Retrait du projet de réforme du collège

dimanche 29 mars 2015
popularité : 51%

N.Vallaud-Belkacem a présenté en conseil des ministres le projet de “réforme” du collège. Après trois semaines de “négociations”, la version finale sera soumise à la consultation du CSE, le 10 avril. Dans la continuité de la réforme des rythmes et de l’éducation prioritaire, ce projet est une application majeure de la loi Peillon, loi de territorialisation de l’école. Il doit s’appliquer dès la rentrée 2016, en même temps que les nouveaux programmes.

Diminution des horaires disciplinaires

Les grands axes de ce projet de “réforme” dévoilés le 11 mars sont explicites :

- Le volume des heures de cours diminuerait (-6,5h/semaine sur l’ensemble 6e-3e sans compter les options…). Et l’enseignement disciplinaire proprement dit serait affaibli pour la masse des élèves, au profit de contenus définis localement. Soit en tout : -2,5h en 6e, -1,5h en 5e, -4,5h en 4e, -7h en 3e. Sur l’ensemble 6e-3e, cela fait -15,5h/semaine (-558h environ sur l’ensemble de la scolarité d’un collégien) !

- 20% de la dotation horaire globale serait définie au sein même des établissements : 3 ou 4 heures de l’emploi du temps hebdomadaire des élèves, prises sur l’enseignement disciplinaire, seraient consacrées à de “nouvelles modalités d’enseignement” : enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI), accompagnement personnalisé (AP), petits groupes.

- L’organisation et les contenus de ces “nouvelles modalités d’enseignement” (EPI, AP) seraient définis localement, par le conseil pédagogique : le Conseil pédagogique “décide dans quelles disciplines les élèves ont intérêt à travailler dans le cadre des EPI” et des “modalités de regroupement des élèves et de recrutement des élèves dans les regroupements”. L’organisation des EPI pourrait être trimestrielle, semestrielle ou annuelle sur tout ou partie de l’horaire et elle serait présentée en conseil d’administration !

Le projet de grille horaire cible ouvertement certaines disciplines : latin et grec fondus dans les EPI et horaires réduits ; horaires des enseignements scientifiques (globalisés en 6e) et des langues vivantes réduits (suppression des classes européennes et bilangues, sauf si langue est proposée en primaire). La globalisation des horaires des enseignements artistiques fait écho au “parcours d’éducation artistique et culturelle” de la loi Peillon : une organisation locale, avec possibilité d’“association du monde éducatif, artistique, associatif”…).

Mais l’étude attentive de la grille montre qu’avec les EPI (et l’AP), toutes les disciplines sont touchées. Certes, le gouvernement précise que “l’horaire disciplinaire n’est pas réduit mais dans chaque discipline une partie du temps est utilisé pour apprendre autrement". Or, les thèmes de travail “transversaux” imposés (ex : développement durable ; corps, santé et sécurité ; information, communication, citoyenneté ; monde économique et professionnel…) montrent que loin de rendre possible des travaux interdisciplinaires, il s’agit plutôt de remettre en cause les enseignements disciplinaires, corrélativement à la mise en œuvre du socle commun et des nouveaux programmes.

Un projet corrélé au socle et aux nouveaux programmes

Ce projet de “réforme” du collège est corrélé au socle commun qui devient le “principe organisateur” de l’enseignement obligatoire selon la loi Peillon.

L’introduction des EPI dans cette réorganisation du collège est la porte d’entrée du socle au collège, les intitulés des thèmes recoupent d’ailleurs les blocs de compétences du socle commun. Ce projet confirme la logique inhérente à la notion même de socle : les enseignements disciplinaires sont relégués au second plan, chacun devant seulement apporter “sa contribution à tous les domaines” du socle commun.

Le gouvernement et son Conseil supérieur des programmes (CSP) travaillent à la redéfinition des programmes suivant une logique “curriculaire”. Selon N. Valaud-Belkacem ils seront révélés le 8 avril et bouclés dès avant septembre. Et ils seront rédigés par cycles, “plus simples et plus lisibles”, “moins prescriptifs”  ; ils ne préciseraient “plus ce que l’enseignant doit faire avec les élèves mais ce que les élèves doivent savoir faire”.

La charte des programmes, rédigée par le même CSP, prévoit qu’ils n’auraient pas vocation “à entrer dans le détail de la mise en œuvre”, ouvrant ainsi la voie à leur adaptation “en fonction des acquis, de la culture, des goûts et des difficultés des élèves, des projets d’école ou d’établissement, des enseignants, des ressources culturelles, naturelles et économiques locales (…), ainsi que des projets éducatifs locaux”.

L’évaluation des EPI serait basée sur le modèle de l’évaluation de l’histoire des arts. Quant au brevet, des épreuves interdisciplinaire seraient crées sur le modèle de PISA, évaluées "au fil de l’eau" (peut-être à partir de la 5e). La menace d’un passage à l’évaluation de compétences transversales est bien réelle. D’autant que la loi du 5 mars 2014 vient de créer un “passeport d’orientation, de formation et de compétences” informatisé, lequel répertoriera “les diplômes et titres ainsi que les aptitudes, connaissances et compétences acquises en formation initiale” et s’intègrera au compte personnel de formation du salarié. (1)

L’objectif avéré, dans le cadre de la mise en œuvre de la loi Peillon, est d’aller vers l’école du socle, ce qui ne serait pas sans conséquences sur le lycée ainsi que sur les garanties statutaires des personnels.

