Intervention faite par Émancipation dans le débat sur le bilan des élections professionnelles

dimanche 14 décembre 2014
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Un bureau académique du SNES de Lyon ouvert aux différents courants de pensée s’est tenu le 10 décembre dernier. Il s’agissait de faire un bilan de sélections professionnelles.

Ci-dessous l’intervention du courant Émancipation

Il y a nécessité d’un bilan approfondi de ces élections professionnelles. D’ordinaire, ces élections sont caractérisées par des résultats d’une très grande stabilité, avec de très faibles évolutions d’une élection à l’autre. Cette fois ci, avec des mouvements de 5 à 6%, il s’agit d’un véritable séisme, dont on doit prendre la mesure d’autant plus que ces évolutions se font au détriment de la FSU, et du SNES en particulier : la FSU perd 5%, avec en particulier un recul du SNES de 6%. La CGT recule aussi fortement, dans l’enseignement comme dans toute la fonction publique. Et, dans l’enseignement, FO progresse de 3,5%.

Pour expliquer de tels résultats, on ne peut se réfugier derrière de fausses explications. On nous dit : “On n’a pas su expliquer notre position. On n’a pas été bon en matière de communication”, et aussi : “FO a mené une campagne ultra simpliste avec des arguments mensongers”. Ce type d’explication n’est pas recevable. Les “faiblesses de communication”, c’est le type d’arguments que le gouvernement utilise pour expliquer le rejet de sa politique. Maintenir ce type d’explication, c’est prendre les collègues pour des imbéciles. Or les collègues ont jugé sur le fond. Un grand nombre se sont abstenus, presque la moitié d’entre eux, et une part significative des votants s’est détournée de la FSU et du SNES.

La critique des méthodes et les positions de FO ? Ce n’est pas plus valable. En effet, FO, qui existe dans le primaire et le second degré depuis 1984, n’a jamais modifié ses méthodes et son discours. Or, FO est resté marginal durant des années. Même aux élections de décembre 1993, où il aurait pu profiter de la dislocation de la FEN, il n’a absolument pas progressé. Mieux : aux élections de décembre 1996, où la FSU se présentait pour la première fois, FO reculait de plus de 3%. Pourtant, la politique de la toute nouvelle FSU n’avait rien de très combative. Les camarades qui ont participé au congrès de fondation de la FSU, fin mars 1994, se souviennent des débats sur l’action, alors que se développait la grève massive des étudiants contre les décrets CIP de Balladur. Mais la FSU avait refusé d’appeler à la grève dès l’ouverture du congrès… Cela dit, les enseignants à cette époque cherchaient d’abord à reconstruire un syndicat de masse pouvant les défendre au mieux. Et les résultats de décembre 1996 étaient sans appel : le SNES seul réunissait plus de 100 000 voix, et le SNUipp regroupait plus de 90 000 voix. À eux seuls, les deux principaux syndicats de la FSU rassemblaient 184 000 voix. Au total, la FSU recueillait alors 234 000 voix. Combien aujourd’hui font le SNES et le SNUipp ? Mais on mesure l’écart puisqu’au total, la FSU ne recueille aujourd’hui que 144 000 voix, tous syndicats confondus. C’est un tournant historique, vingt ans après la création de la FSU.

Et que l’on ne vienne pas dire, comme on l’a entendu, que l’on serait victime d’un “effet de baisse des syndicats majoritaires”, comme s’il existait une loi qui ferait que, indépendamment de leur orientation, les syndicats majoritaires seraient voués à régresser. Il suffit d’observer la chute de la CGT, au moment où la crise frappe violemment sa direction ; et ce n’est pas une question de personne ou de Lepaon, c’est une crise ouverte depuis presque deux ans, liée au fait que la direction de la CGT s’est engagée, aux côtés de la CFDT, dans une profonde collaboration avec le gouvernement Hollande et sa politique de dialogue social.

La forte baisse de la CGT dans la fonction publique devrait – de ce point de vue - interpeller ceux qui, dans ce bureau, continuent de rêver à un mariage avec la CGT, qui est totalement marginalisée dans l’éducation nationale. Autant proposer un mariage entre deux ambulances et, si on continue sur cette orientation, on souhaite bien du plaisir à ceux qui voudront convaincre les collègues, en salle des professeurs, de rejoindre la CGT : la grande majorité se dé-syndiquera.

