NON A LA RÉFORME PEILLON — NON A LA DESTRUCTION DE NOTRE MÉTIER (lycée Condorcet, Paris)

mardi 25 mars 2014
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LYCEE CONDORCET, PARIS, le 25 mars 2014

(Texte rédigé après une réunion au lycée, proposé aux collègues par mèl
et d’ores et déjà approuvé par quarante professeurs)

Nous, professeurs au lycée Condorcet, qui enseignons dans le Secondaire et/ou en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles, syndiqués ou non syndiqués, tenons à affirmer notre opposition aux projets de décret qui circulent actuellement sur les réseaux sociaux et dont on entend dire qu’ils devraient faire, le 27 mars prochain, l’objet d’une décision ministérielle.

— On se propose de réformer profondément le statut des enseignants sans qu’une concertation d’ampleur des personnels concernés ait été organisée. Il faut prendre acte du problème que constitue le faible taux de syndicalisation au sein de la fonction publique : les discussions et débats qui ont eu lieu ici et là sont très insuffisants. Les professeurs n’ont pas été assez informés et consultés.

Un projet d’une telle ampleur ne se décide pas en toute hâte et dans la confusion, qui plus est en une année d’élections, tandis que des rumeurs de remaniement ministériel se multiplient. Les conditions de la confiance, gravement mises à mal en décembre dernier à propos des Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles, ne sont toujours pas réunies.

— Les projets de décret qui circulent font tous état d’une définition du métier d’enseignant en trois « missions », dont l’une seulement (la mission d’enseignement) est présentée avec une référence explicite aux maxima de service des différents corps concernés. Les autres missions (dont, notamment, la préparation des cours – qui se voit de fait disjointe de la mission d’enseignement !) relèvent d’un préambule qui spécifie que les professeurs sont « tenus d’assurer » les trois missions définies « dans le cadre de la réglementation applicable à l’ensemble des fonctionnaires en matière de temps de travail [soit 1607 heures annuelles] et dans celui de leurs statuts particuliers respectifs ». Cette formulation, pour le moins équivoque, ne peut que susciter une grave incertitude sur la définition à venir des temps de présence et des services au sein des établissements.

On nous assure de divers côtés que « rien ne change » et que « nous effectuons déjà ces missions » : mais alors pourquoi abroger le décret initial, qui a permis l’adaptation du métier aux nouvelles exigences ? Insister, comme le faisait notamment Luc Chatel en octobre 2013, sur le fait que ce décret de 1950 date du « siècle dernier », n’a rien d’un argument.

Nous ne pensons pas que ces textes étaient les meilleurs du monde, mais que les projets actuels ne nous permettent pas de mesurer ce qui sera ou non exigible désormais en termes de temps de travail, de définitions de service, et de rémunération.

Les remarques sur le volontariat ne sont pas davantage rassurantes, compte tenu de la complexité des conditions d’enseignement, qui varient radicalement d’un établissement à l’autre, et que ce projet ne permet pas de clarifier.

— Nous tenons à réaffirmer que notre métier se définit tout entier par l’enseignement ; nous savons bien sûr qu’il engage autre chose que du temps de présence en classe (temps de présence qui semble être, à lire les projets de décret, la définition incroyablement restrictive de ce que l’on devrait entendre par « enseignement »…) ! Faut-il le préciser ? Nous n’avons jamais pensé que nos tâches se réduisaient au temps de présence en classe.

— Nous demandons qu’on nous accorde la confiance et la reconnaissance du travail fait, une véritable revalorisation de nos carrières et salaires.

De ce point de vue aussi les projets, qui transforment des attributions d’heures en pondérations horaires, entraineront pour certains une baisse de revenu. Comment accepter une réforme qui se jouerait au détriment de certains collègues ?

— Nous demandons la prise en compte de la difficulté de notre métier plutôt que la dissociation de celui-ci en diverses « missions » éclatées.

Un syndicat affirme, en commentant la version actuelle du décret, que son « architecture » « consolide la notion de professeur–concepteur de son enseignement en tant que cadre de la Fonction publique de l’État. » Nous pensons, tout au contraire, que rien n’est consolidé.

— On ne change pas la définition d’un métier à la hâte et sans une concertation qui s’étende bien au-delà des syndicats d’enseignants et rende possible un réel temps de réflexion. Rien de cela n’est possible dans les conditions présentes. C’est pourquoi nous demandons aux organisations syndicales consultées de suspendre leur participation aux discussions actuelles, et au Ministre de l’Education Nationale de bien vouloir retirer ces projets de décret.


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