Autonomie des établissements

Si telle ou telle modification est possible dans la grille horaire, elle ne peut bouleverser la philosophie de la “réforme”. C’est un pas considérable vers l’autonomie des établissements qui est ainsi programmé.

La possibilité de moduler les horaires disciplinaires pour assurer les EPI, l’AP (20% des horaires probablement un minimum), de moduler les programmes en fonction “des besoins des élèves” et des “parcours” (développement de compétences par-ci ou approfondissement disciplinaire par-là), sonne la fin des horaires et contenus disciplinaires identiques pour tous les élèves. L’introduction des EPI accompagne le “parcours individuel” et menace le groupe classe. Cela conduit à l’explosion des inégalités, dans la continuité de la réforme des rythmes du premier degré.

Les décisions du conseil pédagogique et donc du chef d’établissement (cf. le décret du 22 octobre 2014) s’imposeront aux enseignants. Cela constitue une violente attaque contre la liberté pédagogique individuelle et aussi collective (obligation de s’inscrire dans les projets décidés sous le contrôle du chef d’établissement).

Un projet qui accompagne la casse du statut

L’annonce de 4000 équivalents temps pleins ne peut masquer les suppressions de postes liées aux diminutions d’heures disciplinaires. Et l’organisation des EPI introduit, de façon pratique, la polyvalence des enseignants.

Les divers coordonnateurs ou référents issus du décret sur les indemnités particulières (IMP) serviront de point d’appui aux chefs d’établissements pour mettre en place cette réforme sur le terrain. C’est la caporalisation !

La multiplication des réunions sera facilitée par la disparition des décrets de 1950 au profit du décret du 20 août 2014, qui introduit dans le service des enseignants une série de “missions liées” définies localement. Et le ministère d’expliquer : “l’enjeu de l’année à venir se situe au niveau des conseils d’enseignements (disciplinaires) et des conseils pédagogiques qui devront bien définir comment seront réorganisés les EPI et l’accompagnement personnalisé”, et d’ajouter “la réforme du collège donne un cadre pour le travail en équipe qui vient en écho au décret d’août 2014 reconnaissant toutes les missions liées à l’enseignement”.

Quant aux chefs d’établissements, ils seraient chargés – en lien avec les IPR – de la formation des enseignants !

Ce projet n’est ni amendable ni négociable, il doit être retiré

Ce projet ne répond en rien aux revendications des personnels. Loin de réduire les difficultés actuelles, il ne peut que conduire à une dégradation accrue des conditions de travail et d’étude.

Ce projet n’est ni amendable ni négociable, il doit être purement et simplement retiré.

Or, on doit constater que toutes les organisations syndicales participent aux “négociations” sur les bases du projet du ministère. Ce qui permet à celui-ci de manœuvrer en reportant ses annonces sur les programmes et l’évaluation.

Pour la direction du SNES “ce projet de réforme est en l’état inacceptable”  ; la direction du SNFOLC en demande l’abandon. Mais la participation des directions syndicales aux “concertations” permet au gouvernement d’avancer.

Combattre cette politique implique d’exiger des directions des syndicales qu’elles se prononcent pour le retrait du projet de réforme du collège, qu’elles quittent les concertations et boycottent le CSE.

L’unité réalisée sur ces bases ouvrirait la voie à la mobilisation pour le retrait de la réforme des collèges, contre l’application de la loi Peillon, pour l’abrogation des décrets sur les statuts. (2)

Cela permettrait de créer le rapport de force nécessaire pour la satisfaction des multiples revendications enseignantes (baisse des effectifs par classe, création des postes statutaires nécessaires, salaires …).

28 mars 2015

(1) La dernière main au livret ouvrier du XXIè siècle http://www.emancipation.fr/spip.php?article1078

(2) Abrogation du décret du 20 août 2014 qui redéfinit le métier en missions et abroge au 1/09/2015 les décrets de 1950, et non publication du décret sur les IMP


Rappel : la mise en œuvre de la loi Peillon votée en 2013, loi dite de "refondation" de l’école s’accompagne d’une importante offensive contre le statut des enseignants.

Dans le second degré, deux décrets en particulier :

- décret n° 2014-940 du 20 août 2014 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants exerçant dans un établissement public d’enseignement du second degré applicable au 1/09/2015 : http://69.emancipation.fr/spip.php?article179
Ce texte concerne, entre autres, les professeurs des écoles exerçant en SEGPA, en EREA et en ULIS.

- décret sur les IMP (indemnités pour missions particulières : http://69.emancipation.fr/spip.php?article206

Dans le premier degré :

- décret du 20/08/2014, JO du 23/08/2014, professeurs des écoleshttp://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000029390985&categorieLien=id

- Des arrêtés et circulaires créent de nouvelles indemnités "de fonction", modifient aussi le rôle des directeurs d’écoles, cf en particulier :
http://eduscol.education.fr/cid48582/guide-pratique-pour-la-direction-de-l-ecole-primaire.html


Brèves

16 janvier - Éducation prioritaire et "loi de refondation"

Alors que des lycées classés en "éducation prioritaire" (EP) se mobilisent contre la suppression (...)

28 novembre 2016 - Motion Cdfn-FSU : Retrait du projet ministériel sur l’évaluation des personnels enseignants

La version finale du projet de décret de réforme de l’évaluation des personnels enseignants sera (...)