Assez de “refondation” Belkacem-Peillon, l’éducation doit rester “prioritaire”

mercredi 3 décembre 2014
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Il ne passe pas un jour sans que des écoles, des établissements… se mobilisent, souvent dans l’unité des organisations syndicales. Spontanément, la contre-réforme de l’éducation prioritaire est ainsi combattue.

Car les personnels et les parents d’élèves ne s’y trompent pas : derrière la redéfinition de la carte de l’éducation prioritaire, c’est finalement la mise en cause de l’éducation prioritaire elle-même (réseaux REP et REP+) qui est à l’ordre du jour. À savoir la mise en cause des effectifs allégés dans les classes, des moyens pédagogiques…

Redéploiements et dérèglementation Peillon-Belkacem

La "relance" de l’éducation prioritaire est synonyme de déréglementation, et d’austérité rebaptisée "redéploiement". Dans la lignée des établissements ECLAIR, les établissements "REP+", fers de lance du projet ministériel, sont un laboratoire de l’application de la "refondation" de l’éducation inscrite dans la loi d’orientation de Peillon votée en 2012. En REP+, le “référentiel des meilleures pratiques” et “le projet de réseau” doivent s’imposer à tous les personnels. Les conséquences ? Renforcement du poids des hiérarchies locales, organisation des enseignements et orientation pédagogique alignée sur le nouveau "socle de compétences", modalités de travail en équipe imposées... Avec les programmes sous formes curriculaires et le “parcours individuel de l’élève”, les contenus disciplinaires seront modulables selon les conditions locales.

C’est pourquoi il est important, dans les débats au sein des écoles et des établissements du second degré, d’informer sur la réalité de ce miroir aux alouettes que constituent les REP+. Et ce d’autant plus, que sous couvert d’équité, Belkacem annonce à mots couverts une liquidation complète du dispositif (REP et REP+) :"L’alternative ne sera plus entre être ou ne pas être en éducation prioritaire".

Le véritable contenu du décret Hamon-Peillon sur les obligations de service (déclinées en “missions”) se révèle de plus en plus : la pondération de 1.1 appliquée dès septembre dans les REP+ a entrainé nombre de réunions et tâches supplémentaires. Face à ces nouvelles atteintes à leurs conditions de travail et à leurs garanties statutaires, dès septembre la résistance des collègues de REP+ s’est exprimée dans nombre d’établissements. Il ne s’agit là que de la pointe émergée de l’iceberg. Avec l’application totale du décret à tous les enseignants, de multiples tâches deviendront obligatoires, comptabilisables et sous le contrôle du chef d’établissement. La réalité de la première application de ce décret justifie plus que jamais d’en exiger l’abrogation.

Diviser pour mieux réformer

La ministre échelonne les annonces de sortie de l’éducation prioritaire : d’abord l’académie de Paris jugée la moins défendable, puis Créteil et Lille plus nécessiteuses… Au final, toutes les académies seront fixées avec la présentation des deux “réformes”, celle de l’éducation prioritaire et celle de l’allocation des moyens, le même jour mi-décembre, à la veille des vacances de Noël.

Il y a un an, traité de “privilégiés” par Peillon, les enseignants des classes préparatoires aux grandes écoles avaient massivement fait grève pour la plupart contre l’ensemble du projet de réforme du statut et pas seulement sur la question salariale. Mais au lieu d’appeler à la mobilisation de tous les personnels pour imposer le retrait du projet Peillon, le maintien des acquis statutaires (décrets de 1950), les directions syndicales se sont soumises aux concertations sur les “métiers” ouvrant ainsi la voie aux nouveaux décrets statutaires (1er et 2nd degré).

Aujourd’hui, la lutte des personnels des ZEP ne concerne pas que des aspects corporatifs (prime ZEP ou mutations) ou des établissements isolés. Elle concerne toute l’éducation prioritaire, premier et second degrés, et au de-là l’ensemble des personnels. Car la mise en cause de l’éducation prioritaire est partie intégrante de la contre réforme Peillon, laquelle organise l’éclatement du cadre national des horaires, des programmes…

La question qui est posée est donc celle de la coordination des résistances, partant des mobilisations locales décidées et contrôlées par les personnels, pour leur extension et leur généralisation sur le plan national… autrement dit la grève sur les revendications, contre la "réforme" de l’éducation prioritaire et plus généralement contre les différents aspects de la mise en œuvre de la loi Peillon. Ce qui est inséparables du combat à mener pour la rupture des multiples discussions syndicats-gouvernement, du “dialogue social” visant à mettre en œuvre la loi Peillon.


Non à l’école du socle, et à la mise en cause des garanties statutaires


- Mise en application de la loi Peillon de 2012

Dans le mail envoyé à l’ensemble des collègues concernant la dite “modernisation des métiers de l’éducation”, la ministre Vallaud-Belkacem ne masque pas les enjeux : pour que la loi Peillon votée en 2012 puisse s’appliquer, pour que la “refondation réussisse”, “il était indispensable que tous les métiers de l’éducation soient repensés et que les missions des personnels correspondent à cette nouvelle ambition pour l’école”.

