Congrès FSU 69 : pour une autre orientation

mercredi 5 février 2014
par  HB
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La direction U&A avait mis au centre de ce congrès une actualisation du règlement intérieur du CDFD (Conseil délibératif fédéral départemental de la FSU) une actualisation de son règlement intérieur. Au-delà de quelque points de détails qui pouvaient être justifiés techniquement, la direction U&A avec l’appui de l’École Émancipée (EE) a aussi fait disparaître toute référence, même formelle à la possibilité d’une expression pluraliste au sein du bulletin départemental de la FSU du Rhône. La phrase suivante a été supprimée : le bulletin “est à la fois un bulletin d’information et de mobilisation, il est l’expression de la FSU dans son pluralisme” (seuls les délégués d’Émancipation ont voté contre cette suppression).

Nous publions ci-dessous les interventions Émancipation et les motions que nous avons présentées.

Intervention introductive d’Émancipation

Pour commencer, trois repères chronologiques.

Il y a exactement deux ans, en février, alors que Sarkozy était encore Président, Bernadette Groison, représentante de la FSU, répondait à une interview télévisée sur la question du dialogue social (1). Elle affirmait en particulier qu’“un cadre a été posé après les accords de Bercy. La loi de 2010 a posé un cadre”. Et elle se félicitait qu’il y ait, dans certains domaines, “un vrai dialogue social” comme “sur la question des non titulaires dans la fonction publique”. Mais elle regrettait que trop souvent ce dialogue social n’existe pas et en concluait : “Je dirais que maintenant tout reste à faire en terme de dialogue social”.

Quelques mois plus tard, François Hollande était élu Président, et la direction de la FSU manifesta son plaisir, en particulier pour davantage de dialogue social. Le 4 septembre 2012, sur RFI, Bernadette Groison affirmait ainsi avec force : “le dialogue social a été rétabli”.

Troisième repère : Il y a quelques jours, le 14 janvier, François Hollande tenait une conférence de presse. C’est lors de cette conférence de presse qu’il a annoncé son projet de Pacte de responsabilité, une proposition parfaitement réactionnaire qui prévoit de donner plus de 30 milliards au patronat en portant un très grave coup à la Sécurité sociale, par la disparition de la cotisation destinée au financement des allocations familiales. Il a expliqué de ce pacte de responsabilité : “il a un principe simple, c’est d’alléger les charges des entreprises”. Parler de “charges” est d’ailleurs un langage typiquement patronal puisque toutes les cotisations (y compris patronales) sont en réalité une partie du salaire total des travailleurs.

On nous a expliqué il y a un instant que Hollande aurait ainsi engagé un tournant, comme s’il avait changé d’orientation le 14 janvier. Mais, n’en déplaise à ceux (2) qui découvrent sa politique, et qui avaient sans doute des illusions, Hollande mène la même politique depuis son arrivée au pouvoir, et cette politique est conforme à ce qu’il avait annoncé dans son programme. Par contre, le 14 janvier, il a exprimé sa volonté d’accélérer le rythme de son offensive contre les acquis sociaux. Et il a explicité par quels moyens il entendait accélérer. Or ceux qui critiquent tant Hollande n’ont pas retenu le passage suivant de son intervention, dans lequel il réaffirme sa méthode : “le pacte de responsabilité, c’est un grand compromis social… Ma méthode, c’est la négociation. Cette méthode, elle a fait ses preuves depuis les discussions sur les contrats de génération, puis ensuite l’accord sur la sécurisation de l’emploi, la réforme des retraites qu’a menée le Premier ministre, et encore tout récemment la formation professionnelle. Cette méthode est la bonne.”

En effet, cette méthode est efficace, on l’a vu avec la réforme des retraites, longuement discutée avec les dirigeants syndicaux, et qui est passée comme une lettre à la poste. On a vu son efficacité avec la loi Fioraso, qui complète et conforte la loi Pécresse d’autonomie des universités. On l’a vu avec la mise en œuvre des rythmes scolaires, et on l’a vu avec la loi Peillon sur l’école, contre laquelle nulle mobilisation n’a été organisée avant d’être soumise au Parlement. Au contraire, le projet en fut longuement discuté avec les dirigeants syndicaux puis voté par l’ensemble des députés PS et Verts, ce qui est assez logique, et voté également avec l’appui de la totalité des élus PCF-Front de Gauche.