Car, sur le fond, il s’agit bien d’un problème d’orientation. Il faut revenir aux élections de 1996, et au bureau national de la FSU de janvier 1997 qui analysa ces résultats. Tous les courants de pensée qui étaient présents à ce bureau national jugèrent qu’il s’agissait d’une victoire de la FSU. Mais il me souvient aussi d’avoir expliqué alors : le gouvernement va désormais chercher auprès de la direction de la FSU “l’essentiel de l’appui indispensable pour faire passer sa politique”. Parce qu’il s’agit là d’une pratique constante des patrons et des gouvernements : chercher toujours à faire porter les mesures réactionnaires et les réformes aux syndicats majoritaires dans un secteur professionnel ou à l’échelle nationale. Et, durant 20 ans, la direction de la FSU a participé à toutes les concertations avec le gouvernement, et s’est pleinement engagée dans l’approfondissement du dialogue social voulu par Hollande. À la fin, il arrive un moment où il faut payer le prix de cette politique de collaboration. Ces élections marquent ainsi un tournant : ou on change de politique, ou le SNES et la FSU vont entrer en crise.

Le SNES en particulier paye son refus de combattre pour la défense inconditionnelle des décrets de 1950. Et il ne sert à rien de le nier : il y a bien annualisation du temps de travail. Les horaires de cours restent, en gros, définis hebdomadairement, mais la charge annuelle de travail est définie en référence à la loi d’annualisation, et une série de travaux et réunions étant ajoutée aux heures d’enseignement, les chefs d’établissement pourront donc multiplier les réunions, avec une ampleur variable selon les semaines. C’est bien ça, l’annualisation : une variation “autour” d’une moyenne, et l’imposition d’un volume variable de réunions selon les besoins hebdomadaires et locaux que définit le chef d’établissement.

Il est d’ailleurs significatif que tous les syndicats de la FU n’aient pas reculé ; ainsi, le SNUEP-FSU de l’enseignement professionnel, du fait de sa mobilisation contre les attaques gouvernementales, progresse de 0,6%.

Au-delà, ces résultats traduisent l’aggravation des conditions de travail au fur et à mesure que se met en place la loi Peillon. Or, le SNES et la FSU ont refusé de combattre pour le retrait (puis l’abrogation) de cette loi. Et cette loi, il faut le rappeler, a été votée par les partis du gouvernement, dont le PS, mais aussi par la totalité des élus du Front de gauche-PCF. Comment s’étonner dès lors que les collègues associent notre syndicat et ce qui a été appelé ici “le naufrage de la gauche” ?

Aucune loi n’oblige la direction syndicale à pactiser avec le gouvernement. Aucune loi ne contraint la direction syndicale à s’enfoncer davantage dans le dialogue social.

D’autres mesures sont en préparation, tout aussi réactionnaires, concernant les programmes, l’évaluation, l’enseignement prioritaire, l’autonomie des établissements. C’est avec ce gouvernement, avec cette politique, qu’il convient de rompre immédiatement.

Serge Goudard (Émancipation)


Alors que le redéploiement (diminution) des moyens touche d’ores et déjà nombre d’établissements en éducation prioritaire, alors qu’en application de la politique du gouvernement (application des lois Peillon/Fioraso/de décentralisation/des décrets statutaires…) se préparent de nouvelles attaques (diminution des DHG, atteintes aux garanties statutaires, redéfinition des programmes, de l’évaluation : curriculum et compétences…), les élus à la CA académique du SNES de Lyon appellent à renforcer la syndicalisation nécessaire pour aider au redressement de l’orientation du syndicat, conformément aux besoins des personnels. Pour organiser ce combat à l’intérieur du syndicat, nous appelons les collègues à renforcer l’activité du courant Émancipation en contribuant à son activité.

Hélène Bertrand, Jorge Casas, Serge Goudard, Claire Kizilian


À relire, la position d’Émancipation sur la loi de 2010 relative à la "rénovation du dialogue social" - et les accords de Bercy - Cette loi définit les règles de représentativité selon les résultats des élections aux comités techniques (organes de "dialogue social") et non plus par rapport aux Commissions paritaires :

Le syndicalisme, c’est la lutte collective et pas le "dialogue social"
http://69.emancipation.fr/spip.php?article202