la possibilité de mener des travaux interdisciplinaires, il s’agit plutôt de remettre en cause les enseignements disciplinaires au profit du "socle commun" et des nouveaux programmes.

"École du socle"

De l’élémentaire au collège, les programmes structurés selon les domaines du socle ne suivraient plus une progression annuelle, mais de cycle. La mise en place du cycle CM1-CM2-6e, du conseil commun école-collège, en sont une illustration. La possibilité donnée aux établissements de moduler l’horaire hebdomadaire d’une discipline dans le respect de l’horaire global durant le cycle imposera des progressions et méthodes "communes". Le conseil de cycle deviendra incontournable.

Les "éléments explicatifs" des projets de programmes confirment l’approche curriculaire (organisation par domaine et en cycle). Ainsi, en sciences physique, en SVT, il est affirmé que les équipes éducatives d’un établissement (voire de plusieurs établissements d’un bassin) pourront, en s’appuyant sur les ressources nationales, régionales, locales, construire un parcours de formation permettant, à chaque élève d’acquérir, sur trois ans et à son rythme, les compétences évaluées quotidiennement et validées en fin de cycle.

Les objectifs ne sont donc plus énoncés en termes de savoirs. "L’élève œuvre à la construction de ses compétences, par la confrontation à des tâches plus complexes"  ; il doit "faire des choix, adopter des procédures adaptées pour résoudre un problème ou mener un projet dans des situations nouvelles et parfois inattendues" (cycle 4).

"L’école du socle" se substituera au fonctionnement de l’école élémentaire et du collège. Le parcours individuel de l’élève remplacera ainsi l’apprentissage méthodique et rigoureux des savoirs.

Territorialisation des programmes

Pour tous les enseignements, "l’entrée" doit se faire via les compétences.

En fait, dans la logique promue par le gouvernement et son CSP, les disciplines deviennent de simples outils à "mobiliser" pour développer les compétences, "des regards différents sur des objets communs". Elles doivent contribuer aux domaines du socle en amenant les élèves à apprendre à "communiquer", en les dotant "d’outils efficaces de modélisation valables pour de multiples situations", en stimulant leur "créativité" et en développant leurs "talents propres", "l’esprit de responsabilité et d’engagement de chacun et celui d’entreprendre et de coopérer avec les autres".
Certes, les documents du CSP affichent des attendus de fin de cycle et de nombreuses connaissances à construire et à utiliser, mais ils sont noyés dans les compétences transversales. Et comment enseigner autant de contenus avec moins d’heures disciplinaires ?

Comment garantir un même enseignement partout avec des programmes vagues et à géométrie variable ?

À l’évidence, les savoirs disciplinaires seront réduits et adaptés selon les contextes locaux.

En français, il est expliqué que dans l’étude de la langue, "il s’agit moins de parvenir à une connaissance exhaustive de tous les éléments que de souligner les principes de fonctionnement de la langue". Les mathématiques doivent participer au "développement des compétences de communication écrite et orale" mais la "formalisation aboutie d’une démonstration n’est pas un exigible du socle". En histoire-géo certains thèmes seront facultatifs...

Autonomie : évaluation par compétences

Si les décisions sur l’évaluation et le brevet ne sont pas encore publiées, il est indiqué que les domaines du socle devront être validés séparément, sans compensation possible. Dans les projets de programmes seul le terme de "compétences" est retenu pour "l’évaluation régulière" et la "validation" en fin de cycle : "Toute l’équipe pédagogique et éducative – les enseignants, dont le professeur documentaliste, le conseiller principal d’éducation, le chef d’établissement… - contribue au développement de ces compétences".

Tous les enseignements (communs et complémentaires) devront contribuer aux différents parcours (citoyen, artistique et culturel, de découvertes du monde professionnel). Enfin, les EPI "contribuent tout particulièrement à l’acquisition de compétences complexes qui permettent aux élèves de choisir et combiner, parmi les procédures qu’ils maitrisent, celles qui conviennent à une situation ou à une tâche non connue et complexe" et ils seront inclus dans l’évaluation des compétences.

Un nouveau livret numérique est en préparation et tout indique que l’on se dirige vers une évaluation par compétences (les compétences transversales y occupant une place de choix).

L’autonomie des établissements contre le statut

Avec le décret statutaire du 20 août 2014, au service d’enseignement s’ajoutent, dans le cadre du temps de travail annuel des 1607 h, les "missions liées" obligatoires. La charge de travail sera alourdie par une inflation de tâches (heures de vie de classe, suivis de stages, oraux blancs, réunions diverses et multiples…). La diminution des heures disciplinaires et l’organisation des EPI ouvrent la voie à l’essor de la polyvalence dans le second degré.

Dans un tel système, les personnels seront soumis aux instances chargées de mettre en place la réforme (conseil de cycle, conseil école-collège, conseil pédagogique, conseil d’école, d’établissement...). Le décret sur les IMP introduit une hiérarchie intermédiaire : coordinateurs de discipline, de cycle, référents… Dans un tel système, aucun espace n’est laissé à la liberté pédagogique de l’enseignant qui devient l’agent d’exécution des "projets" décidés sous le contrôle du chef d’établissement (lequel dès la rentrée, assurera, en lien avec les IPR, la formation/formatage qu’implique cette réorganisation radicale).

Ainsi se profile la refonte de l’évaluation des enseignants : leur capacité à se soumettre à ces nouvelles "missions" deviendra essentielle !

Retrait pur et simple du projet !

La "refondation" du système d’enseignement Peillon-Belkacem induit des partenariats multiples, l’autonomie et la concurrence entre les établissements. Elle programme une "adaptation" des contenus selon l’origine sociale des élèves induisant un abaissement des savoirs disciplinaires pour le plus grand nombre, alors que d’autres pourront bénéficier d’un enseignement plus approfondi, bref l’explosion des inégalités entre les élèves, entre les établissements.

Les projets de programmes sont partie prenante de la réforme des collèges : ils ne sont en rien amendables.

Pièce essentielle du dispositif Peillon de "refondation" de tout le système d’enseignement public, la réforme du collège prépare de nouvelles attaques contre le lycée, contre le bac. Elle doit être retirée.

Cela implique que les directions syndicales rompent toutes les "concertations" qui visent à faire cautionner pas à pas la mise en œuvre de cette "contre réforme".

Retrait pur et simple de la réforme du collège ! Retrait des projets de programmes d’application de cette "contre-réforme" ! Boycott de la consultation sur les programmes.

Abrogation du décret du 20 août 2014 sur les statuts et de celui sur les IMP.
C’est sur cette base qu’appuyé sur les assemblées générales, la mobilisation unie peut être organisée.

Infliger sur cette question une défaite au gouvernement serait un point d’appui pour combattre l’ensemble de cette politique de casse de l’Enseignement public et du statut des personnels ; et cela ouvrirait la voie à la satisfaction des multiples revendications (créations de postes, diminution des effectifs, hausse des salaires, etc).


Documents joints

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