La "refondation" Peillon-Vallaud-Belkacem commence à la maternelle

vendredi 5 septembre 2014
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La rentrée 2014-2015 est celle de l’application de la loi Peillon.

Rythmes scolaires ? "La loi scolaire ne souffrira d’aucune exception" a affirmé Najat Vallaud-Belkacem, à peine nommée.

Manque d’enseignants, hausse des effectifs : dans le Rhône, le déficit serait, selon l’administration, de 20 à 40 enseignants dès ce mois de septembre.

Et la "refondation" Peillon commence à la maternelle. Pour affaiblir les résistances le gouvernement a programmé une série de "concertations/consultations" dont la cadre est clairement défini : faire appliquer la loi Peillon. Car tel est bien l’objectif affirmé par N V Belkacem.

à lire sur le site national :

Maternelle : une “école bienveillante” ?

Le Conseil supérieur des programmes (CSP) a publié, le 3 juillet 2014, le projet de programmes pour l’école maternelle. Soumis à “consultation” en septembre-octobre, ces programmes seront appliqués à la rentrée 2015.

La maternelle deviendrait une “école bienveillante” et retrouverait “sa fonction propre”. Sans aborder ici l’architecture des domaines d’apprentissage (dont il faudra par ailleurs souligner l’importance), on constate que les axes du projet de programme et des recommandations du CSP participent de la “Refondation”/ dislocation de l’école publique.

Les programmes de 2002-2008 critiqués ?

Un cycle unique

La loi d’orientation 2013 a créé un cycle unique – de la petite à la grande section -, alors que depuis 1989, la “grande section” (GS) était rattachée au cycle 2 du primaire, avec le cours préparatoire (CP). La maternelle ne sera plus “subordonnée à l’élémentaire” et la GS plus un mini CP.

“Ce programme, explique Sylvie Plane (1), ne considère pas les fondamentaux d’un point de vue disciplinaire”  ; “il s’agit plutôt d’équiper l’enfant de maternelle, sur tous les plans, cognitif, social, moteur, culturel – ou plus exactement de l’aider à s’équiper - pour qu’il puisse entrer sans difficulté dans tous les apprentissages, et en respectant son rythme de développement”.

Réintroduction du jeu

Le projet remplace les éléments trop moralisateurs du “devenir élève” du programme de 2008 par le “vivre ensemble” et on peut apprécier la réintroduction du jeu comme modalité d’apprentissage.

L’enseignant donne à tous les enfants un temps suffisant pour déployer leur activité de jeu. “Le jeu favorise la richesse des expériences vécues des enfants dans l’ensemble des classes de l’école maternelle et alimente tous les domaines d’apprentissage. Il permet aux enfants d’exercer leur autonomie, d‘agir sur le réel, de construire des fictions, de développer leur imaginaire. Il leur permet également de communiquer avec les autres, de se construire au sein d’une communauté et d’y tisser des liens forts d’amitié. Il revêt diverses formes : jeux symboliques, jeux d’exploration, jeux de construction et de manipulation, jeux collectifs et jeux de société, jeux fabriqués et inventés, etc.”

Rôle de l’enseignant

L’ancien programme indiquait : “progressivement, [les enfants] parviennent à distinguer”, “progressivement, ils acquièrent…”  ; “ils établissent une première correspondance entre la désignation orale et l’écriture chiffrée ; leurs performances restent variables mais il importe que chacun ait commencé cet apprentissage”… Dans le projet du CSP, le maître ou la maîtresse explique aux enfants ce qu’ils apprennent, verbalise, incite, encourage, valorise... Il ou elle donne “aux enfants les moyens de comprendre ce qu’ils font à l’école, ce qu’ils y apprennent et pourquoi ils l’apprennent”.

On peut cependant s’interroger : ces nouvelles formulations ont-elles pour objectif de donner des consignes plus claires aux enseignants, de rendre l’enseignement plus explicite ? Ou s’agit-il de rendre les enseignants responsables alors que l’État se désengage en envoyant dans les classes de multiples “stagiaires” sans formation et qui n’ont souvent comme seule référence que leur vécu d’élève ? Et que dire de l’exigence de “respect du rythme de développement” de l’enfant dans des classes de 33, voire 35 élèves ?