Or cette loi Peillon intègre la réforme des rythmes scolaires, organise la territorialisation de l’enseignement public et prépare la destruction des statuts des enseignants et personnels d’éducation.

C’est donc parce-que les directions syndicales, en premier lieu celles de la FSU et de ses syndicats nationaux, ont participé à ce dialogue social que ces lois réactionnaires ont pu passer sans entrave majeure. Et ce n’est pas Hollande qui dirige la FSU ! Si ce dialogue social a pu jouer son rôle, c’est bien parce que les dirigeants syndicaux l’ont accepté après l’avoir revendiqué.

Dans cette situation, quand le gouvernement s’est trouvé en difficulté, ce n’est pas du fait des responsables syndicaux, mais grâce à la mobilisation spontanée des collègues qui, à plusieurs reprises, ont engagé le combat sur leur mots d’ordre et en s’auto-organisant. Ce fut le cas des collègues du premier degré qui, au printemps dernier d’abord, puis durant l’automne, se sont mobilisés massivement contre la réforme des rythmes scolaires. Et le mot d’ordre qui dominait dans les manifestations, c’était celui du retrait, de l’abrogation du décret, et non pas de quelques menues corrections comme le demandait la direction syndicale.

Puis il y eut la mobilisation dans le second degré contre la liquidation des statuts, Peillon voulant en finir avec les décrets de 1950 qui définissent notre travail en heures de cours pour introduire à la place une infinité de “missions” diverses. Durant des mois, les dirigeants syndicaux ont discuté avec Peillon. Mais fin novembre, quand les collègues ont découvert ces projets, ils ont commencé à se mettre en grève, les collègues de prépa les premiers. Mais, alors que la direction du syndicat voulait les “enfermer” dans des problèmes soi disant catégoriels, nos collègues de prépa ont montré que l’attaque touchait tous les enseignants, ont exigé le retrait de tout le projet, ont organisé la grève, et cette grève a commencé à s’étendre au second cycle.

Le gouvernement a alors reculé, pour un temps.

Maintenant, ce sont les collègues du 92 et du 93 qui sont en grève depuis plusieurs jours sur la question des postes supprimés ou insuffisants, et la grève s’étend avec la même méthode, celle de l’auto organisation en assemblées générales. Et les AG élargissent leurs revendications à d’autres aspects de la politique de Peillon, et la grève commence à toucher d’autres départements. La question du combat uni est donc posée. Que fait la direction syndicale ?

Aujourd’hui, le fossé entre la volonté des collègues et la politique suivie par la direction syndicale est plus profond que jamais. Et ce ne sont pas des militants d’ Émancipation , ce sont des dirigeants du syndicat membres d’Unité et action qui parlent aujourd’hui d’une triple fracture.

Ces dirigeants U et A, dans un texte qui aurait mérité d’être porté à la connaissance de tous, car ce sont des questions qui concernent tous les syndiqués, expliquent qu’il y a désormais une triple fracture ; “fracture” entre la profession et le syndicat, “fracture” entre la direction du syndicat et les militants, “fracture” au sein même d’Unité et Action.

Et la base de cette fracture, c’est la politique du dialogue social qui conduit le syndicat à se dresser face aux revendications des collègues, ou à courir derrière leur mobilisation.

Et François Hollande, de son côté, entend bien poursuivre cette politique, et notamment faire avaliser le pacte de responsabilité par le dialogue social.

À l’inverse, Émancipation propose une autre orientation pour le syndicat : refuser toute concertation du pacte social et exiger le retrait du projet. Refuser toute reprise des discussions sur les projets Peillon de casse des statuts et en exiger le retrait. Exiger le rétablissement de tous les postes supprimés (et la création des postes demandés par les collègues). Exiger l’abrogation du décret sur les rythmes scolaires.

Il est en particulier inacceptable que toute mobilisation sur ces questions soit entravée durant la période électorale, sans doute pour ne pas ennuyer ceux qui sont candidats, alors que, par exemple, ce sont les conseils municipaux qui vont être élus dans quelques jours qui seront chargés de mettre en place à la prochaine rentrée, partout, le décret sur les rythmes scolaires.

