Motion lycée Jeanne d’Arc (Rouen)

samedi 7 décembre 2013
popularité : 46%

Motion adoptée à l’unanimité et soutenue par les sections syndicales CGT-Educ’Action, SGEN-CFDT, SNES-FSU et SN-FO-LC

Les professeurs du lycée Jeanne d’Arc, réunis le 6 décembre 2013 en Heure d’Information Syndicale, s’inquiètent du projet de réforme des statuts des enseignants récemment présenté par le Ministre de l’Education Nationale.

Le dossier de presse du Ministère affirme que "l’un des objectifs des discussions qui s’ouvrent […] est une meilleure identification des missions pour une meilleure reconnaissance des métiers" et que "pour faire réussir tous les élèves, nous devons travailler autrement, travailler ensemble et travailler en confiance".

Mais, en guise de "reconnaissance", c’est une dégradation considérable des statuts et donc des conditions de travail et de rémunération qui se profile ; en guise de "confiance", c’est un renforcement du pouvoir des CA et des chefs d’établissement qui est prévu.

* Les missions des enseignants du second degré seraient réparties en 3 catégories : "la mission d’enseignement", "les missions liées à l’activité d’enseignement" et "les missions complémentaires" liées à des responsabilités "au niveau de l’établissement" ou "au niveau académique". Sous prétexte de reconnaître des tâches déjà effectuées par les enseignants, c’est à une modification complète de leur métier que le Ministre entend procéder.

* Le service d’enseignement serait toujours défini en heures hebdomadaires, mais l’ensemble des missions s’effectuerait "dans le cadre de la réglementation applicable à l’ensemble de la fonction publique", ce qui laisserait la porte ouverte à une annualisation du temps de travail pour les autres missions. De plus, le nombre d’heures d’enseignement par semaine ne serait plus un maximum, mais seulement une "référence".

* La liste des missions autres que l’enseignement regroupe nombre de tâches qui sont déjà accomplies par les enseignants. Mais, en les fixant dans les statuts, le

Ministère les rendrait obligatoires, ce qui, dans certains cas comme les actions "de partenariat" ou "de formation continue" (formation qui se déroulerait en dehors du temps d’enseignement), est inacceptable. De plus, devenues obligatoires, on peut craindre que certaines "missions" ne soient plus rémunérées (comme la participation aux conseils de classe).

* Le projet renforce les pouvoirs du Chef d’établissement qui devra donner une "lettre de mission" aux professeurs désignés comme coordonnateurs de discipline, coordonnateurs de cycle ou d’un niveau d’enseignement, référents…La porte est ouverte à l’ajout de missions supplémentaires votées dans les Conseils d’Administration.

* Les heures de cabinet ou de laboratoire disparaîtraient, pour être remplacées (pour certaines seulement) par une indemnité qui aurait toute chance d’être insuffisante et qui ne compenserait pas la charge de travail supplémentaire.

* Exit également la diminution d’une heure de service pour effectif pléthorique, ce qui fait craindre le pire en termes d’effectifs par classe…

* Les heures de 1ère chaire seraient elles aussi supprimées, au profit d’une pondération de 1,1 h pour 1 h en classe de première et terminale "dans la limite d’une heure", ce qui constitue une régression par rapport à la situation actuelle (1 h en moins pour 6 h en première ou en terminale).

* En BTS et en CPGE, les pondérations respectives (1,25 h et 1,5 h) demeureraient mais n’ouvriraient plus droit à une heure de 1ère chaire comme c’est le cas actuellement. De plus, les enseignants qui effectuent tout leur service en CPGE auraient une "obligation de service de 10 heures" (contre 8 h ou 9 h pour l’instant), ce qui, outre un alourdissement de leur charge de travail, aurait pour effet mécanique de fragiliser des postes y compris en ante-bac.

Nous sommes d’autant plus inquiets que cette réforme est conduite à marche forcée : la date prévue pour la sortie du nouveau décret (après les "discussions" actuelles) est le 12 décembre, l’objectif étant de pouvoir préparer les DHG 2014-2015 en tenant compte de la redéfinition des services des enseignants. On comprend dès lors très bien que ce qui motive une fois de plus cette "réforme", c’est de faire des économies : si elle est adoptée, nous pouvons nous attendre à de nombreuses suppressions de postes !

Nous condamnons également la méthode qui consiste à essayer d’opposer les différentes catégories de personnel : premier et second degré, ante-bac et post-bac, enseignants en ZEP ou hors ZEP.

Nous sommes solidaires des Professeurs des Ecoles qui sont en lutte contre la réforme des rythmes scolaires et pour lesquels un décret est en préparation pour annualiser le service des remplaçants.

Si nous trouvons positive l’instauration d’une pondération de 1,1 h pour les enseignants du 2nd degré exerçant en ZEP (qu’il faudrait d’ailleurs étendre au lieu de prévoir au contraire un resserrement des moyens sur les établissements jugés plus prioritaires), nous ne pouvons pas accepter que cela se fasse par le biais d’une régression de quelque catégorie que ce soit, aussi bien en termes de rémunération, de temps de travail que de garanties statutaires.

Pour nous, la première condition pour améliorer les conditions de travail des enseignants et surtout pour favoriser les conditions d’apprentissage et d’éducation de tous les élèves, c’est la réduction du nombre d’élèves par classe.

Or, le projet ministériel ne dit rien sur les effectifs, il ne prévoit rien non plus contre la précarité des personnels…

Il s’inscrit au contraire dans un cadre d’austérité budgétaire généralisée, ce qui est contradictoire avec la vraie priorité à l’éducation et au développement des services publics que nous revendiquons.

En renforçant les relations hiérarchiques, en ne laissant pas l’investissement dans les tâches autres que l’enseignement à l’initiative et à la liberté de chacun, il va également à l’encontre du climat de confiance nécessaire à un travail fructueux.

Nous exigeons que ce projet soit retiré.