Car, au-delà du verbe, d’autres aspects inscrivent pleinement ces nouveaux programmes dans la continuité des attaques contre l’école publique.

Une école territorialisée – municipale ?

Une école bienveillante ?

Depuis la loi de 2005, l’accueil en classe des élèves handicapés s’est développé. Mais la loi Peillon va beaucoup plus loin, imposant à tous les enseignants une prise en charge personnalisée de ces élèves. Le projet indique (p. 4) : “L’école maternelle est une école bienveillante. […] Les enfants handicapés, comme tous les enfants, sont accueillis à l’école maternelle, dans les meilleures conditions possibles” (sic) ! Et plus loin, l’enseignant “veille à ce que les enfants handicapés n’ayant pas la possibilité de parler puissent communiquer quel que soit le moyen”. (p. 18).

Il en va de même pour l’accueil des deux ans : la circulaire du 18/12/2012 n’indique aucune norme précise d’effectif, ni d’encadrement. Il est seulement demandé la “présence régulière” – et non à plein temps - “de l’ATSEM” ! Ce sont donc les enseignants qui deviendront responsables d’accueillir avec “bienveillance” tout le monde !

Les enseignants recevraient une formation “adaptée”. Il s’agit, en fait d’une “formation en ligne” obligatoire, via la plate forme M@gistère. L’État se dédouane ainsi de toute norme contraignante : effectif faible ; dispositifs et matériels spécifiques, personnel statutaire qualifié et formé… Les 6000 emplois prévus incluant tout à la fois “Accompagnement des élèves en situation de handicap, CPE, personnels administratifs, médico-sociaux, vie scolaire” et “accompagnants” sont voués à la précarité (contrats aidés, et au mieux CDI… à temps partiel).

L’école bienveillante, c’est donc l’accueil obligatoire… dans n’importe quelles conditions ou selon les conditions locales !

École ou structure de la petite enfance ?

Le texte du CSP indique : “L’école maternelle construit des passerelles au quotidien entre la famille et l’école, le temps scolaire et le temps périscolaire. Elle joue aussi un rôle pivot à travers les relations qu’elle établit avec les institutions de la petite enfance et avec l’école élémentaire”.

L’école maternelle “passerelle” a déjà pris corps avec la circulaire sur l’accueil des deux ans. Ainsi, à Mantes-la-Jolie une classe de Tous petits a été ouverte dans les locaux d’une halte garderie. Elle accueille 15 élèves encadrés par une institutrice et une ATSEM. Mais l’enseignante n’a plus aucune relation avec les enseignants des écoles. L’implantation de classes maternelles en dehors d’un établissement scolaire ouvre ainsi la voie à la mise sous tutelle de la municipalité.

Et le projet de programme va dans ce sens : “tout en gardant ses spécificités, l’école maternelle travaille avec les institutions de la petite enfance pour mettre en place les synergies possibles entre les différents lieux d’accueil et d’éducation au cours de la journée, de la semaine et de l’année”.

Déjà, à chaque fois qu’un élève est radié de l’école maternelle, la mairie impose en cours d’année un nouvel élève. En inscrivant les radiations sur papier (en non dans base élève) nous arrivons encore à limiter ce va-et-vient permanent qui rend très difficile la gestion des classes aux effectifs pléthoriques. Devra-t-on demain accueillir dans la classe des enfants en provenance de structures de garde diverses (garderies, crèches, nounous) ? Va-t-on vers une organisation des maternelles calquée sur celle des crèches à qui on impose maintenant de compléter chaque jour leur effectif par un accueil occasionnel d’enfants ?

Un enseignement soumis au projet d’école et au PEDT

Les relations avec les partenaires extérieurs (associations, mairie…) deviennent obligatoires. “Dans l’élaboration collective du projet d’école, l’équipe pédagogique prend en compte la pluralité des publics et des contextes d’enseignement et tire parti des ressources de son environnement”. Elle “établit des relations avec des partenaires extérieurs à l’école, notamment dans le cadre des projets éducatifs territoriaux” (p 10).