Dernier point : le rapport préparatoire évoque la question de l’internationalisme. Or, chacun peut constater l’absence quasi totale de toute solidarité du mouvement ouvrier, en France notamment, à l’égard de la mobilisation révolutionnaire du peuple syrien. C’est une tragédie sur le plan humain. C’est aussi une question décisive pour l’ensemble du processus révolutionnaire engagé dans les pays arabes, et au-delà : un écrasement de la révolution syrienne aura des conséquences pour l’ensemble du mouvement ouvrier international. Émancipation présentera donc une motion en défense de la révolution syrienne au congrès de la FSU.

(1) Bernadette Groison en février 2012 sur emploi public.fr

(2) Le tiers de l’intervention faite par l’ École Émancipée (juste avant celle d’ Émancipation ) fut consacrée à la critique de la politique de François Hollande, notamment à sa conférence du 14 janvier, sans jamais dire un seul mot de la question du dialogue social. Il est vrai que l’École Émancipée a cessé toute critique de l’orientation de la direction, a cessé de proposer toute autre orientation que celle de la direction.

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Ci-dessous la motion concernant la Syrie, présentée par Émancipation et finalement votée par la grande majorité du congrès départemental de la FSU du Rhône.
Unité et action envisageait d’écrire sa propre motion sur cette question. Nous avons alors proposé une synthèse en intégrant deux phrases de leur projet (concernant les visas et l’accueil des réfugiés). Cette synthèse alors été acceptée. Quelques délégués ont néanmoins refusé cette motion (URIS a refusé de voter).
Cette motion s’inscrit en continuité de l’activité d’Émancipation de soutien à la révolution syrienne : après la réunion du 11 janvier organisée à Paris, puis notre participation (et notre intervention) au rassemblement de Genève le 24 janvier, cette motion votée au congrès s’appuie explicitement sur la réunion du 30 janvier à laquelle nous avons participé.

Motion en soutien à la révolution syrienne

En Syrie se poursuit jour après jour l’un des pires massacres de l’Histoire. Pour écraser l’insurrection du peuple syrien, l’appareil militaro-policier de Bachar al Assad utilise toutes les armes, y compris la famine. Or, le peuple syrien est littéralement abandonné par ceux qui devraient être en première ligne pour lui apporter de l’aide : au sein du mouvement ouvrier international, l’expression de toute solidarité est quasi inexistante, ou extrêmement ténue.

Le congrès départemental de la FSU du Rhône considère que tout doit être fait pour que s’exprime la solidarité active de l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier, en France notamment, avec le peuple syrien. Le congrès demande qu’une campagne nationale unitaire de soutien politique et matériel soit proposée par la FSU à l’ensemble des organisations. Une base commune pourrait être le texte qui a servi de base à la réunion tenue à Paris le 30 janvier*.
La FSU exige la suppression du visa de transit qui a été rétabli pour les syriens. Elle demande que la France, comme d’autres pays d’Europe, s’engage à accueillir des Syriens sous statut de réfugié.

* Ce texte, titré “AVEC LA RÉVOLUTION SYRIENNE”, indiquait : “Depuis presque trois ans, le peuple syrien s’est soulevé avec un courage extraordinaire contre la dictature de Bachar al Assad. La révolution syrienne doit lutter sur deux fronts : elle doit affronter les bombardements, la torture et la faim de la part d’un régime impitoyable ; elle est aussi victime d’une contre-révolution djihadiste qui la combat après l’avoir infiltrée. Ces deux forces poussent à un communautarisme que le peuple rejette. Malgré 150 000 morts, Plus de 4 millions de déplacés dans le pays et 2,5 millions réfugiés à l’étranger, la résistance se poursuit. Dans sa lutte pour la liberté et la justice sociale, l’émancipation et la démocratie, le peuple syrien ne peut compter sur le soutien des grandes puissances et des États voisins. Un soutien très visible des mouvements populaires et citoyens du monde aux révolutionnaires syriens est essentiel pour leur donner les moyens de faire triompher leurs revendications démocratiques et sociales.”

Cette réunion était appelée notamment par Alternative Libertaire–ATTAC–CEDETIM– Collectif Urgence Solidarité Syrie – Émancipation – « Ensemble » (Alternatifs – FASE – GA – GU)– FTCR– NPA – Solidaires– UJFP – Souria Houria (Syrie Liberté)… .

VOTE du congrès sur ce texte : 40 Pour ; 1 Contre ; 7 Abst ; 1 NPPV

compte-rendu à suivre...