Cette “nouvelle ambition pour l’école”, tous les collègues qui sont confrontés aux débuts de l’application de la loi Peillon dite de refondation, en éprouvent la nocivité. Le décret sur les rythmes scolaires dans le primaire, la contre-réforme de l’éducation prioritaire ne sont qu’un début.

Pas à pas, le gouvernement poursuit l’application de la loi Peillon dite de “refondation”. Dernier exemple en date, le décret sur les conseils de cycles et le conseil pédagogique publié le 22 octobre. Ce décret ne constitue bien évidemment pas une surprise, un regard attentif suffit à convaincre qu’il est intimement lié à l’ensemble des autres chantiers.

- École du socle…

Avec ce décret qui doit entrer en application à la rentrée 2015 :

- le gouvernement donnerait "corps et existence" aux cycles, notamment le cycle 3 (CM1-CM2-6e), et voudrait faire des cycles des outils d’application de la logique du "socle commun" ;

- les personnels enseignants en classe de sixième seraient “membres du conseil de cycle 3” avec l’ensemble des écoles du secteur du collège. Les professeurs des écoles pourraient “participer aux conseils de classe de sixième” ;

- les conseils pédagogiques seraient relancés avec des pouvoirs renforcés. Sous la houlette du chef d’établissement, ils serviraient notamment à désigner les enseignants qui participeraient au conseil école-collège, aux conseils de cycle 3.

En donnant corps aux cycles dans les collèges on accroît le rapprochement entre les écoles et les collèges, vers l’école du socle. Cela ne peut aboutir à terme qu’à induire des échanges de service entre enseignants des écoles et des collèges, au mépris des garanties statutaires des enseignants et de leurs conditions de travail.

La multiplication des réunions est indispensable pour mettre en place le socle commun, l’enseignement par compétences et la généralisation des livrets. Cela va de pair avec la démarche “curriculaire” annoncée par Belkacem, c’est à dire l’adaptation locale des programmes et leur déclinaison par domaines et par cycles (mettant en cause leur caractère annuel…), et la volonté de développer l’évaluation par compétences (tel sera le rôle de la conférence sur l’évaluation “positive”).

- …et attaques contre le statut

Le nouveau décret concernant l’organisation des “instances compétentes en matière pédagogique à l’école primaire et au collège” vise aussi à imposer de nouvelles obligations aux personnels, définies par les hiérarchies locales. Ces nouvelles obligations sont la traduction concrète des “missions liées” (et des “missions complémentaires”) du décret statutaire Peillon-Hamon, qui doit entrer en application dans le second degré en 2015. La modulation des obligations de service, des emplois du temps et des enseignements en fonction des contextes locaux permettra de diminuer les besoins en personnels et de faire d’importantes économies : tel est le véritable objectif du gouvernement.

Ce décret, comme la “réforme” de l’éducation prioritaire est contradictoire avec les revendications des personnels (réduction des effectifs, travail en petit groupe, rétablissement des horaires d’enseignement qui ont été diminués…).

Exiger l’abrogation du décret sur le conseil de cycle et le conseil pédagogique, l’abrogation du décret Peillon-Hamon sur le statut des enseignants du second degré, du décret modifiant les obligations de services des professeurs des écoles, combattre contre l’application de la réforme/liquidation de l’éducation prioritaire sont un seul et même combat. Sur cette orientions, il est possible d’organiser des assemblées générales pour informer, préparer la mobilisation.

Cela implique d’exiger des directions syndicales qu’elles cessent de participer aux concertations sur l’application de la réforme Peillon, qu’elles réalisent l’unité sur ces bases, et développent une campagne de mobilisation, appellent les personnels du premier comme du second degré à la grève pour l’abrogation de ces décrets.


Photo : photothèque du mouvement social, Romani, 6/04/2013

Rappel : cette année, seul l’article 8 du nouveau décret statutaire s’applique (en éducation prioritaire, pondération de 1.1)

A la rentrée prochaine, l’ensemble du décret devrait s’appliquer à tous. Or, l’article 2 concerne tout les les certifiés, agrégés...

Dans les "missions liées" figurent en toutes lettres : "l’’aide et le suivi du travail personnel des élèves, leur évaluation, le conseil aux élèves dans le choix de leur projet d’orientation en collaboration avec les personnels d’éducation et d’orientation, les relations avec les parents d’élèves, le travail au sein d’équipes pédagogiques (...) les équipes pluriprofessionnelles", ce qui deviendra donc obligatoire.

On comprend donc la pression qui s’exerce déjà en REP+ pour imposer aux collègues des tâches supplémentaires (lesquelles seront, l’an prochain, obligatoires, modulables selon les établissements dont l’autonomie est accrue, de même que les pouvoirs des chefs d’établissement)

à relire : http://69.emancipation.fr/spip.php?article179

Décret du 20/08/2014, JO du 20/09/2014 (certifiés et agrégés) :

- la totalité du décret qui s’appliquera au 31/08/2015 :
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do ;jsessionid=AAD8C8C5BEF581698BEFE76BB30997BC.tpdjo09v_2?cidTexte=LEGITEXT000029394703&dateTexte=20150831

- l’article 8 s’applique dès la rentrée (éducation prioritaire)
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000029390906


Documents joints

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