Le programme présenté comme national est en fait réduit à “un cadre” dont la déclinaison est soumise à l’environnement. L’absence de programme rigide en maternelle n’est pas à priori à regretter (avant la “primarisation” de la maternelle introduite en 1989, les enseignants avançaient souvent avec une grande liberté d’action). Mais en soumettant au projet d’école, aux PEDT, l’organisation et de la continuité des apprentissages, on place l’école sous la tutelle des pouvoirs locaux (“L’articulation entre l’école maternelle et l’école élémentaire est structurée par le projet de chacune des différentes écoles”).

Le décret sur les rythmes scolaires a posé “la première pierre d’une orientation plus large qui vise à la territorialisation de l’Éducation nationale” (2). La disparité entre écoles va s’accentuer de plus en plus. Et le “suivi individuel des enfants” va dans le sens de l’individualisation du “parcours de l’élève” inscrit dans la loi Peillon.

Et l’évaluation ?

On ne parle plus de compétences, mais le programme “énonce les objectifs visés pour les élèves” (objectifs numérotés). Le ministère annonce une “nouvelle politique de l’évaluation”. Il décide d’une “concertation” sur le projet de programme de maternelle, sur le socle commun, avant même de dévoiler le contenu précis de cette nouvelle évaluation. On peut donc s’attendre à voir ressurgir les compétences à travers le “carnet de progrès de l’élève” (lesquelles compétences sont inscrites dans la loi Peillon).

De plus, l’évaluation est explicitement définie comme un moyen de pilotage du système, “un outil essentiel de travail au sein des équipes”, “un outil de régulation de l’activité professionnelle des enseignants dans la classe et dans l’école pour tous les domaines d’apprentissage” (p.10). Ce qui se profile, c’est une évaluation des équipes, la fin de toute liberté pédagogique (soumission des enseignants au projet d’école, aux PEDT, aux pouvoirs locaux...)

Cette autonomie s’inscrit dans la marche à la dislocation du cadre national des enseignements (diplôme, statuts) et ne peut que décupler la sélection sociale. Et elle s’accompagne de la dislocation du cadre national du statut des personnels et des garanties qui lui sont liées.

Dans ces conditions, le combat doit être mené pour que les syndicats appellent et organisent le boycott de la consultation sur les programmes. Cela participe du combat contre l’application de la loi Peillon (pour son abrogation).

Et la défense des maternelles exige des revendications claires, en premier lieu : création de toutes les classes nécessaires permettant l’accueil des enfants dès deux ans dans des classes à effectifs réduits (pas plus de 15 élèves en petite section, de 20 élèves en moyenne et grande section), encadrés par un professeur d’école formé et une ATSEM à plein temps ; implantation des classes dans des locaux scolaires dotés d’équipements spécifiques adaptés aux jeunes élèves. De même faut-il exiger l’abrogation des textes portant atteinte au statut des professeurs des écoles.

Ariane Lefèvre, institutrice en maternelle (Les-Mureaux)

(1) Sylvie Plane, membre du CSP
(2) Sous-section SNUIpp des Mureaux http://www.emancipation.fr/spip.php?article880

L’Émancipation syndicale et pédagogique -2/09/2014 –page 22 et 23

Lisez, abonnez-vous à la revue  :
http://www.emancipation.fr/spip.php?rubrique16


Projet de programme de maternelle sur le site du Conseil supérieur des programmes (CSP) :

- version courte (23 pages) :

http://cache.media.education.gouv.fr/file/Organismes/32/6/CSP-PROJET_DE_PROGRAMME_eCOLE_MATERNELLE_337326.pdf

- version longue avec les recommandations (70 pages) :

http://cache.media.education.gouv.fr/file/Organismes/32/4/CSP-_Projet_de_programme-recommandations_337324.pdf

La page du Conseil supérieur des programmes :

http://www.education.gouv.fr/cid75495/le-conseil-superieur-des-programmes.html

- Ci-dessous, l’article de la revue L’émancipation : Maternelles : une "école bienveillante" ? en PDF (pour imprimer, afficher, faire circuler...)


Documents joints

Maternelles : une écolle "bienveillante"
Maternelles : une écolle "bienveillante"

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